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Intégrale des cinq grandes Symphonies de Joseph-Guy Ropartz

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Joseph-Guy Ropartz (1864-1955) : Symphonie n°3 en mi majeur pour soli, chœurs et orchestre. Isabelle Philippe, soprano ; Élodie Méchain, contralto ; Marc Laho, ténor ; Jean Teitgen, basse. Ensemble vocal Erik Satie ; Ensemble vocal Jacques Ibert ; Ensemble vocal Opus 37. Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction : Jean-Yves Ossonce. 1 CD Timpani 1C1190. Code barre : 3377891311902. Enregistrement public en mai 2011 au Grand Théâtre de Tours. DDD. Notices bilingues (français, anglais) bonnes. Durée : 47’43

 

Grâce à la volonté tenace et la persévérance de l’incomparable label français Timpani, voici enfin l’ultime jalon et couronnement de l’intégrale des cinq grandes Symphonies de (1864-1955), avec cette magnifique interprétation de la Symphonie n°3 en mi majeur pour soli, chœurs et orchestre, sous la baguette inspirée de . Ce dernier était tout désigné pour mener à bien cet enregistrement, lui qui nous avait déjà offert une somptueuse version du drame en musique Le Pays du compositeur breton, également chez Timpani (2C2065) ; par ailleurs, Ossonce a toujours eu des affinités avec la musique française, dont témoignent ses enregistrements de mélodies de Roussel, Le Cœur du Moulin de Déodat de Séverac, Briséïs de Chabrier, l’intégrale des Symphonies de Magnard, les Suites pour orchestre et le Concerto pour piano de Massenet, celui de Reynaldo Hahn…

D’emblée cette intégrale unique des Symphonies de Ropartz entre dans l’histoire et la légende de la musique enregistrée, tout en faisant honneur au plus haut degré à un compositeur français parmi les purs, qu’il était grand temps de ranger aux côtés de ses confrères bien plus célèbres.

Mais d’abord, un regret : si nos souvenirs sont bons, au début de ce projet, il était convenu de réenregistrer, dans le cadre de cette intégrale des Symphonies, la Petite Symphonie en mi bémol pour orchestre de chambre (1943) et de la coupler à cette Symphonie n°3, ce qui aurait judicieusement porté ce CD à une durée acceptable, plutôt que celle, ridicule selon nos critères actuels, de 48 minutes… Toutefois signalons en guise de consolation, toujours chez Timpani, l’existence d’une excellente anthologie Ropartz parmi laquelle se trouve cette Petite Symphonie (1C1126).

Mais ces considérations n’ont rien à voir avec la valeur purement artistique de cette réalisation de très haut niveau, ce qui ne nous étonne guère de la part de Timpani : en l’occurrence, tous les participants à cet enregistrement – qu’ils soient solistes du chant, choristes ou musiciens d’orchestre – ont donné le meilleur d’eux-mêmes, et il n’est guère nécessaire de comparer cette interprétation à celle, très belle, de Michel Plasson, tant cette vision épurée de nous paraît transcender le propos du compositeur. Le public présent à cet enregistrement l’a très bien compris, et dut en tout cas être subjugué, car aucun bruit ne perturbe la captation !

En 1955, Arthur Honegger, désireux d’intégrer au catalogue microsillon tout récent une partition de son vieil ami Guy Ropartz, c’est cette Symphonie n°3 qui fut choisie par le compositeur, œuvre de maturité pour laquelle il éprouvait une tendresse toute particulière. La disparition de ces deux maîtres cette année même, à cinq jours d’intervalle de ce triste mois de novembre, anéantit ce beau projet qui dut attendre trente années pour enfin s’accomplir, avec la version Michel Plasson (EMI) en première discographique mondiale.

La Symphonie n°3 en mi majeur pour soli, chœurs et orchestre (1906), vaste composition en trois parties, est en réalité en quatre mouvements, la deuxième partie étant un Lent enchaînant attacca un scherzo Très vif. Certains commentateurs associent la genèse de cette symphonie à la fameuse Affaire Dreyfus qui a divisé la France durant de nombreuses années. Il était effectivement tentant de le faire, car Albéric Magnard, l’un des plus grands amis de Ropartz, avait pris parti pour Dreyfus de façon la plus énergique – selon son caractère entier et intransigeant – notamment par la composition de son admirable Hymne à la Justice (1902).

Quoi qu’il en soit, avec sa Symphonie n°3, Guy Ropartz nous livre sa propre conception du monde et de la vie, avec un texte de son cru qui révèle ses hautes qualités littéraires tout autant que musicales. La première partie de l’œuvre évoque l’éveil joyeux de la nature, si importante chez Ropartz, depuis les profondeurs de la nuit jusqu’au soleil éclatant, éclairant les mers, les plaines, les forêts. Dans la deuxième partie s’installe le doute de la condition humaine : « Qui donc nous dira la raison de vivre ?… » S’ensuit un scherzo évoquant les conflits humains : quatre décennies plus tard, Honegger saura s’en souvenir dans sa Symphonie Liturgique. La troisième partie, la plus élaborée, et le cœur de la partition, est un appel à l’Amour et à la Justice : « Aimez-vous les uns les autres, c’est l’unique loi, c’est la toute science… » Il est clair que par son propos, Ropartz désire universaliser sa pensée, plutôt d’uniquement l’associer à ce fait divers, si important qu’il fût, de l’Affaire Dreyfus. Et il n’est que plus décevant et consternant de constater qu’un siècle plus tard, le bel et noble idéal de Guy Ropartz est encore bien loin d’être atteint…

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Joseph-Guy Ropartz (1864-1955) : Symphonie n°3 en mi majeur pour soli, chœurs et orchestre. Isabelle Philippe, soprano ; Élodie Méchain, contralto ; Marc Laho, ténor ; Jean Teitgen, basse. Ensemble vocal Erik Satie ; Ensemble vocal Jacques Ibert ; Ensemble vocal Opus 37. Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction : Jean-Yves Ossonce. 1 CD Timpani 1C1190. Code barre : 3377891311902. Enregistrement public en mai 2011 au Grand Théâtre de Tours. DDD. Notices bilingues (français, anglais) bonnes. Durée : 47’43

 
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