Mikko Franck fête les 150 ans de Sibelius

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de la Maison de la radio. 17-IV-2015. Jean Sibelius (1855-1957) : Nocturne, Molto moderato, en ré majeur, extrait de la suite du Roi Christian II, op.27 ; Concerto pour violon et orchestre en ré mineur, op. 47 ; En saga, poème symphonique op.9 ; Symphonie n°7 en ut majeur, op.105. Baiba Skride, violon. Orchestre philharmonique de Radio France, direction : Mikko Franck.

mikko_franck4-c-heikki_tuuliPour fêter le cent cinquantième anniversaire de la naissance de son illustre compatriote, nous a mitonné un programme 100% Sibelius autour du célèbre concerto pour violon.

Rarement joué, le Nocturne extrait de la suite du Roi Christian II servait d’introduction à ce copieux programme, annonçant d’emblée la couleur du Sibelius qu’allait nous offrir le chef et son orchestre, tout de clarté et d’équilibre sonore, aux phrasés soignés et limpides, de ton plus lumineux que mystérieux. Quoique le tempo très retenu choisi pour l’Allegro moderato du Concerto pour violon aurait pu laisser imaginer une interprétation dense, sombre, voire intense, pari risqué mais pleinement assumé il y a deux ans par Leonidas Kavakos soutenu par le Concertgebouw d’Amsterdam et Valery Gergiev, mais pas autant ce soir par la violoniste qui manqua de sureté d’archet et d’intensité de phrasé pour réussir cette difficile gageure. C’était donc plutôt du côté de l’orchestre qu’il fallait tourner ses oreilles pour ressentir plus franchement la musique de Sibelius que le chef fit sonner avec éclat dans les tutti symphonique. Si l’Adagio di molto permit d’apprécier le superbe dialogue violon orchestre, le final Allegro ma non tanto fut nettement plus délicat et peina à s’imposer avec évidence. Il y faut un archet et des doigts diaboliques pour faire oublier toute la difficulté de cette pièce et n’y faire entendre qu’une superbe musique, ce qui ne s’est pas produit ce soir. Il faut quand même rappeler que remplaçait un peu en urgence Alina Pogostkina, expliquant peut-être une partie de la perception mitigée ressentie à son écoute.

Avec En saga nous retrouvions toutes les qualités entendues dans le Nocturne cette fois au service d’une œuvre nettement plus passionnante. On y admira sans réserve la qualité des phrasés et l’équilibre trouvé entre les groupes instrumentaux autant que la délicatesse des pianissimos et l’éclat des fortissimos. Moins épique, aux changements de climat et de tempo moins progressifs et prenants que sous d’autres baguettes, l’œuvre s’écoule d’une façon presque abstraite mais néanmoins intéressante d’un bout à l’autre avec de superbes sommets tumultueux magistralement maîtrisés. Presqu’encore plus surprenante fut la Symphonie n°7 qui conclut le concert tant elle mit un grand soleil, même nordique, sur cette œuvre d’un seul tenant mais aux nombreux changements de climat. Là encore la progressivité des transitions porteuse de suspens et de mystère laissait la place à un engagement plus franc et direct, comme si le chef voulait rendre cette symphonie immédiatement abordable à celui qui l’entendrait pour la première fois. Peut-être au détriment d’une plus grande profondeur et de l’unité de l’œuvre, il est vrai, pas si facile à rendre. Pari sans doute réussi car le chef parvint à insuffler vie à chaque section, faisant magnifiquement sonner son orchestre qui pourtant n’a pas dû si souvent jouer cette symphonie, ni la plus populaire ni la plus fréquemment jouée du maître finlandais.

Crédit photographique :  © Heikki Tuuli

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