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Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736). Stabat Mater, Nel chiuso centro, La conversione e morte di San Guglielmo duca d’Aquitania (Ouverture), Questo è il piano. Anna Netrebko (soprano), Marianna Pizzolato (contralto), Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia. Direction musicale : Antonio Pappano. Enregistré au Festspielhaus de Baden-Baden en juillet 2010. 1 CD + 1 DVD DGG 477 8857-2 Code barre : 0 28947 78857 7. Notice en anglais, allemand et français. Durées : CD 73’16, DVD 33’55.

 

Le Stabat Mater, une lamentation de la Vierge, est traditionnellement chantée lors de la fête des Sept douleurs de Marie, à Naples. C’est à cette occasion que Giovanni Pergolesi écrit l’œuvre qui allait devenir sa plus célèbre composition. Aujourd’hui encore, sa seule annonce au disque, comme au concert, ameute le public.

Dès lors, pourquoi ne pas profiter de programmer une star pour l’enregistrement de cette œuvre si populaire ? Le géant jaune du disque s’est donc lancé dans ce nouvel album à peine deux ans après celui enregistré sous la direction de Claudio Abbado. Comme l’excellente version du chef italien n’a probablement pas eu le succès commercial attendu, quoi de mieux que de reprogrammer la même œuvre mais avec une tête d’affiche plus «vendeuse». Ainsi, vedette toute indiquée, la belle fera l’affaire. Dans le mille. A grands renforts publicitaires, le disque se vend.

Malheureusement, si le succès commercial est avéré, l’œuvre souffre. Il n’est que d’écouter les premières notes de la cantate Nel chiuso centro pour se convaincre que ce répertoire n’est pas fait pour la soprano russe. Rien dans son discours vocal ne laisse imaginer un seul instant qu’elle sait ce que dit le texte. Avec une voix sans couleur, elle ne produit qu’un triste syllabisme sans qu’elle prononce des paroles ! Dans Questo è il piano, l’autre cantate au programme, on se retrouve dans le même esprit que dans la précédente page.

Entre ces deux plages décevantes, la très charmante ouverture de l’opéra La conversione e morte di San Guglielmo duca d’Aquitania illustre le talent de mélodiste de Pergolesi. Quand bien même le sujet de cet opéra est éminemment religieux, on ne reprochera pas à ce compositeur d’à peine vingt-et-un an d’en oublier le caractère solennel dans cette ouverture qu’ dirige avec charme.

Quant au Stabat Mater, pièce maîtresse de l’album, les déclarations d’ dans le dvd qui complète la version de luxe de cet album laissent quelque peu pantois sur son jugement musical. «Je m’attendais à quelque chose de grand, de spectaculaire, et je me suis trouvé en face d’une petite œuvre, intime, même modeste» affirme-t-elle. On prend donc ici la mesure de l’immodestie de la soprano russe. On ne saurait donc conseiller aux producteurs de ses albums de s’abstenir à ce qu’ se mêle d’autre chose que de chanter. La voix de la soprano russe est aujourd’hui l’une des plus belle de tout le théâtre lyrique, cela devrait suffire à contenter ses fans.

Mais la voix n’est pas tout. Le Stabat Mater est un texte, avec des mots, des paroles qui touchent à des sentiments de douleur qui vont bien au-delà de la belle voix chantée. Il faut de l’humanité pour faire entendre à leur juste valeur des phrases aussi terrifiantes que «Et dans son âme gémissante…un glaive s’enfonçait» ou «Elle voit son petit garçon qui meurt dans un grand abandon». Anna Netrebko ne possède malheureusement pas l’intelligence de la voix pour transmettre le message de cette douleur maternelle.

Dès lors, comme souvent dans la plupart des interprétations de la star actuelle de la scène lyrique, son apport se limite à la beauté de sa voix. L’expressivité en est absente. Tout est chanté sur un ton uniforme. Certes le Stabat Mater n’est pas un opéra mais ce que raconte ce texte liturgique est suffisamment expressif et effroyable pour que les émotions qu’il transporte soient exprimées au-delà des simples notes. A ses côtés, la mezzo-soprano fait illusion dans ses premières interventions. Elle semble prendre la mesure du texte dans son Quae mœrebat (Elle pleure, elle pleure la mère) mais bientôt, elle tombe, elle aussi, dans la monotonie vocale de sa collègue.

Si la vue de l’album convaincra le chaland sur le bel objet, avec un texte intérieur intéressant, joliment illustré, le contenant sonore n’est fâcheusement pas à la hauteur de l’emballage littéraire et photographique.

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Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736). Stabat Mater, Nel chiuso centro, La conversione e morte di San Guglielmo duca d’Aquitania (Ouverture), Questo è il piano. Anna Netrebko (soprano), Marianna Pizzolato (contralto), Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia. Direction musicale : Antonio Pappano. Enregistré au Festspielhaus de Baden-Baden en juillet 2010. 1 CD + 1 DVD DGG 477 8857-2 Code barre : 0 28947 78857 7. Notice en anglais, allemand et français. Durées : CD 73’16, DVD 33’55.

 
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