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L’orchestre de Cleveland à Paris : un événement en soi

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Paris. Salle Pleyel. 11-12-XI-2013. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Messe en do majeur op. 86 ; Symphonie n°4 op. 60 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°6 op. 54 ; Symphonie n°8 « Stalingrad » op. 65. Luba Organasova, soprano ; Kelley O’Connor, mezzo-soprano ; Herbert Lippert, ténor ; Ruben Drole, basse. The Cleveland Orchestra chorus (chef de choeur : Robert Porco), The Cleveland Orchestra, direction : Franz Welser-Möst.

Franz Welser-MöstL’orchestre de Cleveland n’est plus à présenter ; une place de choix lui est assuré parmi les plus grands orchestres américains, les fameux « Big Five », ainsi que dans l’esprit des mélomanes, ce qui est somme toute légitime, quand on pense qu’il a été confié à certaines des meilleures baguettes du siècle passé, dont George Szell, Lorin Maazel et Christoph van Dohnanyi.

Placé depuis maintenant une décennie sous la direction du chef autrichien Franz Welser-Möst, très implanté à Vienne par ailleurs, c’est un ensemble en pleine forme et très attendu qui nous rendait visite pour deux soirées à la salle Pleyel.

Le programme, assez atypique, ne nous proposait aucune oeuvre courte, aucun concerto, mais une sorte de comparaison, voire de duel à distance entre deux des plus grands symphonistes de l’histoire de la musique, Beethoven et Chostakovitch. Il était clair cependant que le maître de Bonn allait rester sur le carreau, ses deux oeuvres programmées ne faisant pas le poids face au pathétique monumental de la Huitième Symphonie de Chostakovitch, le véritable point culminant de ses deux soirées.
Elles avaient toutefois le mérite d’être rarement jouées, à l’instar de cette Messe, déconsidérée à l’époque de sa création, et qui nous paraissait, malgré l’engagement de l’orchestre et des solistes, bien inconséquente. S’il semble impossible de prendre Beethoven au dépourvu, c’est pourtant le cas dans cette oeuvre, qui aspire au sublime, sans jamais l’atteindre, est parsemée d’intentions géniales, dont certaines franchement en avance sur leur temps, et pourtant oubliées sitôt qu’elles sont entrevues. Cette inconséquence est sans doute le résultat d’une lutte entre le respect de la tradition (après tout, il s’agit d’une messe) et la volonté du compositeur de renouveler la mise en musique du texte sacré. Revenant à l’interprétation qui nous en était faite, il est clair que le choeur tirait son épingle du jeu, son homogénéité, sa diction claire, étant notamment très chaudement salués.

Pour compléter ce premier rendez-vous, l’orchestre de Cleveland nous donnait la Sixième Symphonie de Chostakovitch, également moins connue, novatrice dans sa forme autant que largement déséquilibrée entre un premier mouvement élégiaque aux proportions imposantes, suivi de deux mouvements rapides, nettement plus courts, qui déploient des efforts surhumains pour imposer une atmosphère plus détendue – en vain. Cette pièce nous permettait quant à elle d’apprécier certaines facettes du jeu de l’orchestre, que ce soit la fusion des timbres, ou les relais entre instruments, exécutés à la perfection.

Le lendemain, ce sont deux symphonies qui se faisaient face. La Quatrième de Beethoven tout d’abord, dont l’un des désavantages est sans doute d’être coincée entre la Troisième et la Cinquième. Pourtant très typique de son auteur, elle laisse une impression moins marquante que ses consoeurs, peut être parce que l’inspiration y est plus aimable, moins ombragée. Le magnifique Adagio concentrait les efforts de l’orchestre, et retenait toute notre attention.

C’était sans compter sur le raz-de-marée de la Huitième Symphonie de Chostakovitch, qui impose dès les premières notes de l’Adagio liminaire un ton de solennité grave, prolongé par deux scherzi grinçants et cyniques suivis d’une noble passacaille. Comme dans la Sixième, le final tente de résoudre les nombreuses tensions, et comme dans la Sixième, il échoue, laissant là l’auditeur, sur le bas-côté, pouvant seulement témoigner de la performance des musiciens. Parce que l’orchestre de Cleveland s’y illustrait véritablement, avec une mention spéciale pour ses solistes : piccolo, flûte, clarinette, basson, trompette … il faudrait tous les citer.

Nous avons été déçu cependant par le choix du chef de ralentir le tempo à la fin du second scherzo, sans doute pour préparer le grand tutti qui sert d’articulation avec la passacaille. Ce choix discutable, puisque rien dans la partition ne l’indique, donnait au discours une allure plus traînante, assez frustrante.

Au sortir de ses deux soirées, il était clair que cette phalange n’allait pas perdre de sitôt sa place de tout premier plan parmi les grands orchestres américains, et pour notre plus grand plaisir.

Crédit photographique : Franz Wesler-Möst © David Crookes / EMI Classics

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Paris. Salle Pleyel. 11-12-XI-2013. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Messe en do majeur op. 86 ; Symphonie n°4 op. 60 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°6 op. 54 ; Symphonie n°8 « Stalingrad » op. 65. Luba Organasova, soprano ; Kelley O’Connor, mezzo-soprano ; Herbert Lippert, ténor ; Ruben Drole, basse. The Cleveland Orchestra chorus (chef de choeur : Robert Porco), The Cleveland Orchestra, direction : Franz Welser-Möst.

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