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Le quatuor Tana dans l’excès du son

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Temple Saint Marcel. 04-II-2012. Yann Robin (né en 1976) : Crescent scratches pour quatuor à cordes ; Ondřej Adámek (né en 1979) : Lo que no’ contamo’ pour quatuor à cordes ; Raphaël Cendo (né en 1975) : In vivo pour quatuor à cordes. Quatuor Tana: Antoine Maisonhaute, Chikako Hosoda, violons ; Maxime Désert, alto ; Jeanne Maisonhaute, violoncelle

Entreprenant, volontaire et hyperprofessionnel, le a cette qualité essentielle d’établir d’emblée le contact avec son auditoire. Jeune encore et basé à Bruxelles, il est lauréat de la fondation ProQuartet-CEMC et s’engage, dans ses programmes, à mêler les œuvres du grand répertoire avec la création contemporaine. A la pointe des nouvelles technologies, le Quatuor a adopté le matériel Airturn qui fait désormais défiler la partition sur l’écran de l’ordinateur d’un simple coup de pédale. Dans le décor à l’antique du Temple Saint Marcel, très propice au concert, ils se vouaient, cordes et âme, à la génération de la saturation, avec les pièces de et auxquelles était associé le redoutable Quatuor n°2 du compositeur tchèque .

Dans son deuxième quatuor à cordes, sans électronique, crescent scratches, qu’il dédie à son ami et frère de sonorité , nous persuade que le son saturé n’est pas toujours dans l’excès de la distorsion et qu’il peut être ductile voire soyeux et consentir à une certaine sensualité de timbre. C’est ainsi que nous le révèle le , aussi précis dans le geste qu’efficace dans le rendu sonore. La pièce, courte et très séduisante, appelle à la virtuosité du jeu souvent en glissando et à l’énergie du geste qui propulse les sonorités en nuées constellatoires.

De plus grande envergure, avec son mouvement lent central, In Vivo de Raphaël Cendo met à l’œuvre de nombreuses techniques de jeu et d’écriture pour agir sur la qualité du matériau saturé (saturation du corps instrumental) et sur l’épaisseur de la texture (contrepoint saturé). Les cordes sont « préparées » par une feuille d’aluminium placée sur le chevalet dans le premier mouvement. Toute virtuosité cessante, la partie lente nous invite à « l’écoute réduite » de la matière entendue « à l’état pur » (infra-saturation). Le troisième mouvement l’a fait voler en éclats de manière spectaculaire dans l’énergie et la vitesse du geste instrumental. L’expérience est patente sous l’archet des Tana dont la concentration exemplaire et l’investissement physique sidèrent.

Plus risqué encore parce qu’il extrapole la fonction même des instruments, Lo que no’ contamo’ est le deuxième quatuor à cordes du jeune Adámek qui semble avoir le vent en poupe. Jouées avec des plectres et une violence rageuse – jusqu’à faire exploser le chevalet du premier violon! – les cordes jouées sous le bras sont soumises à un jeu percussif, pizzicato, saltando, battuto ou rasgueado sur lequel semble souffler « le duende » du flamenco: dépassant la simple imitation, Adámek cherche sur les instruments désaccordés la rugosité du matériau et l’énergie folle de la danse andalouse qui amène les instrumentistes à taper du pied. La seconde partie toute en contraste et en harmoniques, dans le registre suraigu, fait naître des textures d’une extrême fragilité superbement rendue par nos quatre virtuoses qui terminaient, plectre en mains, une prestation d’un niveau époustouflant.

Crédit photographique : © Swphoto.be

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