Pippa Pawlik : Entente cordiale, Musique cordiale

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L’amitié franco-britannique se manifeste aussi dans la musique avec le festival Musique cordiale fondé et animé par Pippa Pawlik, figure incontournable de la vie musicale européenne. Opéra, musique chorale, concerto, musique de chambre mais aussi académie pour jeunes musiciens, ce jeune festival, très ambitieux, apporte une énergie rafraichissante sur la scène estivale française.

 

ResMusica : Quelle est l’histoire du festival Musique cordiale?
: Le festival a commencé quand j’ai acheté une maison dans le village varois de Seillans. J’ai voulu ensuite faire découvrir cette région à mes amis. Comme je suis également altiste professionnelle, il ne me semblait pas illogique d’y créer un festival de musique ! En 2005, je me suis décidée à franchir les portes de la mairie pour annoncer que j’envisageais de faire jouer la Messe en si de Bach dans l’église du village. Le maire, un peu sceptique, m’a mis en contact avec son adjoint à la culture et nous sommes parvenus à produire cette Messe en si ! J’ai invité un grand nombre de mes amis à venir jouer et à passer des vacances dans cette région. Il n’a pas été très difficile de les persuader de venir !

RM : Vous êtes devenue passionnée par le Var et sa région !
PP : Les paysages sont à couper le souffle ! Il y a la lumière, l’architecture, la variété des paysages et, bien évidement le temps et le bruit des cigales ! Il est également possible de passer des promenades de montagne aux baignades dans les rivières et dans la mer, sans oublier la dégustation des produits locaux. Il n’est pas difficile de se passionner pour cette région !

RM : Comment choisissez-vous les artistes qui se produisent ?
PP : Les solistes sont de jeunes musiciens qui viennent d’être diplômés ou qui sont encore en cours de formation. Au début du festival, j’ai contacté une de mes amies qui est à la tête du département vocal du Trinity College of Music de Londres pour lui demander si elle avait des idées de chanteurs. Pour les cuivres, je me suis rendue au Royal College of Music de Londres et le message a circulé. Maintenant, soit je reçois des demandes ou je vais écouter des musiciens. Je recherche ce « je ne sais quoi » particulier qui est exactement conforme à ma vision de Musique cordiale.

RM : Le festival possède également une partie « académie » en collaboration avec le Conservatoire de Nice. Pouvez-vous nous la présenter ?
PP : Je pense qu’intégrer de jeunes musiciens dans le festival est très important et cela dès leur plus jeune âge. C’était également une voie pour intégrer un aspect français dans le festival car sinon il resterait une manifestation intégralement britannique ! L’année dernière, j’ai rencontré Alain Babouchian, qui est professeur de violon au Conservatoire de Nice. Il a été d’accord de nous envoyer quelques-uns de ses élèves âgés de 11 à 14 ans pour étudier 2 ou 3 œuvres avec l’orchestre. Chaque élève est assis à côté d’un musicien professionnel pour l’un des concerts. Ils ont ainsi l’opportunité de jouer dans un ensemble avec des exigences de haut niveau. Cette année, les jeunes seront également encadrés par Alice Howick qui enseigne le violon à Beyrouth et qui travaille également avec des enfants de Ramallah. Lors de cette édition 2011, les élèves, hébergés dans des familles de la région, resteront une semaine et le concert final intègrera des œuvres de Vaughan Williams, Vivaldi, Haendel, Bach et Stamitz. Cette académie est un aspect que je souhaite développer et étendre aux autres régions de France.

RM : L’édition 2011 est très ambitieuse et propose même une production de La Bohème ? Comment parvenez-vous à produire une telle œuvre ?
PP : il y a quelques années, un jeune homme est arrivé à Musique cordiale en portant les valises d’une soprano. Il s’agissait d’Andrew Staples, un jeune ténor exceptionnellement talentueux et énergique. Il se produit désormais sur les grandes scènes du monde autant en concert qu’en opéra. À Seillans, il a chanté des extraits de Carmen et La Bohème avec sa compagne soprano. Il est revenu l’année suivante mais, entre-temps, il avait fondé sa propre compagnie d’opéra Vignette avec mon fils Nick en tant que producteur. Leur idée est de démocratiser l’opéra et de l’emmener dans des endroits inusuels pour des publics de profanes. Notre collaboration a commencé avec Les Noces de Figaro, mises en scène par Andrew et très bien accueillies. Cette année, Vignette proposera La Bohème. Cette production sera également présentée à Londres et aux festivals de Cambridge et Menton. Il s’agit d’une version de chambre pour 15 instruments du compositeur anglais .

RM : L’affiche du festival est très éclectique avec Bach, Puccini mais aussi Messiaen et Stravinsky. Est-ce qu’il s’agit d’un choix volontaire ?
PP : Cette année, j’ai voulu inclure des œuvres françaises ou avec un nom en français. Il y a aura donc : L’histoire du soldat de Stravinsky, La Bohème, La nuit transfigurée de Schoenberg et du Messiaen. Nous avons une formidable équipe d’instrumentistes à cordes qui devaient faire La nuit transfigurée. Je choisis les pièces vocales de manière à ce qu’elles soient stimulantes pour les choristes mais aussi qu’elles se placent logiquement dans le développement du festival. Je consulte le chef d’orchestre mais je suis aussi les recommandations des chanteurs.

RM : Le festival possède son propre orchestre et son chœur. De quels horizons viennent les musiciens ?
PP : L’orchestre est composé de musiciens professionnels de toutes générations qui souhaitent participer à un festival unique. Ils sont membres de formations orchestrales comme le London Symphony Orchestra, le BBC Philharmonic de Manchester, la Manchester Camerata, le Philharmonia, le Northern Sinfonia ou encore de Scottish Opera. Le chœur est composé d’amateurs de haut niveau, principalement anglais, mais aussi d’amis français de la région. Des chanteurs professionnels, qui viennent parfois d’Allemagne, des Pays-Bas et de Suisse, nous rejoignent aussi. C’est indispensable d’avoir des musiciens d’expérience car nous avons un bon nombre de partitions à étudier en quelques jours.

RM : Comment financez-vous le festival ?
PP : le festival fonctionne pratiquement en autofinancement. Nous recevons une subvention du village de Seillans mais nous pouvons compter sur quelques sponsors privés. Mais aucun de nos artistes ne touche de cachet ! Ils sont seulement défrayés pour leurs dépenses, logement et repas. Je pense qu’avec une hausse du public et une stabilisation des finances nous pourront aller encore plus loin.

RM : Le festival est reconnu comme un événement majeur par la presse britannique mais reste assez méconnu en France. Est-il si difficile de travailler avec la presse et les institutions françaises ?
PP : Nous avons l’appui de la presse régionale : Var/Nice Matin, France 3 Côte-d’Azur et d’une radio locale. En ce qui concerne la presse nationale et musicale, un journaliste anglais se rend chaque année à Musique cordiale. Mais, pour l’instant, à l’exception de ResMusica, nous ne sommes pas parvenus à séduire d’autres médias français ! Nous n’avons pas de tête d’affiche médiatique et le festival est en plein cœur des vacances. Nous allons nous atteler à convaincre les journalistes français de venir visiter l’une des plus belles régions de leur pays et d’assister à un festival de très haut niveau.

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