La Scène, Opéra, Opéras

Festival d’opéra de Munich, Undankbare Biester

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Munich. Pavillon 21 (Opéra de Bavière). 22-VII-2011. Marcell Dargay (né en 1980) : Undankbare Biester (Sales ingrats), opéra de chambre sur un livret de Gábor Schein. Direction artistique : Árpád Schilling ; mise en scène et dramaturgie : Márton Gulyás. Avec : István Kovács (Docteur Gyula Gát) ; Annamária Kovács (Lilla Gát) ; Zoltán Megyesi (Ádám) ; Lászlo Fehér (Balázs Gát) ; Ráchel Kovács, Sára Goda, Luca Bojtos, Jonatán Kovács, Dominica Horváth (les enfants). Quatuor Accord ; Keve Abloczy, instruments à vent ; Bálint Bolcsó, électronique ; Marcell Dargay, piano et direction.

En marge de son festival d’opéra, l’Opéra de Munich organise depuis de nombreuses années une manifestation parallèle, tournée vers les petites formes et la création contemporaine, désormais abritée dans un bâtiment démontable construit chaque été juste derrière l’Opéra. Le petit opéra produit et réalisé par la compagnie hongroise Krétakör, bien connue dans le monde du théâtre parlé, est avec sa durée de 70 minutes et son instrumentation allégée un projet idéal pour un tel endroit intime. La compagnie hongroise n’avait pourtant pas fait le choix de la facilité en choisissant de traiter le thème des violences faites aux enfants, vues par le regard d’un psychologue : au début de l’opéra, il reçoit un individu accusé du viol et du meurtre de 7 enfants, dont quelques histoires sont ensuite racontées ; on comprend cependant assez vite que le meurtrier, qui ne s’appelle pas Ádám par hasard, n’est qu’une projection de la mauvaise conscience du psychologue, qui avait
soigné certains de ces enfants et n’avait pu les sauver des souffrances que leur infligeait leur entourage : ainsi est très vite évacué l’aspect spectaculaire du fait divers sanglant pour concentrer l’attention sur le calvaire des victimes invisibles du quotidien – à l’inverse du choix de Martin Kušej pour sa Rusalka (reprise lors de ce festival), platement basée sur l’histoire à sensation de Natascha Kampusch.

Le refus du spectaculaire ne se limite pas à la narration : la mise en scène de ces histoires s’est débarrassée de tout décor, et même de toute illustration vidéo pour se concentrer sur les personnages de cette douloureuse histoire : la direction d’acteurs n’est pas moins admirable et intense pour les enfants que pour les adultes, acteurs ou chanteurs d’opéra, et on admire particulièrement les moyens d’une étonnante simplicité qui servent à différencier l’histoire de chaque enfant. La musique du jeune partage ces mêmes qualités de simplicité, sans pour autant renoncer à un grand raffinement d’écriture qui est pour beaucoup dans la qualité émotionnelle de ce spectacle, en tout éclectisme (l’une des histoires est racontée par une chanson, une autre se glisse dans les méandres d’une passion baroque). Là où beaucoup d’opéras contemporains se perdent dans les facilités de la métaphysique (Dusapin) ou dans l’emphase du drame historique (Mantovani), l’union réalisée dans ce spectacle entre la modestie des moyens, l’ambition du sujet et le choix d’une émotion intelligente est infiniment prometteuse : on ne peut qu’espérer que le spectacle sera repris, et si possible montré en France.

Crédit photographique © M.T. Ridovics (Krétakör)

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Munich. Pavillon 21 (Opéra de Bavière). 22-VII-2011. Marcell Dargay (né en 1980) : Undankbare Biester (Sales ingrats), opéra de chambre sur un livret de Gábor Schein. Direction artistique : Árpád Schilling ; mise en scène et dramaturgie : Márton Gulyás. Avec : István Kovács (Docteur Gyula Gát) ; Annamária Kovács (Lilla Gát) ; Zoltán Megyesi (Ádám) ; Lászlo Fehér (Balázs Gát) ; Ráchel Kovács, Sára Goda, Luca Bojtos, Jonatán Kovács, Dominica Horváth (les enfants). Quatuor Accord ; Keve Abloczy, instruments à vent ; Bálint Bolcsó, électronique ; Marcell Dargay, piano et direction.

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