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La rigueur intacte d’Anne Teresa De Keersmaeker dans Fase

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. 3/III/12. Centre Georges Pompidou. Dans le cadre du Nouveau Festival. Anne Teresa De Keersmaeker/Fase, four movements to the music of Steve Reich. Chorégraphie : Anne Teresa de Keersmaeker (1982). Musique : Steve Reich Piano phase (1967), Come Out (1966), Violin Phase (1967), Clapping Music (1972). Lumières : Remon Fromont, Mark Schwenter. Costumes : Martine André/Anne Teresa de Keersmaeker. Avec Anne Teresa de Keersmaeker et Tale Dolven

L’époustouflante reprise de Fase, four movements to the music of , la première pièce d’, trente ans après sa création, s’est donnée à guichets fermés ce week-end à Beaubourg. Un public fervent est venu applaudir la performance de la chorégraphe qui danse encore elle-même cette pièce, accompagnée de Tale Dolven (en remplacement de la créatrice du rôle, Michèle Anne De Mey). La rigueur, l’énergie et l’ascèse de cette pièce composée de trois duos et d’un solo est absolument intacte. Cette première pièce de la chorégraphe, créée à son retour de New-York après ses études à la Tisch School of the Arts, porte en elle tous les éléments fondateurs qui seront ensuite déclinées dans son œuvre : la répétitivité du motif, l’abstraction géométrique, l’énergie du rythme, la compréhension intime de la composition musicale.
Robes fluides, tennis et socquettes blanches, les deux danseuses semblent dans Piano phase animées d’un même mouvement, mécaniques du même ressort. D’une impulsion du bras, elles tournoient sur un axe horizontal, infléchissant imperceptiblement leurs rythmes respectifs pour passer d’un parfait unisson à un canon, se retrouvant l’une face à l’autre. Cette précision millimétrée se teinte d’humanité par la grâce des petits cris que pousse la chorégraphe, des mouvements rageurs de ses mains qui se ferment. La performance dure 20 minutes ! Un tour de force au cours duquel la quinquagénaire laisse perler une larme de sueur, essuie d’un revers de main l’extrémité de son nez, face à sa partenaire imperturbable. Trente ans après sa création au Beursschouwburg de Bruxelles, l’interprétation d’ est toujours aussi déterminée et farouche.

Dans Come out, dont la structure musicale repose sur la voix de Daniel Hamm, jeune noir américain tabassé par la police lors des émeutes de 1964 à Harlem, les deux danseuses sont de retour en chemise et pantalon, pour plus de douze minutes de mouvement du haut du corps, assises sur un tabouret. C’est implacable ! Même impression avec Clapping Music, enregistré à partir des frappes de mains de deux musiciens, l’un à un rythme régulier, l’autre fluctuant, où le déphasage subtil et rigoureux de la danse fait écho à celui de la musique.
L’émotion sourd cependant tout particulièrement de Violon phase, solo qu’interprète Anne Teresa de Keersmaeker, dessinant d’invisibles figures géométriques à l’intérieur d’un cercle. Cette évocation de la spirale renvoie au mouvement infini de l’ADN humain.

Avec Fase, four movements to the music of , Anne Teresa de Keersmaeker donne une leçon de minimalisme et de pureté, que ne renieraient pas ses grandes ainées postmodernes, Lucinda Childs ou Trisha Brown. Cette pièce réussit l’exploit d’être à la fois conceptuelle et physique, d’engager l’esprit autant que le corps – des qualités que l’on reconnaît aujourd’hui à Daniel Linehan, accueilli il y a quelques années chez PARTS, le centre de formation d’Anne Teresa De Keersmaeker.

Crédit photographique : © Herman Sorgeloos

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