Gergiev en plein Stravinsky

La Scène, Musique d'ensemble, Musique symphonique

Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 07 et 08-III-2012. Igor Stravinsky : Noces ; Œdipus-Rex ; Petrouchka (version 1911) ; Capriccio pour piano et orchestre ; Symphonie de psaumes. Mlada Khudolei, soprano ; Olga Savova, mezzo-soprano ; Alexander Timchenko, ténor / Pastor ; Gennady Bezzubenkov, basse ; Sergei Babayan, Stanislav Khristenko, Dmitri Levkpvitch, Marina Radiushina, pianos ; Gérard Depardieu, récitant ; Sergei Semishkur, Œdipus ; Ekaterina Semenchuk, Jocasta ; Alexei Markov, Creo / Nuntio ; Mikhail Petrenko, Tiresias ; Boris Berezovsky, piano ; Chœur et Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg (chef de chœur : Andrei Petrenko), direction : Valery Gergiev

On le savait par le disque : Noces de Stravinsky par Gergiev, ça déménage ! Le concert le confirme : tempos délirants, lecture acérée, rythmes mis à nus, c’est parti pour vingt minutes d’avalanches de décibels. L’effet est grisant, et malgré cet engagement presque barbare, rien ne manque, la mise en place est exemplaire, les plans sonores sont équilibrés. Pianos, percussions, chanteurs, aucun de domine l’autre.

Ce n’est malheureusement pas le cas d’Œdipus-Rex, qui souffre d’un évident manque de préparation. Peu de nuances à l’orchestre, qui braille plus qu’il ne faut, se traine en récitant, surjoue par force de mimiques et gestes, alors que dans cette œuvre tout n’est que hiératisme et distanciation. Il reste fort heureusement les autres solistes – à commencer par Sergei Semikshur et Alexei Markov – et bien sûr le chœur, impeccable.

Le lendemain place à Petrouchka. Et on retrouve un en plein forme, entrainant son orchestre dans une débauche de sonorités et de couleurs avec la première version du deuxième ballet de Stravinsky. Une lecture crue, dynamique, acérée, à l’opposé de celle toute en retenue d’ Iván Fischer proposée 18 mois plus tôt. Le Capriccio qui suit donne au public le luxe d’y applaudir , expliquant au passage le taux de remplissage inhabituel du TCE pour un programme considéré comme « moderne », à en croire les commentaires à l’entracte et à la sortie (Stravinsky est décédé il y a plus de 40 ans et les œuvres des deux concerts sont quasi centenaires, mais bon…). Evidemment la qualité est au rendez-vous, et comme à l’accoutumée Berezovsky propose en bis tout un mouvement de l’œuvre.

La Symphonie de psaumes qui termine le concert est plus que curieuse… Souvent traitée comme ne cantate, avec Gergiev on est plus sur une optique à mi-chemin entre Ravel et Arvö Pärt. Le chœur est considéré comme un « supplément » : à peine perceptible, chantant constamment à mi-voix, c’est un élément de plus de l’orchestre, une couleur ajoutée – un peu comme dans Daphnis et Chloé. L’étirement des tempos gomme toutes les aspérités rythmiques, tirant l’œuvre vers un aspect répétitif et méditatif. Stravinsky précurseur du New age, pourquoi pas ? Mais entre le chœur distant et l’orchestre omniprésent, cette Symphonie de psaumes laisse interrogateur et pose la question des limites de l’interprétation.

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