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Rencontres franco-allemandes « Je t’aime… Ich auch nicht’ »

La Scène, Musique de chambre et récital

Metz. Arsenal. 3-XI-2011. Ernest Chausson (1855-1899) : Poème de l’amour et de la mer, op. 19 (transcription pour voix et quintette avec piano de Franck Villard) ; Théodore Gouvy (1819-1898) : Quatuor n°5, op. 68 en ut mineur ; Richard Wagner (1813-1883) : Wesendonck Lieder (transcription pour voix et quintette avec piano de Christian Favre). Avec : Mireille Delunsch, soprano ; Marie-Josèphe Jude, piano ; Ensemble Alma Amadé (Heide Sibley et Claire Jolivet, violons; Elisabeth Gex, alto; Ruth Phillips, violoncelle).

Le week-end « Je t’aime… Ich auch nicht », mini-festival consacré pour la troisième année consécutive aux rencontres musicales franco-allemandes, s’est ouvert pour l’édition 2011 sur un programme lyrique destiné à montrer les influences mutuelles exercées par l’une et l’autre nation, prises toutes deux dans un subtil jeu de fascination et de répulsion. Si l’influence de Wagner sur la musique vocale de Chausson n’est plus à démontrer aujourd’hui, le grand public est moins familier de l’intérêt qu’avait Wagner pour le grand opéra français, une passion qui a davantage marqué ses toutes premières œuvres lyriques – Rienzi, notamment… – que les Wesendonck Lieder donnés ici en fin de programme, et qui annoncent déjà Tristan. Le parallèle avec Le Poème de l’amour et de la mer de Chausson n’en est pas moins pertinent, même si des trois compositeurs représentés lors de cette soirée, c’est de toute évidence qui est le seul à avoir tenté de réaliser l’impossible synthèse entre les cultures française et allemande, ce qu’illustre à merveille le quatuor n°5, œuvre tout à fait remarquable par son écriture aussi rigoureuse que lumineuse.

Le trait d’union entre les deux cultures était censé être incarné par la soprano alsacienne . Pourtant, la chanteuse se montre en début de programme extrêmement mal à l’aise dans le Poème de Chausson, dont elle ne propose qu’une lecture bâclée et brouillonne. À la recherche de l’unité de ses registres, la soprano s’empêtre dans ses problèmes de diction, rendant le magnifique texte de Maurice Bouchor parfaitement incompréhensible. Curieusement, « L’invitation au voyage » de Duparc, donnée en bis, corrige en fin de soirée un défaut rédhibitoire dans un programme consacré à la mélodie et à la musique de chambre.

De manière quelque peu paradoxale, Wagner semble mieux convenir aux moyens actuels de la cantatrice française, qui réussit quelques très jolis moments, notamment dans « Im Treibhaus ». Mais les demi-teintes obtenues sont bien loin, hélas, de rappeler le legato crémeux d’il y a quelques saisons…

C’est finalement le quatuor de l’, dans sa lecture impeccable de l’œuvre de Gouvy, qui aura contribué au succès de la soirée, sans oublier évidemment le délié exemplaire du piano de , bien plus qu’une simple accompagnatrice. Sa musicalité à toute épreuve aura illuminé les pages vocales confiées à une chanteuse à l’instrument décidément bien fatigué.

Crédit photographique : © Studio cui cui , Aude Boissaye

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