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Paris. Salle Pleyel. 4-II-2012. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon n°1 en la mineur, op.77. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Danses symphoniques, op.45. Alina Ibragimova, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Kirill Karabits

, le directeur musical de l’Orchestre de Bournemouth, retrouvait l’ pour un programme russe, avec un bonheur visiblement partagé par les musiciens. Le chef ukrainien a en effet commencé sa carrière comme jeune chef associé du Philharmonique, expérience concluante car son mandat initialement d’un an fut renouvelé par deux fois.

Le Concerto pour violon n°1 de est une œuvre phare du répertoire concertant qui combine tous les éléments du succès : le drame autobiographique (Chostakovitch le compose dans le dos de Staline, alors qu’il est dénoncé comme compositeur formaliste et que ses œuvres sont retirées des salles de concerts), les couleurs et les rythmes sardoniques, le final brillant et à double-sens. Remarquée dans nos colonnes dès 2003 à Deauville (elle avait alors 18 ans) mais surtout en 2009 avec son intégrale violonistique de Szymanowski avec Cédric Tiberghien (Hyperion, Clef ResMusica), Anita Ibragimova a fortement impressionné ce soir dans une interprétation tendue à craquer.

Dès le Nocturne et l’Adagio introductif, la soliste et le chef en harmonie installent un climat idoine, statique et tendu à souhait. Le violon trace un trait léger mais acéré qui fend l’atmosphère épaisse avec la précision d’un scalpel. Le Scherzo est un défi redoutable de virtuosité grimaçante (Staline y serait représenté et dénoncé), mené à un train d’enfer et remporté collectivement par tous les musiciens. La Passacaille fait intervenir un troisième registre expressif, plus lyrique et dramatique, et Anita Ibragimova surprend par sa capacité à s’éloigner de l’introspection initiale. Sa sonorité s’épaissit, s’élargit, et le fossé avec le style adopté au premier mouvement s’accentue encore avec la cadence, qui résonne comme la culmination de l’œuvre au lieu d’un simple faire-valoir du soliste. Ibragimova subjugue alors, son violon emplit l’espace, à croire que l’instrument a doublé de taille dans l’acoustique pourtant difficile de Pleyel. Alors qu’au début de l’œuvre la musicienne ne laissait pas les micro-respirations nécessaires, peut-être par choix, peut-être sous l’effet de la pression émotionnelle, elle est alors en pleine possession de ses effets. Elle contrôle l’audience en prenant le temps, tout le temps nécessaire. Le final libère l’énergie accumulée durant plus d’une demi-heure, tout en imposant un long et dernier tour de force au soliste, et renouvelle la réussite du Scherzo.

Silhouette longiligne dans une longue robe noire rehaussée des talons hauts, Anita Ibragimova surprend aussi par sa gestuelle, qui voit la tension extrême de la musique s’imposer à elle. Sous l’effet de l’énergie accumulée, le buste s’incline, le corps ondoie, fait un pas par ici, par là, et chacun de ces mouvements fait percevoir la difficulté physique et émotionnelle de l’interprétation. a le geste ample et précis qui évoquerait le langage de la danse contemporaine, en tout cas il est suivi avec enthousiasme par le Philharmonique. La performance d’Anita Ibragimova est saluée avec une chaleur aussi méritée que rarement vue dans un concert de saison symphonique. En bis – on n’aurait pas été surpris qu’il n’y en ait pas – la Sarabande de la Deuxième Partita de Bach apporte une décantation bienvenue.

Les Danses symphoniques de permettent de compléter le programme sur un ton plus décontracté, dans une œuvre qui a l’avantage de mettre en relief les différents pupitres, ainsi que la capacité de Karabits à entraîner les musiciens de manière brillante et sans lourdeur, ce qui est une forme d’exploit.

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Paris. Salle Pleyel. 4-II-2012. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon n°1 en la mineur, op.77. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Danses symphoniques, op.45. Alina Ibragimova, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Kirill Karabits

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