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Pomone ou la naissance de l’opéra français

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« Pomone » ou la naissance de l’opéra français : Mémoires imaginaires de Pierre Perrin et de quelques autres. Claude-Jean Nébrac. Books on Demand. 198 p. ISBN 9782810622429. Dépôt légal : septembre 2011

 

L’ouvrage de Claude-Jean Nébrac couvre cette période relativement peu connue des tout premiers pas de l’opéra français, à une époque où , pourtant déjà confortablement installé en France au service de Louis XIV, refusait encore obstinément de considérer que la langue française pouvait se prêter au chant lyrique tout aussi bien que l’italien. Il s’agit de l’époque où Mazarin faisait encore venir Cavalli de Venise, notamment pour les fameuses représentations de son Ercole amante données pour célébrer le mariage de Louis XIV et de l’infante Marie-Thérèse d’Espagne, ou encore pour les représentations parisiennes de Xerse, données dans la foulée de celles de l’Orfeo de Luigi Rossi en 1647.

Pourtant, vers la même époque, quelques rares artistes, au nombre desquels figuraient le poète Pierre Perrin et le compositeur Robert Cambert, tentaient tant bien que mal d’implanter ce genre de l’opéra français auquel ils croyaient farouchement, œuvrant inlassablement pour prouver au public parisien que l’opéra chanté dans la langue vernaculaire était un produit lui aussi tout à fait viable, digne de respect et d’intérêt au même titre que l’opéra italien.

C’est donc des efforts de ces deux artistes dont il est question ici, depuis la Pastorale d’Issy donnée en 1659 jusqu’au premier véritable opéra français de Lully, le fameux Cadmus et Hermione redécouvert tout récemment. L’essentiel de l’ouvrage de Claude-Jean Nébrac se voit ainsi borné par d’un côté par l’octroi à Pierre Perrin du « Privilège pour l’établissement des académies d’opéra », obtenu en 1669de Louis XIV grâce à l’appui de Colbert, et de l’autre par le « Privilège » attribué en 1672 à Lully, par le même Louis XIV. Sont donc évoquées en détail les circonstances de la conception, production et création de divers ouvrages pionniers de la période comme, pour ne citer que les principaux, Pomone (1671), Le Triomphe de l’amour (1672) ou encore Ariane ou le Mariage de Bacchus (1674), ouvrage qui ne fut finalement donné qu’à Londres dans la version musicale revue et corrigée par le compositeur catalan Louis Grabu.

L’originalité de ce livre, qui évoque des événements seulement connus des spécialistes et à l’histoire, il faut bien le dire, passablement complexe et rocambolesque, réside dans la forme retenue par son auteur. C’est en effet par le biais de mémoires fictives, essentiellement celles de Pierre Perrin, que se déroule dans la plus grande clarté la trame de ce passionnant feuilleton. L’alternance des voix, avec notamment en sourdine celles de Robert Cambert, et Lully – sans oublier la plus truculente de toutes, celle du marquis de Sourdéac – permet ainsi à ce qui se présente finalement comme un journal intime à plusieurs voix de donner lieu à des portraits craquants et croustillants, qui font tout le charme de ce qui n’aurait pu être, sous un autre format, qu’un fastidieux exercice d’érudition. De même, le style enlevé et parfaitement maîtrisé de l’auteur permet d’évoquer à merveille certains des contextes sociaux, politiques et personnels ayant contribué à compliquer considérablement la tâche à laquelle s’étaient astreints les premiers champions de l’opéra français.

C’est donc en faisant vivre, par la voix de la fiction, les différents acteurs d’une des périodes les plus riches de la musique française à un tournant définitif de son histoire, que l’Histoire et l’histoire, justement, se rencontrent, les aspects esthétiques et culturels de certaines pièces essentielles de notre patrimoine musical se voyant ainsi ancrés dans un quotidien raconté et évoqué avec charme, élégance et savoir-faire.

Du même auteur, et dans le même format, on pourra compléter cette lecture en se précipitant sur le livre « Ercole amante » aux Tuileries : Mémoires imaginaires de , 1689-1661.

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