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A Genève, émouvante Mimi de Camille Butcher

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Les Salons. 09-XII-2011. Giacomo Puccini (1858-1924) : Scènes de la vie de Bohème, d’après une idée de Christof Loy. Mise en scène : Volker Böhm. Régie de scène : Jean-Pierre Dequaire. Costumes : Lina Bontorno, Christelle Paillard. Lumières : Simon Trottet. Avec : Camille Butcher, Mimi ; Sophie Gordeladze, Musetta ; Giulio Pelligra, Rodolfo ; Marc Scoffoni, Marcello ; Jérémie Brocard, Schaunard ; Timm de Jong, Colline ; Sacha Michon, Benoit/Alcindoro. Francesco Sergio Fundaro, piano

S’il est une chose admirable dans cette production, apparemment sans prétention, c’est la performance vocale des protagonistes. Chanter La Bohème de Puccini avec pour seul accompagnement celui d’un piano relève d’un défi que peu de chanteurs, même parmi les plus célébrés, ne voudraient risquer de prendre. Sous ses aspects de rengaines connues de tous, cet opéra recèle des difficultés interprétatives extrêmement difficiles à porter. Plus particulièrement la précision et la rigueur métronomique que doivent observer les chanteurs dans les dialogues et dans les ensembles. Une gageure que les protagonistes de ce condensé de l’opéra de Puccini réussissent à merveille. Ceci d’autant plus qu’on joue les scènes. On est au théâtre et non pas, comme il aurait été plus facile, dans une version de concert avec lutrins et partitions devant les yeux.

En effet, on joue la comédie d’. Et plutôt bien. Comme sur une vraie grande scène. L’investissement théâtral des chanteurs est remarquable. Bien dirigés, ils nous font vivre l’univers de ces quatre copains, paumés et désargentés, passionnés de leur art et de leurs amours avec l’insouciance de la jeunesse. Se jouant de l’exiguïté de la scène, chacun occupe l’espace avec intelligence et naturel. On se souviendra de cette scène du dernier acte où les garçons, tout en chantant, s’engagent dans une mémorable et furieuse bataille de coussins.

Vocalement, avec l’accompagnement d’un piano seul, pas de triche possible. La voix est à nu. Si chaque chanteur mérite largement l’admiration, deux d’entre eux cependant émergent. Tout d’abord, la soprano (Mimi) qui s’acquitte de cette prise de rôle de belle manière. Très musicienne, elle livre une Mimi d’une rare sensibilité. Chantant avec beaucoup de simplicité, sans inutile sophistication, elle impose sa présence avec la seule image de sa voix qu’elle agrémente de superbes pianissimi. Si tout au long de l’opéra, elle fait merveille, elle est bouleversante dans la scène finale. Amenant l’émotion à son paroxysme, elle réussit à potentialiser ses collègues autour de son agonie dans un grand moment de théâtre. Autre protagoniste remarqué et remarquable, le baryton (Marcello) signe une prestation exemplaire. Doté d’une voix timbrée parfaitement conduite, la diction claire et distincte, il habite la scène. Présent scéniquement, même lorsqu’il tourne le dos à la salle, il chante avec beaucoup d’authenticité. Deux solistes à suivre.

A noter encore, le ténor (Rodolfo) à qui incombe l’impossible tâche de faire oublier les références des interprètes ce rôle. Il s’en charge pourtant avec cran et un certain brio. Peut-être qu’un peu plus de métier et de musicalité lui donneraient l’aisance nécessaire pour doser sa voix en fonction de la grandeur de la salle. Son interprétation s’en trouverait certainement plus sensible et permettrait à ses collègues de ne pas forcer inutilement leur voix.

Appréciée la soprano Sophie Gordeladze (Musetta) dont l’abattage scénique n’avait d’égal que la belle vocalité. Tout comme la prestation de la basse (Schaunard).

A relever encore, la prestation « orchestrale » du pianiste qui se révèle un accompagnateur doté d’une sensibilité musicale extrême doublée d’une autorité de chef d’orchestre. Dans l’ombre des chanteurs, il a su les mettre toujours à l’aise sans pour autant les laisser aller vers des fantaisies avec la partition de Puccini.

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