Le voyage par la musique avec l’Orchestre National de France

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 15-IV-2012. Jacques Ibert (1890-1962) : Bostoniana, Escales… ; Henri Dutilleux (né en 1916) : Concerto pour violoncelle « Tout un monde lointain… » ; Manuel de Falla (1876-1946) : Suites n°1 et 2 extraites du ballet Le Tricorne. Jean-Guihen Queyras, violoncelle. Orchestre National de France, direction : Juanjo Mena

En allant au Théâtre des Champs-Elysées ce soir-là, nous partions en réalité bien plus loin qu’Avenue Montaigne : trois compositeurs et de nombreuses destinations s’offraient en effet à nous. Dans Bostoniana, oeuvre inachevée de , proposée en guise d’introduction, nous sommes envoyés dans une ville industrielle américaine où sons et bruits se mêlent dans une atmosphère moderne. Les rythmes complexes, marqués, syncopés, l’importance des cuivres et quelques éléments de spatialité renforcent cette impression de voyage vers les Etats-Unis.

Ensuite, le concerto pour violoncelle de nous emmène dans un tout autre lieu : à la visite d’un “monde lointain”. Et c’est le violoncelliste qui joue le rôle de guide. Son jeu précis contient la dose juste d’émotion nécessaire à l’interprétation de la musique d’. Il ne fait qu’un avec son violoncelle : féroce quand le jeu doit l’être, ému quand la musique le veut, ils vibrent à l’unisson, sans jamais tomber dans l’excès. Il excelle à la fois quand il joue en même temps que l’orchestre (Regard), quand il est solo (Houles) ou en dialogue avec l’orchestre (Enigme). De plus, il nous offre en bis le prélude de la deuxième suite de Jean-Sébastien Bach, exécuté avec un son très pur (cordes à vide, peu de vibrato) très adapté à l’oeuvre, puis nous quitte sous les acclamations du public, nous laissant continuer notre voyage.

Après l’entracte, c’est la Méditerranée que l’on nous offre, tout d’abord à travers les Escales de . Plus descriptives que Bostoniana, ces trois mouvements nous emmènent successivement en Italie, en Tunisie, et en Espagne. Les formules utilisées par le compositeur sont classiques et typiques de l’intérêt de l’époque pour les pays étrangers (étranges ?) mais néanmoins bien réalisées, sans prétention, et agréables à l’oreille. Rome-Palerme débute par un thème de flûte typique de la musique française du début du XXème siècle, puis alterne entre atmosphères calmes et enjouées. C’est le hautbois qui prend le relais dans Tunis-Nefta, plus courte et écrite pour un plus petit ensemble, par un thème aux couleurs orientales évidentes, soutenu par des pizzicati. Puis les castagnettes nous emmènent à Valencia, où les références espagnoles sont bien présentes malgré une carrure harmonique très classique.

Et enfin arrivés en Espagne, nous y restons, en compagnie des Suites n°1 et 2 du Tricorne de . Des danses espagnoles s’y succèdent, leur thème en général annoncé par les vents puis repris par l’ensemble de l’orchestre. Les émotions décrites sont simples, mais certaines harmonies font vibrer de l’intérieur. La direction énergique et dansante de convient bien à ce type de musique, même si elle manquait, en quelques occasions, de précision. Les musiciens de l’, toujours aussi précis, semblent heureux de nous avoir fait découvrir tant d’ambiances différentes.

Crédit photographique : © Yoshimori Mido

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