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Des cœurs en hiver, au théâtre de l’Athénée

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Paris, Athénée Théâtre Louis-Jouvet. 12-II-2012. Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise op. 89 / D. 911 (adaptation de Yoshi Oïda, orchestration de Takénori Némoto). Mise en scène : Yoshi Oida ; scénographie et lumières : Elsa Ejchenrand et Jean Kalman ; costumes : Elisabeth de Sauverzac. Avec : Mélanie Boisvert, soprano, Guillaume Andrieux et Didier Henry, barytons. Ensemble Musica Nigella, direction : Takénori Némoto

Le Voyage d’hiver est l’une des expressions les plus abouties de la solitude. L’ancienne fiancée du Voyageur n’est qu’une évocation, le Joueur de vielle une ultime rencontre. Quel intérêt, alors, d’en proposer une version dramatisée faisant apparaître ces trois personnages ? L’exercice paraît d’autant plus périlleux que la partie musicale fait l’objet d’un pari équivalent : le cycle est partagé entre un soprano et deux barytons, et l’accompagnement est arrangé pour un ensemble qui reprend la formation de l’Octuor de Schubert, un quintette à cordes, une clarinette, un basson et un cor. Sur ce plan, il faut reconnaître la réussite du travail de , beaucoup moins iconoclaste que celui de Hans Zender, habillant la partie de piano de sonorités séduisantes, sans en modifier le contour. Les contrastes et les couleurs sont travaillées avec une finesse un peu timide. Dans la fosse, d’excellents instrumentistes, issus de grandes formations orchestrales françaises, et sur scène, trois honnêtes chanteurs.

Et surtout, trois excellents acteurs, au service d’une mise en scène précise et originale, embellie de lumières et de costumes élégants. a longtemps joué pour Peter Brook (La Tempête, Le Mahābhārata) et a incarné l’éditeur du fascinant Pillow book de Peter Greenaway. Ses mises en scène d’opéra sont simples et belles, des qualités que l’on retrouve ici dans le dispositif et dans l’histoire qui est racontée. Le Joueur de vielle apporte à la Jeune femme un livre rouge sang, recueil des poèmes du Voyageur. Celle-ci, peut-être par la pensée, part sur ses traces dans un paysage enneigé, sans qu’ils puissent se rencontrer. Mais ce qui est vraiment poignant est la force de certaines scènes, construites autour du personnage du Joueur de vielle : il s’enivre de chagrin dans Auf dem Flusse, il entoure de sa sollicitude la Jeune femme exténuée dans Rast. Le passage de l’autre côté est d’une intensité si frappante, que l’on pardonne le dérangement dans l’ordre des lieder, qui n’était peut-être pas nécessaire. On aurait pu en revanche se passer dans les surtitres d’une fréquente erreur de traduction pour « wunderlich » (« étrange ») : le Joueur de vielle n’a rien de « merveilleux », pas plus que la corneille.

Une très intéressante expérience, digne d’un chef d’œuvre qui n’en finit pas de surprendre par la pureté de son désespoir.

Crédit photographique © Elisabeth de Sauverzac

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Paris, Athénée Théâtre Louis-Jouvet. 12-II-2012. Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise op. 89 / D. 911 (adaptation de Yoshi Oïda, orchestration de Takénori Némoto). Mise en scène : Yoshi Oida ; scénographie et lumières : Elsa Ejchenrand et Jean Kalman ; costumes : Elisabeth de Sauverzac. Avec : Mélanie Boisvert, soprano, Guillaume Andrieux et Didier Henry, barytons. Ensemble Musica Nigella, direction : Takénori Némoto

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