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Le triomphe de Julia Novikova à Bonn

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Bonn. Opernhaus. 06-VII-2011. Vincenzo Bellini (1801-1835) : La Sonnambula, opéra en deux actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène : Roland Schwab ; décors : Frank Fellmann ; costumes : Renée Listerdal ; lumières : Max Karbe. Avec : Julia Novikova, Amina ; Marc Laho, Elvino ; Martin Tsonev, Il conte Rodolfo ; Emilya Ivanova, Lisa ; Susanne Blattert, Teresa ; Sven Bakin, Alessio ; Josef Michael Linnek, un notaro. Chœur de l’Opéra de Bonn (chef de chœur : Sibylle Wagner) ; Beethoven Orchester Bonn, direction : Robin Engelen

Bizarre coïncidence : alors que la ville de Bonn réduit sensiblement les subventions pour son opéra, celui-ci présente une nouvelle production de La Sonnambula fêtée unanimement par public et presse. Et à raison ! Malgré les contraintes budgétaires, l’Opéra de Bonn a su réunir une distribution de renommée internationale, offrant, de surcroît, une mise en scène intelligente et bien faite. A vrai dire, seul l’orchestre nous rappelle que nous ne sommes pas dans un théâtre de première catégorie. Etrangement réduit (les cordes !), il nous fait penser à une « Banda » italienne à plus d’une reprise – et cela malgré la direction de bout à bout professionnelle de .

Mais la réussite d’une Sonnambula dépend tout d’abord de l’interprète du rôle-titre – et là, le choix de s’avère vite idéal. La jeune soprano russe, troupière à Bonn de 2008 à 2010 avant de s’envoler pour le Staatsoper Vienne, exhibe ici une virtuosité sans failles, rappelant plus d’une fois Natalie Dessay à l’époque de sa prise de rôle. Ses vocalises sont précises, son suraigu (jusqu’au contre-fa) est époustouflant et ses sons filés – surtout dans le haut de la tessiture – forcent le respect. Mais Novikova n’est pas qu’une technicienne. Volontairement timide, presque crispée à son entrée, cette Amina semble se réfugier dans le somnambulisme pour survivre dans un village où le contrôle social est de mise. C’est donc dans les finales I et II qu’elle nous offre le mieux d’elle même, que la voix s’épanouit pleinement pour nous gratifier d’un chant gorgé d’émotions. ne dispose pas des aigus flamboyants d’un Juan Diego Florez. Tout de même, il affronte crânement la tessiture meurtrière du rôle d’Elvino osant même quelque contre-ut supplémentaire qu’il attaque dans une sorte de voix mixte renforcée. A part cela, il nous enchante par la beauté de son timbre et par un chant raffiné, stylistiquement parfait. Dans le rôle du comte, Martin Tsonev fait valoir une belle voix de basse chantante, un légato merveilleux et un beau sens des nuances. Rien à redire également de Lisa alias  (qui chantera Amina dans les reprises en septembre) : son timbre agréable, à l’émission légère et à l’aigu facile font d’elle une interprète idéale de ce rôle court, mais difficile.

Et la mise en scène ? fait ce qu’il peut pour tirer cette œuvre de son contexte naïf et pittoresque. On est bien en Suisse – un vaste panorama de montagnes ne permet aucun doute – mais l’action est transposée à la fin du XIXe siècle et le village n’existe que sous forme d’une miniature. Rien ici ne semble humain – Dogville n’est pas loin.  Au contraire, dès le début tout a l’air oppressant, voire angoissant même lorsque l’on célèbre un mariage. Les villageois sont un groupe uniforme arborant tour à tour des parapluies et des barres en bois pour se protéger. Ils sont superstitieux – et ils sont cruels : celle que l’on a fêtée le matin est rejetée le soir sans que sa culpabilité soit prouvée. Le comte est un scientifique fasciné par les nouvelles technologies : il fait chanter les gens dans son gramophone, il leur présente une laterna magica et les prend en photo. Comment peut-on croire un tel homme lorsqu’il prétend que Amina est innocente ? lit donc entre les lignes, se permet plus d’un flirt avec symbolisme et psychanalyse. Ainsi, Amina somnambule n’arrive pas seule, mais accompagnée de plusieurs figurants vêtus comme elle. Et lorsqu’elle chante sa cabalette finale, un rideau se ferme montrant une vingtaine de jeunes mariés façon XIXe siècle. Pas un, pas une qui ne sourit. Le mariage et le bonheur semblent s’exclure…

Crédit photographique : (Amina) ; Chœur de l’Opéra de Bonn © Thilo Beu

 

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Bonn. Opernhaus. 06-VII-2011. Vincenzo Bellini (1801-1835) : La Sonnambula, opéra en deux actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène : Roland Schwab ; décors : Frank Fellmann ; costumes : Renée Listerdal ; lumières : Max Karbe. Avec : Julia Novikova, Amina ; Marc Laho, Elvino ; Martin Tsonev, Il conte Rodolfo ; Emilya Ivanova, Lisa ; Susanne Blattert, Teresa ; Sven Bakin, Alessio ; Josef Michael Linnek, un notaro. Chœur de l’Opéra de Bonn (chef de chœur : Sibylle Wagner) ; Beethoven Orchester Bonn, direction : Robin Engelen

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