Resmusica Rouge

Pratiquement tout Tchaïkovski en 60 CDs

À emporter, CD, Musique de chambre et récital, Musique symphonique, Opéra

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) – ÉDITION TCHAÏKOVSKI. Les six Symphonies ; Symphonie Manfred ; 1812 ; Marche slave ; Francesca da Rimini ; Capriccio italien ; L’Orage ; Roméo et Juliette ; Fatum ; Hamlet, ouverture-fantaisie et musique de scène ; Snégourotchka, musique de scène ; les quatre Suites pour orchestre ; Le Lac des Cygnes ; La Belle au Bois dormant ; Casse-Noisette ; Variations sur un thème rococo (version originale et version Wilhelm Fitzenhagen), Pezzo capriccioso, et courtes pièces pour violoncelle et orchestre ; les trois Concertos, Andante et Finale, et Fantaisie de Concert pour piano et orchestre ; Concerto pour violon ; Souvenir d’un lieu cher ; Sérénade mélancolique ; Valse-Scherzo ; Sérénade pour cordes ; Trio pour piano, violon et violoncelle ; les trois Quatuors à cordes ; Mouvement de quatuor ; Souvenir de Florence, sextuor à cordes ; l’Œuvre pour piano solo ; Liturgie de Saint Jean Chrysostome, et diverses pages chorales ; l’intégrale des Mélodies ; les opéras : Eugène Onéguine, L’Opritchnik, Tcherevitchki (Les Souliers de la Reine), La Pucelle d’Orléans, Yolanta, La Dame de Pique, L’Enchanteresse, Mazeppa. Byron Janis, Shura Cherkassky, Michael Ponti, Lev Oborine, Emil Guilels, Sviatoslav Richter, Evgueni Kissine, piano ; David Oïstrakh, Leonid Kogan, Viktor Tretiakov, Aaron Rosand, violon ; Maurice Gendron, Alexander Rudine, violoncelle. Trio Oïstrakh. Endellion String Quartet. Divers solistes vocaux, chœurs et orchestres, direction : Nicolaï Alexeiev, Ernest Ansermet, Andreï Chistiakov, Vladimir Fedoseiev, Samuel Friedmann, Louis de Froment, Alexander Gauk, Valery Gergiev, Sir Alexander Gibson, Mariss Jansons, Richard Kapp, Boris Khaïkine, Kyrill Kondrachine, Alexeï Ludmiline, Sir Neville Marriner, Alexander Melik-Pashaiev, Evgueni Mravinski, Vassili Nebolsine, Gennadi Rozhdestvenski, Alexander Rudine, Samuel Samossoud, Youri Simonov, Stanisław Skrowaczewski, Walter Süsskind, Youri Temirkanov. 60 CD + 1 CD-ROM Brilliant Classics 93980. Code barre : 5028421939803. ADD/DDD. Notices et textes des mélodies en anglais en fichiers pdf sur CD-ROM. Durée : 67 h 10 min

 

Brilliant Classics nous a habitués à ses célèbres boîtes de CDs imposantes souvent dévolues à la quasi-intégrale de l’œuvre de compositeurs connus ; le label se devait d’en consacrer une à (1840-1893), et, sans jeu de mots, il y a brillamment réussi ! Il serait évidemment fastidieux de commenter en détail chacune des interprétations offertes ici : à peu de choses près, tout Tchaïkovski s’y trouve, et on n’en voudra pas à la firme hollandaise d’avoir omis l’une ou l’autre page, sauf peut-être – et curieusement – la remarquable ballade symphonique Le Voïévode op. 78, et la superbe fantaisie symphonique La Tempête op. 18 (1873), à ne pas confondre avec l’ouverture L’Orage op. 76 (1864) qui est bien présente dans ce coffret. Mais ce qui est de prime abord surtout frappant, c’est la volonté de l’éditeur d’avoir choisi essentiellement des interprètes russes : ainsi, rien que pour les chefs d’orchestre, dix-sept sur vingt-cinq sont des compatriotes du compositeur, et pour ceux qui ne le sont pas, le choix de Brilliant Classics est tout à fait honorable.

Prenons par exemple (1883-1969) : le grand chef suisse, toujours excellent dans le répertoire russe, a gravé les trois ballets de Tchaïkovski, et cela en pionnier aux débuts de la stéréophonie. Malheureusement ces enregistrements n’étaient plus accessibles jusqu’à l’opportune réédition en CD de tout Ansermet par Decca – Universal Australie. Brilliant Classics en a repris tels quels les disques Tchaïkovski, qui outre les ballets (dont un Lac des Cygnes hélas fort tronqué par la main de Riccardo Drigo), comprennent également les Suites pour orchestre n°3 et n°4 « Mozartiana », la Symphonie n°6 « Pathétique » et les Variations sur un thème rococo qui nous offrent l’occasion rare de réentendre le remarquable violoncelliste français (1920-1990) à ses débuts.

Par ailleurs, sous licence Capriccio, les quatre Suites pour orchestre sont ici dirigées de main de maître par Sir qui, aidé de son Orchestre Symphonique de Radio-Stuttgart, parvient à surpasser la légendaire version Antal Doráti déjà excellente. Ce qui permet par ailleurs de passionnantes comparaisons Marriner – Ansermet des Suites n°3 et n°4.

Les six Symphonies sont partagées entre trois chefs russes : (n°1, n°3), (n°2) et Gennadi Rozhdestvenski pour les trois dernières. Les interprétations de Fedoseiev et de Simonov, bien que correctes, manquent un peu de vigueur, de caractère, et nous paraissent languissantes comparées à celles de Rozhdestvenski bénéficiant de l’impeccable London Symphony ; mais Simonov se rattrape dans une excellente Symphonie Manfred, jouée ici dans son intégralité – ce qui n’est pas toujours le cas. Des ouvertures, musiques de scène et autres pages orchestrales, seul Roméo et Juliette se révèle décevant, plus par la prise de son médiocre en public que par l’interprétation de Youri Temirkanov à la tête de l’Orchestre du Théâtre Kirov.

Les œuvres concertantes pour piano reçoivent de brillantes exécutions dont la meilleure est celle de dans le Concerto n°1, et la moins convaincante de Shura Cherkassky pourtant coutumier du Concerto n°2 hélas dans sa version tronquée (il l’avait déjà gravé pour DGG en 1956 sous la baguette de Richard Kraus). Toujours en quête d’œuvres rarement jouées, Michael Ponti, qui nous propose ici la Fantaisie de Concert, ainsi que le Concerto n°3 judicieusement couplé avec l’Andante et Finale pour piano et orchestre, fut le premier à graver (pour le label américain Vox) la quasi-intégralité de l’œuvre pour piano solo de Tchaïkovski, et cela avec un réel talent, d’autant qu’il ne s’agit pas là de la partie de l’œuvre la plus inspirée du compositeur.

Par contre sa musique de chambre est bien plus digne d’intérêt, et s’il est inutile de commenter la légendaire version du Trio à clavier par le , il convient d’insister sur la beauté des exécutions des trois Quatuors à cordes et du Souvenir de Florence par le qui de plus nous gratifie d’un beau mouvement de quatuor inachevé.

Les œuvres concertantes pour violon et pour violoncelle n’appellent aucun commentaire particulier, si ce n’est que l’interprétation vigoureuse de du Concerto pour violon n’est pas celle « officielle » et en studio de Melodiya avec le jeune Neeme Järvi à la baguette, mais bien un enregistrement public dirigé par , et que les trois pages mineures formant le Souvenir d’un lieu cher sont données dans l’orchestration d’ ; par ailleurs, le violoncelliste Alexander Rudine joue finement la version originale, moins connue, des Variations sur un thème rococo, alors que nous les offrait dans l’habituelle version révisée – et écourtée – de Wilhelm Fitzenhagen.

L’intégrale en cinq CDs des 103 mélodies pour voix et piano confiées à la soprano et la pianiste provient de l’édition Naxos achevée en juin 2006. À ce jour, elle n’a guère de concurrence, et la voix juvénile de est bien agréable à entendre, tout en déplorant qu’aux moments requérant de la puissance, son vibrato a tendance à détonner dangereusement vers le bas, ce qui peut à la longue agacer les oreilles sensibles…

Des dix opéras composés par Tchaïkovski, deux ont été détruits de sa main : Le Voïévode et Ondine ; Brilliant Classics propose les huit autres. Tous les solistes du chant, chœurs, orchestres et chefs sont russes, hormis pour L’Opritchnik et Les Souliers de la Reine où chœurs et orchestre sont ceux du Théâtre Lyrique de Cagliari dirigés par Gennady Rozhdestvensky. Bien que l’éditeur ne les ait pas classées dans les enregistrements historiques, certaines de ces gravures sont particulièrement anciennes et légendaires, comme celles de dirigeant La Pucelle d’Orléans en 1946, de dans Mazeppa en 1949, d’ dans La Dame de Pique en 1950, et Samuel Samossoud dans L’Enchanteresse vers 1954, le tout avec des voix sensationnelles. Et précisément, Brilliant Classics conclut son coffret par cinq disques de gravures historiques contenant notamment plusieurs versions supplémentaires des deux concertos-tubes du compositeur (quatre du Concerto n°1 pour piano et deux du Concerto pour violon !) par les plus incontournables solistes russes, et surtout deux CDs dirigés par l’immense .

Demander plus serait vraiment indécent !…

 

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.