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Le Cleveland « Atomic » de Franz Welser-Möst en visite à Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 25&26-X-2011. Igor Stravinsky (1882-1971) : Agon, ballet pour douze danseurs. Richard Strauss (1864-1949) : Métamorphoses op.142. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie nº4 en fa mineur op.36. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°3 en la mineur op.56 « Ecossaise ». John Adams (né en 1947) : Doctor Atomic Symphony. Maurice Ravel (1875-1937) : Bolero. The Cleveland Orchestra, direction : Franz Welser-Möst.

En tournée européenne, le offrait aux spectateurs de la salle Pleyel deux concerts d’œuvres très classiques du répertoire symphonique, auxquelles se joignaient le plus rare Agon de Stravinsky et l’inévitable pièce américaine, en l’occurrence la Doctor Atomic Symphony de . Ce programme, assez typique des orchestres américains, avait quand même un air de patchwork, la logique rapprochant ces œuvres semblant difficile à percevoir. Toutefois la réputation d’excellence de l’orchestre de l’Ohio ne pouvait qu’attirer l’attention des mélomanes qui remplirent honorablement bien que pas à raz bord la salle Pleyel.

Alors que les plus célèbres ballets de Stravinsky se défendent formidablement bien en version de concert, l’absence de chorégraphie nous est apparue plus pénalisante dans cet Agon à l’orchestre certes pléthorique mais traité par petits groupes, tout en petites touches, sans thèmes mémorables ni moments grandioses. On put y admirer la technique et la qualité des différents instrumentistes de l’orchestre et la direction précise du chef, mais on ne peut pas dire qu’on fut passionné par cette œuvre de toute façon délicate. Par contre on regretta plus nettement la lecture trop lisse du chef dans des Métamorphoses commencées sur un magnifique pianissimo, qui aurait pu augurer d’une interprétation pleine de vie, sachant justement passer de la lenteur presque sans expression et très réussie du début aux déchirements tumultueux qui allaient venir et qui ne vinrent pas, le chef ne semblant à aucun moment vouloir emballer le discours, transformant ces variations en un long fleuve paisible, et finalement ennuyeux. Peut-être fallait-il être à la place du chef, sur le podium, pour percevoir toutes les nuances du jeu des vingt trois cordes solistes, mais dans cette salle dissolvant rapidement le lien charnel avec les instruments c’est toujours plus difficile.

Après l’entracte vint un Tchaïkovski qui s’était sans doute donné pour mission de réveiller l’auditeur momentanément assoupi par cette première partie un peu monotone. Le démarrage sur les chapeaux de roue (et du coup pas très bien articulé) de l’Andante sostenuto nous le fit comprendre immédiatement, la suite ne le démentira pas avec les deux mouvements extrêmes très (trop ?) enlevés, comme si le fameux fatum était pressé d’en finir. Cette avancée permanente et rectiligne du discours ne faisait, à notre sens, pas vraiment sentir le poids du dit « fatum », pas plus que l’absence de respiration des passages vifs ne donnait le sentiment expressif « d’irrespirable », mais simplement de pressé. On regretta également que, dans les passages plus modérés, le chef ajouta du pathos au pathos, faisant par exemple  sur-jouer sa petite harmonie dans le troisième thème du premier mouvement indiqué Moderato assai, quasi andante. Les mouvements médians nous semblèrent nettement plus intéressants, car cette fois mieux articulés, plus sobres d’expression, et en bout de piste plus expressifs et émouvants. Le final virulent et tonitruant nous rappela que Cleveland est bien en Amérique, avec une démonstration de puissance cuivrée quasi « atomique » tournant parfois au vacarme. Impressionnant, sûrement, passionnant, pas toujours.

Le lendemain nous apporta de meilleures sensations avec une première partie de concert consacrée à l’« Ecossaise » de Mendelssohn où la virtuosité des membres du fit merveille en même temps que le ton somme toute assez classique et sans surprise du chef s’accordait fort bien avec cette symphonie. La suite allait montrer encore plus nettement la qualité de cette formation depuis toujours membre du Big Five avec une très convaincante exécution de la Doctor Atomic Symphony que tira de l’opéra à succès du même nom contant l’aventure du Projet Manhatan. L’écriture aurait pu se prêter à la démonstration, mais contrairement au Tchaïkovski de la veille, jamais nous eûmes cette sensation. Cette belle réussite précéda un Boléro commencé dans un pianissimo tellement ténu de la caisse claire qu’il fut inaudible d’une bonne partie des spectateurs, progressant ensuite sagement jusqu’à prendre subitement une allure tellement hargneuse à l’arrivée du tutti qu’on crut avoir changé d’œuvre. Avouons que ce Boléro nous laissa tout perplexe. Notons quand même que les bis, peut-être joués dans une atmosphère plus détendue, juste pour le plaisir, furent deux jolis moments, le premier soir avec le Prélude de l’acte III des Meistersinger et le lendemain, bouclant la boucle, avec Apollon Musagète de Stravinski.

Crédit photographique : Mignot-Co-Pleyel

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