Banniere-ClefsResmu-ok

Un Orchestre royal du Concertgebouw ahurissant

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 17-III-2012. Henri Dutilleux (né en 1916) : Métaboles. Jean Sibelius (1865-1957) : Concerto pour violon en ré mineur Op.47. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°5 en si bémol majeur op.100. Leonidas Kavakos, violon. Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, direction : Valery Gergiev.

Les concerts de sont nombreux autant qu’inégaux tant certains sentent parfois le manque de répétition, mais pas celui-ci. Il est vrai que ce programme était celui d’une tournée, la veille à Amsterdam, le lendemain à Bruxelles, et, si on ne peut juger de la qualité de réalisation du premier concert de la série, le second était tout simplement phénoménal, à un ou deux chouïa près, mais quand même.

Dès Métaboles d’, le ton était donné tant on sentit l’orchestre concentré sur son ouvrage et le chef inspiré, guidant ses forces en impulsant une animation constante autant que contrastée à ces cinq mouvements aux titres expressifs : Incantatoire, Linéaire, Obsessionnel, Torpide, Flamboyant. La capacité de l’ à traduire ces différents climats impressionnait d’emblée, l’articulation sans couture entre les différents pupitres atteignait un niveau exceptionnel, offrant à ces Métaboles un somptueux écrin transmettant un authentique plaisir à une audience attentive, dont le compositeur, comme de coutume présent du haut de ses vénérables quatre vingt seize printemps.

Après ce superbe début de soirée vint ce qui fut sans doute le moment le plus intéressant, car peut-être le plus original, engagé, risqué, et pourtant réussi, avec un concerto pour violon de Sibelius comme en apesanteur, décanté en même temps qu’épuré, mais toujours consistant, expressif, charnu et charnel et d’une élégance rare. Ce qui n’était pas gagné d’avance car le tempo choisi y était fort retenu et poussé parfois jusqu’à sa suspension complète, ce qui aurait pu rompre la continuité du discours, mais grâce aux phrasés toujours vivants et à l’intensité d’archet de , à l’accompagnement expressivement parfaitement en phase avec le soliste de , et un orchestre fabuleux, cet écueil fut constamment évité. C’est bien sûr l’Allegro moderato qui se montra le plus captivant et original, ne laissant jamais l’auditeur en vrac comme ça arrive plus d’une fois, mais toujours sur le qui-vive, oreilles grandes ouvertes prêtes à tout car ne pouvant rien prévoir avec ce tempo de base très retenu mais conservant une permanente souplesse qui fit merveille et permit à ce mouvement de s’écouler sans jamais se répéter, ni s’effondrer sur lui-même. Si on devait faire un seul reproche, ce serait pour la toute fin du mouvement qu’on sentit un poil relâchée. L’Adagio continua sur cette belle lancée, chanta magnifiquement, et le finale évita, en bonne logique avec ce qui a précédé, toute précipitation métronomique, sauvegardant la qualité de phrasés tout en ne donnant pas la sensation de retenir le flux musical, on était bien dans un allegro final, respectant impeccablement le ma non tanto demandé par Sibelius. Reconnaissons que de toutes les prestations que nous ayons entendues de ce brillant violoniste, c’est sans doute celle où il s’est montré le plus personnel, constant, et captivant.

Après l’entracte vint le Showtime du Concertgebouw d’Amsterdam qui nous fit une démonstration « surréalistement » époustouflante, emportant tout sur son passage, avec une puissance expressive apparemment sans limites, le tout dans un confort sonore inouï qui fit que, même au plus fort du déchainement de décibels demandé par le chef, le son ne se dégrada jamais, conserva un parfait équilibre des pupitres et une couleur expressive, et à l’évidence fit vibrer l’audience de la salle Pleyel du premier au dernier rang. Si, forcément, le chef eut sa part dans cette performance, on nous permettra également de penser qu’il fut sans doute responsable du « chouïa » de déficit expressif qu’on ressentit au long de ces quatre mouvements, immédiatement perceptible dès l’exposition du premier motif à la petite harmonie, repris ensuite aux cordes, à chaque fois phrasé un peu platement, sans relief particulier. Se privant, sans doute volontairement, du phrasé comme outil expressif, Gergiev retira ainsi une partie de sa saveur à cette musique, qui de fait apparut un peu premier degré (mais quel impressionnant premier degré !) au détriment des seconds plans expressifs. Les passages les plus subtils en pâtirent forcément plus que les moments paroxystiques, mais en dehors de ce détail dont chacun évaluera son importance en fonction de sa sensibilité personnelle, cette impressionnante cinquième fut de haut niveau.

Crédit photographique : DR

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article

Lire aussi :

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.