A Liège, le nouveau monde selon Günther Herbig

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Liège. Salle philharmonique. 13-I-2012. Aaron Copland (1900-1990): Fanfare for the Common Man. Samuel Barber (1910-1981): Concerto pour violoncelle et orchestre op. 22. Antonin Dvorák (1841-1904): Symphonie n° 9 « du Nouveau Monde » op. 95. Christian Poltéra, violoncelle. Orchestre Philharmonique Royal de Liège, direction : Günther Herbig

Le chef d’orchestre allemand est un invité régulier de l’OPRL depuis 2003. Comme la saison précédente, il est ainsi venu partager deux semaines de collaboration avec les musiciens liégeois. Le fruit de ce travail s’appréciait à travers deux programmes: le concert qui nous occupe, célébrant la musique américaine, et un second concert consacré au répertoire romantique.

« Nouvel an, Nouveau monde ». Par cet intitulé, le programme annonçait directement l’orientation de la soirée à l’auditeur. Audacieux, il s’ouvrait avec la fanfare « for the common man » de Copland. Composée en 1942 (en réponse à une commande visant à fournir un matériau musical apte à renforcer le sentiment patriotique), cette pièce s’adresse de manière logique au pupitre de cuivres, accompagné des percussions. Derrière son apparente simplicité, cette partition n’empêche plusieurs solistes, cornistes et trompettistes de trébucher sur les attaques des notes le plus haut perchées.

Bien moins populaire que le célèbre adagio pour cordes, le Concerto pour violoncelle de n’en demeure pas moins passionnant. Il se distingue par une sollicitation importante de l’instrument dans le registre aigu, une orchestration inventive mettant en valeur les bois et d’une densité habilement travaillée, de manière à toujours laisser le soliste au premier plan. Le soliste de ce soir est le Suisse . L’artiste est à l’aise avec la partition et s’apprête d’ailleurs à l’enregistrer avec l’Orchestre Philharmonique de Bergen et le chef Andrew Litton. En la salle philharmonique, nous sommes captivés à l’écoute de cet interprète dont l’archet restitue d’incroyables difficultés techniques en les faisant sonner comme une musique « facile et évidente ». C’est certainement le principal atout de ce musicien. Sous son archet, la virtuosité se laisse oublier et permet à l’oreille de ne se concentrer que sur la musique dans toute sa profondeur. Le mouvement lent est notamment d’une densité remarquable. l’accompagne de manière très attentive et l’on retiendra de l’orchestre l’excellent travail des bois. Le basson-solo se montrant particulièrement expressif et inspiré dans le premier mouvement. A l’issue du Concerto, Christian Poltera a interprété en bis une Sarabande de Bach, contrastant agréablement avec ce programme empreint de modernité.

En seconde partie de concert, la Symphonie n°9 de Dvorak occupait les pupitres. Sa présence dans ce programme justifiait certainement à elle seule l’excellent remplissage de la salle. Mais, au delà des chiffres, la présence d’un public plus jeune était surtout à remarquer. Il s’agit certainement de l’heureuse conséquence de la séance pédagogique  » le dessous des quartes », donnée quelques jours plus tôt sur le thème de cette œuvre populaire.

Günther Herbig ayant étudié avec Karajan, nous étions curieux de chercher le éventuelles ressemblances entre l’exécution des musiciens liégeois et l’enregistrement de 1985 du Maestro autrichien. En ce qui concerne les tempi, l’on s’y retrouvait pour l’essentiel. Sous la baguette de Herbig, la musique évolue avec une tension bien nourrie. Il marque davantage les contrastes entre les pages mouvementées et les interludes plus « pastoraux » que son mentor, ce qui apporte une plus value intéressante à l’œuvre et renforce l’idée d’une musique descriptive. Le célébrissime mouvement lent est exécuté de manière honnête mais nous laisse un peu sur notre faim de part la sonorité inhabituellement terne du cor anglais. C’est le Scherzo, décrivant une danse de peaux-rouges, qui est réellement le mouvement le plus abouti de l’ensemble de cette interprétation. L’orchestre s’y montre d’une précision chirurgicale et met parfaitement en évidence la rythmique jubilatoire structurant ces pages. Enfin, le final est porté de manière grandiose, mais on s’étonnera du manque de punch ressenti chez les cuivres. Volonté du chef d’orchestre de présenter ce son orchestral à l’auditeur, ou simple fait des musiciens? Qu’elle que soit la réponse à cette question, nous l’avons néanmoins perçue comme la seule vraie faiblesse de cette interprétation hautement respectable, à l’issue de laquelle le public a longuement manifesté son enthousiasme.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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