Hommage à William Steinberg

EMI a la bonne idée de regrouper, dans un gros coffret pas cher, l’ensemble des enregistrements du chef d’orchestre pour sa filiale américaine Capitole Records. À l’image d’autres chefs comme Vladimir Golschman ou Artur Rodzinski, Steinberg est tombé dans un oubli quasi total, victime de l’augmentation astronomique du nombre d’enregistrements qui relègue toujours plus loin dans les archives, les témoignages de ces chefs solides mais peu médiatiques.

Le parcours de est intéressant à évoquer. Né à Cologne en 1899, il était un excellent violoniste et pianiste. En 1924, il devint l’assistant du grand Otto Klemperer à Cologne avant d’être invité à travers l’Europe. Cette carrière ascendante se vit perturber par l’arrivée des nazis au pouvoir. En 1936, le légendaire violoniste l’invita à diriger le nouvel orchestre de Palestine (ancêtre du Philharmonique d’Israël). Il y croisa Toscanini et ce dernier, fort impressionné par le jeune homme, l’invita à l’assister auprès de son orchestre américain de la NBC. Mais l’arrivée aux USA ne fut pas aussitôt synonyme de succès ! Steinberg dut attendre 1944 et l’opportunité de remplacer Artur Rodzinski à la tête de la philharmonie de New-York pour passer à une vitesse supérieure et devenir un chef à la mode. Les retombées positives permirent au musicien d’être convié à diriger les principaux orchestres des USA et à devenir, en 1945, le chef de l’orchestre de Buffalo. Jusqu’en 1952, Steinberg va patiemment hisser le niveau de cette formation assez modeste. L’étape suivante fut sa désignation à la direction musicale de l’orchestre de Pittsburgh, en 1952, seulement 3 semaines après l’avoir conduit, pour la première fois. A peine nommé, il signe un contrat d’enregistrements avec Capitol Records. Les résultats de son travail au pupitre de l’orchestre furent extraordinaires avec une présence régulière à New-York où le public sortait ravi de toutes ses apparitions ! Jusqu’en 1976, deux ans avant sa mort, Steinberg fut un solide capitaine pour l’orchestre. Le succès de ce mandat lui ouvrit la direction d’un autre grand orchestre étasunien : celui de Boston (1962-1972).

À l’écoute de ces disques, on comprend l’intérêt que Toscanini portait au musicien tant les styles sont assez proches : c’est rectiligne et très rapide dans les tempi avec un sens parfait des gradations. Bien évidemment cela est parfois un peu carré, même légèrement massif, mais on sent le chef qui sait tenir un orchestre. À ce titre, l’enregistrement de la Symphonie n°1 de Mahler est révélateur. Cette interprétation franche et directe séduisit qui déclara même préférer la lecture du Steinberg à celle de Bruno Walter ! , en hommage, sculpta un buste en plâtre du chef, qui orna les pochettes de l’’enregistrement ! Mais ce style incisif et pugnace fait aussi merveille dans Strauss ou dans Wagner, où l’on retrouve une virtuosité orchestrale économe de ses effets. Les extraits du Crépuscule des Dieux proposent un Wagner narratif, allégé, mais jamais gras ou brutal. Dans la musique russe, cette direction précise, dessine de nombreuses saynètes farouchement colorée et illustratives, tandis que dans la musique du XXe siècle, dont Steinberg était un très grand défenseur, son adaptabilité fait mouche dans les pièces  de : Toch, Hindemith, Bloch ou Vaughan-Williams. Steinberg était un accompagnateur hors-air, très recherché des solistes et ce coffret n’a logiquement pas pu faire l’impasse sur ses disques avec ou Rudolf Firkušný. Si les disques avec Milstein sont des piliers de l’histoire de la musique enregistrée, ceux avec  Firkušný sont à redécouvrir, essentiellement pour un Concerto n°5 de Beethoven véritablement incandescent et traversé par une force dramatique implacable.

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