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Paris, Théâtre du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Festival d’île de France. 06-X-2011. Martin Matalon (né en 1958) : La Rosa…, concert scénographié sur des textes de Jorge Luis Borges. Mise en scène Diana Teocharidia ; création visuelle, Marko Echeverria ; scénographie, Emilio Basaldua ; lumières, Jérôme Deschamps ; réalisation informatique musicale, Max Bruckert, Jose Miguel Fernandez, Nicolas Deflache. Rodolfo De Souza, comédien ; Isabel Soccoja, mezzo-soprano ; Pascal Contet, accordéon ; Ensemble Ars Nova; direction Philippe Nahon

Le titre un brin elliptique La Rosa… renvoie à celui de La Rosa profunda – la « ténébreuse rose de l’ombre » évoquée par le poète aveugle -, une installation conçue en 1992 par Matalon lors d’un premier hommage rendu à Jorge Luis Borges. Cette nouvelle version fait appel à huit instrumentistes sur scène, dont un accordéon soliste, et l’assistance de l’électronique, un outil que Matalon maîtrise depuis fort longtemps avec une haute dextérité. Familier de l’univers de Jorge Luis Borges qu’il va de nouveau solliciter en 1989 pour le livret de son opéra Le Miracle secret, Matalon sélectionne ici sept textes de l’écrivain (L’Aveugle, Au Miroir, Haiku…) confiés au comédien argentin Rodolfo de Souza dont la séduction vocale et l’élocution irréprochable communiquent la beauté de la langue même si le surtitrage un rien défectueux ne permet pas toujours de lire la traduction (elle était donnée in extenso dans la notice de programme). La voix chantée – le timbre singulier d’ – vient en résonance de la parole, la devance ou la prolonge. Traitée de manière originale rappelant parfois l’écriture de Trace pour soprano, elle délaisse le sens au profit de la coloration sensuelle et émotive que suscite la situation, dans les détours labyrinthiques de ce parcours poétique.

Sous la direction de , la partie instrumentale est, quant à elle, omniprésente. Matalon exerce là son talent de coloriste et de fin orchestrateur pour porter le spectacle avec un intérêt toujours réamorcé: par l’arrivée différée du soliste – lumineux Pascal Contet – dont les sonorités chatoyantes se métamorphosent sous les effets de l’électronique; en ménageant également des plages solistes pour la plupart des pupitres – excellent Ars Nova – qui développent des types d’écriture très variés. Mettant à l’oeuvre un important effectif de percussions, Matalon excelle dans les textures scintillantes et constellatoires comme celle qu’il élabore pour Haiku, une des plus belles convergences des mondes sonore et poétique.

Avec un minimum de moyens et notamment le miroir en fond de scène, renvoyant à la thématique de Borges, Diana Teocharidis parvient à créer un mouvement dramaturgique en exploitant toutes les ressources de cet espace relativement confiné que viennent prolonger de discrets effets de vidéo. L’étonnant jet de sable du haut des cintres, doré par les effets de la lumière pour figurer « cette trame de poussière et de temps, de rêves et d’agonies » qui hante l’univers de Borges, projetait les dernières lueurs (Epilogo) de ce monde de prodiges.

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Paris, Théâtre du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Festival d’île de France. 06-X-2011. Martin Matalon (né en 1958) : La Rosa…, concert scénographié sur des textes de Jorge Luis Borges. Mise en scène Diana Teocharidia ; création visuelle, Marko Echeverria ; scénographie, Emilio Basaldua ; lumières, Jérôme Deschamps ; réalisation informatique musicale, Max Bruckert, Jose Miguel Fernandez, Nicolas Deflache. Rodolfo De Souza, comédien ; Isabel Soccoja, mezzo-soprano ; Pascal Contet, accordéon ; Ensemble Ars Nova; direction Philippe Nahon

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