A Nantes, une Bohème inventive

La Scène, Opéra, Opéras

Nantes. Cité des Congrès. 6-V-2012. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en 4 tableaux sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Stephen Langridge. Décors & Costumes : Conor Murphy. Lumières : Paul Keogan. Avec : Grazia Doronzio, Mimi ; Scott Piper, Rodolfo ; Julie Fuchs, Musetta ; Armando Noguera, Marcello ; Gordon Bintner, Colline ; Igor Gnidii, Schaunard ; Erick Freulon, Benoît ; Eric Vrain, Alcindoro. Chœur d’Angers Nantes Opéra (direction : Sandrine Abello), Maîtrise de la Perverie (direction : Gilles Gérard), Orchestre National des Pays de la Loire, direction : Mark Shanahan.

Précisons-le d’entrée, à Nantes la vaste nef de la Cité des Congrès ne constitue pas le meilleur écrin acoustique pour une représentation de La Bohème, obligeant plus d’une fois les chanteurs à forcer leurs moyens et remettant en cause les équilibres entre fosse et plateau. Aussi est-ce avec clémence que nous jugerons les performances vocales et orchestrales, sans doute plus convaincantes aux oreilles des auditeurs du quai d’Angers à la fin du mois d’avril.

Une chose est certaine toutefois : la mise en scène de , créée en mai 2011 au National Reisopera, fera date. La transposition dans la seconde moitié du vingtième siècle fonctionne parfaitement, sans aucune contradiction avec le livret. Les décors étonnent et séduisent, en particulier au deuxième acte avec un café Momus transformé en grand magasin en période de fête avec Parpignol dans le rôle du Père Noël, puis au dernier tableau avec un dispositif vertical aussi astucieux qu’inattendu. Les éclairages de Paul Keogan, d’une grande virtuosité, jouent également un rôle important. Surtout, cette mise en scène se caractérise par une inventivité permanente et une direction d’acteurs au cordeau qui nous valent une jubilatoire et assez leste conclusion du deuxième tableau ainsi qu’un bouleversant final.

Sur le plan vocal, nous succombons au charme de la jeune soprano italienne . Petite et frêle, elle possède pour le rôle un physique idéal d’oiseau fragile. Vocalement en revanche, aucune fragilité : le timbre est séduisant, la voix assurée et l’intelligence musicale exemplaire ; Mi Chiamano Mimi est un instant de grâce. En revanche, passe à côté de l’emblématique Che Gelinda Manina, avec un particulier un passage vers l’aigu assez douloureux, question de crispation sans doute car par ailleurs le ténor américain sait déployer un timbre flatteur et des piani remarquables. Il est sans doute la première victime des conditions évoquées en préambule.

ne connaît pas ces soucis : son Marcello est un modèle d’autorité scénique et vocale. est irréprochable en Schaunard, tandis que Gordon Bintner paraît bien effacé jusqu’à un Vecchia Zimarra joliment détaillé. , enfin, campe une Musetta au charme ravageur et confirme qu’elle est déjà plus qu’une révélation. Au-delà des performances individuelles, nous retenons un véritable esprit de troupe et un plaisir évident des protagonistes qui contribuent au succès de la matinée.

assure au mieux l’équilibre sonore de la représentation mais nous l’avons jugé plus à son aise chez Britten ou Janacek que dans ce répertoire. Grand succès aux saluts pour cette production à la fois drôle, intelligente et touchante, et des chanteurs-acteurs généreux.

Crédit photographique : © Jef Rabillon pour Angers Nantes Opéra

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