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La Carte blanche de l’Ensemble Linea

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Strasbourg, auditorium France3 Alsace. Dans le cadre du Festival Musica. 08-X-2011. Silvia Borzelli (né en 1978) : Sur-itinéraire pour huit instruments. Igor Maia (né en 1988) : Caminantes pour violon et cor. Alex Mincek (né en 1975) : Poco à poco pour sept instruments. Laura Bowler (né en 1986) : Brugmansia (CM) pour trompette solo et cinq instruments. David Hudry (né en 1978) : Trois esquisses pour cymbalum et neuf instruments. Jens Bracher, trompette ; Luigi Gaggero, cymbalum ; Ensemble Linea ; direction : Jean-Philippe Wurtz

En résidence à l’Abbaye de Royaumont où il était en concert le mois dernier dans la grande salle du Réfectoire, l’excellent ensemble strasbourgeois Linea, que conduit avec une égale passion depuis 1998, était l’invité de Musica pour l’avant dernier concert du Festival. Après l’Académie internationale de l’Ensemble Modern et le jeune collectif Le Balcon, l’ proposait une troisième « carte blanche » dédiée à la jeune création; la sélection très internationale qu’avait faite donnait à entendre cinq compositeurs ouvrant autant d’horizons différents.

Avec sur-itinéraire que l’on entendait en création française, la jeune italienne affirme un geste personnel et une belle maîtrise de l’écriture. Dans un parcours narratif qui traverse des zones contrastées, elle crée une tension de l’écoute soumise à des fluctuations temporelles et un matériau qui se transforme au fil de la dramaturgie.

Jeune surdoué de 22 ans, le brésilien risque le duo improbable d’un violon et d’un cor dans Caminantes, une pièce assez virtuose convoquant l’excellente violoniste Maiko Matsuoka et la non moins valeureuse Elena Kakaliagou. Formellement assez libre, cette courte pièce un rien rhapsodique confronte, scherzando, le grain des deux sonorités dans un jeu instrumental réactif et lumineux.

sort de l’université de Columbia où il étudie avec Tristan Murail et Fred Lerdhal sans renier ses influences du jazz et du punk rock qui orientent son propos sonore. Ce new-yorkais séduit d’emblée par l’originalité de son matériau et le profil rythmique qui le sculpte. Poco a poco fonctionne sur des pattern mélodico-rythmiques jouant sur l’obsession de la répétition sans parvenir néanmoins à capter l’audition jusqu’au bout.

La compositrice britannique avait reçu commande de l’ qui créait ce soir Brugmansia pour trompette solo, le titre désignant une fleur toxique en forme de trompette! Sorte de personnage fantomatique (« l’anti-soliste ») détournant le jeu de son instrument (matière bruitée, souffle dans les pistons…), le trompettiste – brillant Jens Bracher – déclenche des situations théâtrales au sein du groupe instrumental qui modifie ses positions dans l’espace. joue sur le mouvement et les combinaisons de timbre qu’il suscite pour habiter ce théâtre de sons personnel autant qu’étrange.

En mettant au centre du dispositif instrumental et à la source du projet sonore de Trois Esquisses le cymbalum – celui de Luigi Gaggero, éblouissant – le français se lance dans une aventure exaltante autant que risquée dont il relève le défi d’une main de maître, creusant inévitablement la distance avec les œuvres précédentes. L’œuvre a été écrite pendant la session de composition Voix nouvelles de Royaumont en 2009 et crée sur les lieux mêmes par l’ensemble Linea. A Royaumont toujours, l’année suivante, Hudry avait travaille en extérieur pour Passeggiata, une « promenade auriculaire » (voir notre article du 3-IX-2010) sous les voutes du cloître, témoignant de ce rapport quasi sensuel que cette oreille très fine entretient avec la matière sonore.

C’est la projection du son amplifié de cymbalum, déporté côté cour, qui suscite l’écriture somptueuse de la première Esquisse; Hudry prévoit trois groupes instrumentaux légèrement spatialisés (trompette, flûte et violon, cello, trombone et basson, alto, cor et clarinette) dont les sonorités éclatantes viennent s’inscrire sur la résonance du cymbalum en en modifiant subtilement la couleur. La deuxième Esquisse, plus animée et plus solistique, modifie les rapports des protagonistes; un jeu de confrontation entre les timbres instaure une écriture en tension, entretenue par les trémolos énergétiques du cymbalum. Après un grand unisson ligetien, la troisième Esquisse débute comme une toccata sauvage et hérissée d’accents qui fait converger les énergies; cette explosion de couleurs visant ici davantage la fusion des timbres s’abîme dans un énorme cluster final. La concentration des musiciens est exemplaire, la balance sonore idéale et Jean-Philippe Wurtz parfaitement à l’aise pour donner la pleine mesure de ce prodige sonore.

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Strasbourg, auditorium France3 Alsace. Dans le cadre du Festival Musica. 08-X-2011. Silvia Borzelli (né en 1978) : Sur-itinéraire pour huit instruments. Igor Maia (né en 1988) : Caminantes pour violon et cor. Alex Mincek (né en 1975) : Poco à poco pour sept instruments. Laura Bowler (né en 1986) : Brugmansia (CM) pour trompette solo et cinq instruments. David Hudry (né en 1978) : Trois esquisses pour cymbalum et neuf instruments. Jens Bracher, trompette ; Luigi Gaggero, cymbalum ; Ensemble Linea ; direction : Jean-Philippe Wurtz

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