Carlos Chavez : Entre héritage indien et classico-romantisme européen

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Véritable créateur de la vie musicale moderne du Mexique, Carlos Chavez (1899-1978) réussit à donner une image aux contours plus précis de la musique de son pays et surtout de l’idée que l’on peut s’en forger. En tant que pédagogue, organisateur, théoricien de la musique, journaliste, chef d’orchestre et compositeur, il mérite le statut de musicien national le plus remarquable de son époque. Pour accéder au dossier complet : Carlos Chavez

 

L’Amérique latine compte peu de musiciens connus à nos oreilles européennes. Cette lacune ne préjuge en rien de la qualité exceptionnelle d’un certain nombre de créateurs de très grand talent. On se contentera de rappeler l’importance de Hector Villa-Lobos, originaire du Brésil, qui effectua un partie de sa carrière en Europe, de l’Argentin Alberto Ginestera, de Silveste Revueltas mexicain « au style plus spontané et turbulent, qui sombra dans l’alcoolisme au moment où il accédait à la pleine maîtrise de son art », résume Alex Ross.
Le Mexique a également donné naissance à une grande et forte personnalité avec (1899-1978) qui occupa un rôle majeur dans le développement de la musique classique de son pays. Nous nous concentrerons essentiellement sur son corpus symphonique fort de six partitions que nous proposons de présenter à grands traits.

Le riche parcours musical de

Carlos (Antonio de Padua) Chavez (y Ramirez) voit le jour à Calzada de Tacube, localité proche de Mexico le 13 juin 1899.

Son grand-père paternel, José Maria Chavez Alonso, fut gouverneur d’Etat de Aguascalientes et exécuté sur ordre de l’Empereur Maximilien en 1864. Son père, Augustin Chavez inventa un type de charrue qui fut produit et utilisé aux Etats-Unis. De son grand-père maternel il hérite du sang indien et est donc né dans une famille créole, origine que révèlent ses traits.

Dernier d’une famille de sept enfants, orphelin de père dès l’âge de cinq ans, sa mère, directrice de l’Ecole Normale de jeunes filles à Popotla, élève sa famille laquelle doit s’éloigner de la capitale au moment de la Révolution de 1910 en gagnant Veracruz. A la fin des troubles sociaux et politiques la famille, indemne,  regagne la capitale Mexico.
D’abord élève de son frère Manuel pour le piano à l’âge de neuf ans le jeune Carlos étudie brièvement avec un autre professeur (Asunción Parra). En 1910 l’un des plus importants musiciens du pays de l’époque, Manuel Ponce, devient son professeur jusqu’en 1914.

Très tôt il commence à composer et affiche un certain don pour l’improvisation au piano.

Sa famille se rend en vacances  dans diverses zones géographiques où règnent encore certaines influences culturelles aztèques et indigènes.

A 12 ans seulement il se plonge avec passion et ténacité dans le Traité d’Instrumentation et Orchestration d’Albert Guiraud. Cet investissement le conduit à pouvoir lire et travailler des partitions orchestrales ! Enflammé,  il ne se passe pas plus de trois ans avant qu’il ne se lance dans l’élaboration d’une Sinfonia para Orchestra alors qu’à ce moment précis il n’a entendu qu’une seule fois sonner un orchestre symphonique. Il l’achèvera en 1918.

Quelques années plus tard, en 1915, il rencontre Pedro Luis Ogazon (théorie de l’harmonie de Juan Fuenes) dont il soulignera le rôle dans son développement musical. Ogazon, en 1903, avait été le premier à faire jouer la musique de Debussy au Mexique. Il reste son maître jusqu’en 1920.

En 1916 en compagnie de plusieurs amis et relations, il démarre un journal culturel nommé Gladios, puis en 1924 il rejoint le personnel d’un journal de Mexico El Universal pour lequel, au cours de plusieurs décennies, il écrit plus de 500  papiers.

Sa formation de base est celle d’un pianiste et son entrée dans le domaine de la composition s’est effectué sans l’aide de professeur. Son arrivée à l’âge adulte est contemporaine de la fin de la révolution mexicaine et d’une période d’exacerbation du nationalisme culturel. La prise de conscience d’une spécificité mexicaine au plan politique et culturel doit en grande partie à ses recherches dans les domaines des cultures, des traditions et des danses indigènes. Il en résulta un élan stimulant et novateur dont la musique du pays profita amplement tout au long du 20e siècle.

Carlos Chavez restera largement autodidacte. Il ne sera le disciple d’aucun autre créateur. Sa propre analyse des grandes partitions représentait principalement son mode de formation et de progrès. On peut quand même souligner qu’il affina sa formation en allant au Conservatoire National (diplôme de composition). On jugea son avancement suffisamment probant pour l’aider à publier dès 1920 ses premières œuvres pour piano.

Sa connaissance de la musique de ses grands devanciers s’effectue par l’étude et l’analyse personnelle des partitions des symphonies de Beethoven et de Brahms par exemple. Il confiera que les meilleurs professeurs sont les grands maîtres eux-mêmes.

Dès l’année suivante, en 1921 (il a  22 ans), se déroule son premier concert public  proposant sa musique, notamment son Sextuor pour cordes et piano. Sa pièce fut appréciée positivement et le gouvernement révolutionnaire en place depuis peu lui passa commande d’un ballet basé sur des thèmes aztèques. Plusieurs thèmes indigènes entendus dans son enfance vinrent enrichir sa partition qui malheureusement fut refusée par le directeur de l’Orquesta Sinfónica. Néanmoins cette œuvre  sera de première importance pour son esthétique à venir et sera créée par l’auteur lui-même à la tête de l’Orquesta Sinfónica de México en 1928.

Après la Révolution mexicaine et la mise en place d’un président élu démocratiquement, Alvaro Obregón, il devient un des premiers chantres de la musique nationaliste mexicaine avec des ballets construits sur des thèmes aztèques. Ladite révolution avait commencé en 1910 avec la chute du dictateur Porfirio Diaz et trouva son achèvement avec le président constitutionnel Obregón en 1921. Son gouvernement devint la principale source de financement des arts  dans l’optique d’une éducation des masses et le renouveau de la culture existante avant la conquête espagnole. Un fervent élan culturel nationaliste était à l’ordre du jour.

Alors qu’il vient d’épouser une élève de Luiz Ogazón en 1922, Otilia Ortiz, excellente pianiste, il décide en sa compagnie de se rendre en Europe qu’ils sillonnent largement (d’octobre 1922 à avril 1923), notamment en Autriche (ils restent deux semaines à Vienne), en Allemagne (ils séjournent cinq mois à Berlin) et en France (une dizaine de jours),  tentant de promouvoir la musique de Carlos. La firme Bote und Bock, à Berlin, publie sa Deuxième Sonate pour piano contribuant à le faire connaître davantage, encore que très modestement.

A Paris, où il séjourne, il se lie d’amitié avec le grand compositeur Paul Dukas. Ce dernier l’incite à faire fructifier le passionnant héritage musical du Mexique.

Cette orientation le rapprochait des démarches entreprises auparavant par Béla Bartók et Zoltán Kodály avec la musique folklorique hongroise et Manuel de Falla pour la musique populaire espagnole.

C’est en Europe qu’il découvre l’Autrichien Schönberg,  le Russe Stravinsky et bien d’autres compositeurs fêtés dans les grands centres musicaux du vieux continent. Globalement il apprend et découvre beaucoup mais demeure inconnu des principaux cercles musicaux européens.

Six mois après son retour, en décembre 1923, il visite les Etats-Unis pour la première fois ne revenant chez lui qu’en mars 1924. Dès son retour au pays il se met à organiser et diriger des concerts de musique nouvelle à l’Ecole Nationale Préparatoire. Ses initiatives l’amènent à présenter au public mexicain en première audition au Mexique des œuvres de Bartók, Honegger, Stravinsky, Satie, Milhaud, Varèse, Poulenc, Schoenberg. Certaines de ses partitions sont aussi présentées à ces occasions. Le public, non exercé, ne répond qu’avec tiédeur à ces nouveautés.

Sans doute est-ce là une des raisons qui le poussent à se rendre à New York en septembre 1926. Laissant sa femme et ses enfants au pays, il part en Amérique en compagnie du peintre mexicain Rufino Tamayo et s’installe avec lui dans un appartement de Greenwich Village (New York). Il se lie d’amitié avec , Henry Cowell et Edgar Varèse qui le présentent à des personnes influentes et ouvertes à la modernité. On joue sa musique qui bénéficie de critiques favorables. L’on reconnaît enfin sa valeur.

Chavez va en assez peu de temps s’imposer comme un acteur essentiel de la vie musicale mexicaine.

De retour au Mexique en juin 1928 on lui propose le poste de directeur musical de l’Orquesta Sinfónica Mexicana. Il procède à sa réorganisation. On peut donc affirmer qu’il est le fondateur de l’Orchestre symphonique de  México  (Orquesta Sinfónia de México) en été 1928. Il en assure la direction entre 1928 et 1948.  Sa phalange devient le premier orchestre permanent du pays. Chef et orchestre réalisent des tournées dans la région rurale de Mexico.

Là encore il fait entendre des œuvres modernes, il crée plus d’une vingtaine d’œuvres de compositeurs mexicains. Il encourage à composer. Il invite des chefs étrangers à venir diriger sa phalange ainsi que des solistes, célèbres eux aussi, à venir se produire dans son pays.

On lui confie la direction du Conservatoire de musique de Mexico entre 1928 et 1934. Il y stimule des projets de collectages de musique folklorique aborigène, y enseigne la composition et sert de modèle stimulant pour la nouvelle génération de compositeurs mexicains. On citera Candelario Huizar, , Daniel Ayala, Blas Galindo, Salvador Contreras, José Moncayo.

Au cours des années 1930 un nombre conséquent de ses partitions sont créées. On rappellera principalement : Sinfonia de Antigona (1933), Sinfonia india (1935), Chapultepec (1935), Dix Préludes pour piano (1937), Concerto pour piano et orchestre (1938).

 A partir de 1933 la famille s’installe à Lomas de Chapultepec dans les extérieurs de Mexico.

Dans son livre publié en 1937 (Toward a New Music) il est le premier à parler de musique électronique.

Sa renommée solidifiée facilite ses prestations en tant que chef invité de l’Orchestre symphonique de Boston en 1936 et de l’Orchestre symphonique de New York en 1937. En 1938 il dirige une série de concerts avec l’Orchestre symphonique de la NBC en l’absence de son chef régulier Arturo Toscanini. En 1940 il produit des concerts au Musée d’Art Moderne de New York.

Il est nommé membre du Collège National (El Colegio Nacional) en 1943,  donne de nombreuses conférences sur la musique, crée les Ediciones Mexicanas de Musica qui favorisent la musique des compositeurs contemporains.

Autour de 1945 il était largement considéré comme le compositeur et le chef d’orchestre les plus saillants de son pays d’origine.

De 1947 à 1952, Chavez prend en charge également l’Institut national des beaux-arts, peu après l’arrivée au pouvoir du président Aleman, réussissant à développer les beaux-arts dans tout le pays. Afin de pouvoir se consacrer à la composition et à l’enseignement il quitte cette institution en 1952, et prend ses distances avec ses lourdes tâches administratives.

Après deux mois passés en Europe (1949) il reçoit plusieurs commandes qui se concrétisent sous forme de trois symphonies (n° 4, 5 et 6) au cours de années 1950 et 1960.

Mai 1953 est la date à laquelle le directeur du New York City Center of Music and Drama, Lincoln Kirstein, lui passe commande d’un opéra en trois actes sur un livret de Chester Kallman d’après l’histoire de Boccace. L’opéra reçut plusieurs titres : The Tuscan Players puis Pánfilo and Lauretta puis El amor propiciado puis Los visitanates

En 1969 il accepte le poste de secrétaire à l’Enseignement public. Le nouveau président mexicain Luis Echeverria lui confie la mission de développer un programme d’enseignement général dans les écoles publiques (il avait durement critiqué les méthodes jusque-là appliquées). Il le nomme aussi chef du département de la musique de l’Institut national des beaux-arts et directeur musical de l’Orchestre symphonique national. Il démissionnera  de ces deux postes à la suite de conflits avec le syndicat des membres de l’orchestre.

Ces déconvenues le poussent vers les Etats-Unis et l’Angleterre où il peut exposer ses idées musicales au niveau universitaire.

Les dernières années de son existence se déroulent surtout à New York et sont marquées par de nombreux honneurs. Il s’installe dans un appartement à proximité du Lincoln Center en 1974. Des ennuis de santé et financiers le conduisent à vendre sa maison de Lomas de Chapultepec, dans la banlieue de Mexico et à s’installer chez sa fille Anita à Coyoacan. Au terme d’une vie active et féconde Carlos Chávez s’éteint à Mexico le 2 août 1978 à l’âge de 79 ans alors qu’il rendait visite à sa fille.

Sa dernière prestation publique aura eu lieu à Washington le 8 mai 1978 lorsqu’il dirigea en création mondiale son Concerto pour trombone.

Après avoir dirigé à partir de 1936 de nombreux concerts avec les plus grands orchestres américains (Etats-Unis, Amérique latine) et européens, submergé de responsabilités de toutes sortes et limité dans son travail de créateur, il avait fini par se retirer progressivement, abandonnant notamment ses fonctions à l’Orchestre symphonique national de Mexico en 1949, période où l’on jouait moins souvent sa musique.

Après avoir tissé d’étroites relations avec des artistes et écrivains progressistes,  après s’être lié d’amitié avec le peintre Diego  Rivera, après avoir donné de nombreuses conférences (rassemblées plus tard en un livre), écrit des essais (publiés en un volume), donné plus de 200 articles sur la musique, Carlos Chavez était incontestablement devenu une personnalité incontournable de la vie artistique mexicaine.

Les conférences données à l’occasion de sa nomination à la Chaire de poétique de Harvard (1958) confirmaient son attachement aux Etats-Unis. Il admirait la musique de l’Américain Aaron  Copland et l’invita au Mexique une première fois en 1932. Ce dernier  y rencontra une grande avidité pour son art et ne cacha pas sa satisfaction. Il confia à Serge Koussevitzky : « J’ai enfin trouvé un pays où l’on m’admire autant que Gerschwin. » Satisfait de l’accueil reçu, il écrivit quelques années plus tard une œuvre qui lui apporta le succès espéré, El Salón México, « bourrée de mélodies et de rythmes mexicains, l’œuvre retrouve également le dynamisme rhétorique de la période moderniste du compositeur. »

Chavez fut enfin nommé membre honoraire de l’American Academy of Arts and Sciences et de l’American Institute of Arts and Letters.

Une odyssée esthétique sans pareil en Amérique latine

Carlos Chavez compose dès l’enfance. Des premiers essais jusqu’en 1921 ses compositions s’adressent essentiellement au piano et demeurent dans le registre romantique dont l’influence principale se trouve chez Robert Schumann. Il existe aussi des arrangements pour piano de chansons mexicaines.

Les premières partitions qu’il élabore s’appuient principalement sur la musique populaire mexicaine. Ainsi reçoit-il une commande du ministère de l’Instruction publique en 1921 qui aboutira au ballet El Fuego nuevo (Le Feu Nouveau) où il s’appuie sur le primitivisme de la musique aztèque. Il exploitera cette veine nationaliste dans les nombreuses productions à venir. On citera deux ballets écrits respectivement en 1926 et 1942 intitulés Los Cuatro soles (Les Quatre soleils) et La hija de Cólquide (1943). La célèbre chorégraphe et danseuse Martha Graham s’en servira ultérieurement.

A New York dans les années 1924-1928 il est attiré par la musique abstraite, presque scientifique, comme en témoignent les œuvres  écrites entre 1923 et 1934 : Poligonos pour piano (1923), Exágonos pour voix et piano  (1924), 36  (Horsepower) pour piano (1925), Energia pour 9 instruments (1925), Espiral pour violon et piano (Spiral, 1934)… Cette période culmine avec le ballet H.P. (Horse Power) encore nommé Caballos de vapor, 1926-1931. Orchestration très colorée, au climat dense, dynamique, où l’influence de Stravinsky se ressent, mélangée à des éléments folkloriques et populaires (danses de type sandura, tango, huapango, foxtrot).

Assez rapidement, il se caractérise par une volonté de proposer une écriture socialement engagée dont témoignent des musiques comme la Sinfonia proletaria (1934) et Obertura republicano (1935).

Son ouverture d’esprit et sa soif de connaissance l’amènent à s’intéresser à la mythologie qui lui inspire des œuvres comme la Sinfonia de Antigona (1933) et Hija de Colquide (1944) de tempérament nettement plus abstrait que sa production de la période précédente. Cette évolution se retrouve plutôt dans sa musique de chambre.

Sa curiosité le pousse à s’intéresser à la musique précolombienne. Il se passionne pour cet aspect de l’art musical qui marquera largement sa manière pour longtemps. On retiendra par exemple Cantos de Mexico (1933), Sinfonia india (1936), Xochipili-Macuilxochilt pour orchestre mexicain (1940).

Chavez évite soigneusement d’utiliser ses sources d’inspiration telles quelles. En artiste créateur, il les connaît, les reconstitue, les magnifie. A cet égard il réalise un travail similaire à celui attribué à Béla Bartók en Hongrie au début du 20e siècle… Il enrichit et dépasse magistralement ses sources musicales variées au point de réussir son travail créateur et de gagner en originalité.

Cependant il lui arrive à l’occasion de s’adonner à des citations littérales de la musique traditionnelle. On peut considérer que Chavez a globalement évolué au sein d’une esthétique plutôt traditionnelle. Certains l’ont opposée à la défense d’un franc modernisme dans le cadre de ses autres activités (présentations, enseignement, direction…). Il reste très attaché au folklore, passionné par les instruments populaires de son pays.

Alex Ross dans son remarquable ouvrage  The Rest is Noise souligne son « langage ordonné et laconique se fondant sur les modes du folklore amérindien ».

Une partie de sa production témoigne de ses préoccupations sociales et politiques : Symphonie indienne (1935-1936), Symphonie prolétarienne pour chœurs et orchestre (1934), Ouverture républicaine (1935)…

Chavez ne dédaigne pas avancer vers des recherches plus abstraites comme dans les trois Sonates pour piano écrites respectivement en 1917, 1919 et 1928, 3 Exagonos pour voix et piano (1924), Poligonos pour piano (1923), 3 Espiral pour violon et piano (1934) et certaines œuvres chorales (Tierra mojada, 1932 ; El Sol, 1934 ; La Palma azul, 1940 ; Canto a la tierre, 1946)…

Chez lui la notion de répétition et de variation est notable depuis les années 1920, sorte de renaissance permanente, « un courant qui ne revient jamais à ses origines, un courant en éternel développement, comme une spirale… », précise le compositeur dans l’une de ses conférences de 1958-59.

La musique de Chavez s’avère souvent percutante, elle résulte du génie d’un orchestrateur solide et d’une utilisation très personnelle des instruments traditionnels et indigènes. Sa musique est polyrythmique, enrichie de rythmes croisés, de syncopes et de nombreuses mesures irrégulières ; il privilégie les mélodies diatoniques ou modales, parfois les aspects pentatoniques. Sans rejeter brutalement le passé, il évite ou combat l’utilisation abusive de la répétition, des pédales harmoniques, des progressions évidentes. Il fait montre d’une grande maîtrise dans l’écriture pour les vents qui jouent parfois des parties solistes. On rencontre souvent des effets instrumentaux inhabituels.

On rencontre également des aspects constructivistes dans sa musique (âge de la machine en opposition aux terres cultivées) dans son ballet-opéra H.P. produit à Philadelphie en 1932. Et encore des sonorités inédites (Symphonies n° 1 et 2 ; ballet The Dark Meadow) à l’origine d’une grande curiosité et d’un réel succès.

A sa manière il aura réalisé une synthèse singulière résultant d’influences mexicaines, indiennes et espagnoles. La musique de Chavez  sonne parfois comme du Stravinsky, comme néo-classique mais enrichie d’éléments folkloriques aztèques, de musique mexicaine, de rythmes colorés, de percussions exotiques. Mais plus largement sa musique ne s’inscrit dans aucune esthétique clairement définie ni aucun courant précis ; elle résulte bien davantage de la synthèse continuelle d’un processus créateur en évolution permanente.

S’il lui arrive souvent d’utiliser des titres conventionnels (symphonies, concertos, sonates… ) il les réinvente à sa manière.

Ce parcours unique et inconnu en Europe est représenté par des musiques pour ballets (5), des symphonies (cf. notre analyse Les symphonies de Carloz Chavez), des concertos pour 4 cors (1937), pour piano (1938-1940), pour trombone (1976), pour violon (1952), des pièces pour orchestre, pour fanfare, trois quatuors à cordes (1921, 1932, 1943), des partitions pour violon et piano, Xochipilli : musique aztèque imaginaire pour piccolo, flûte, clarinette, trombone et six percussionnistes (1940),  un abondant catalogue pour piano seul, des pièces vocales et chorales. Enfin un opéra Panfilo and Lauretta (El Amor propiciado, 1957-1959).

Crédits photographiques : Carlos Chavez/DR

 

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