Le Chant du cygne de Goerne et Eschenbach

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

[Paris] Le Chant du cygne de Goerne et Eschenbach. Paris. Salle Pleyel. XI-V-2012. Franz Schubert (1797-1828) : Schwanengesang (Chant du cygne) D 957 ; Sonate pour piano n°23 en si bémol majeur D 960. Matthias Goerne, baryton ; Christoph Eschenbach, piano

Pour clore leur voyage au pays de Schubert, entamé en novembre, et ont inscrit au programme le Schwanengesang – le Chant du cygne, dernier cycle de lieder de Schubert – ainsi que son ultime Sonate pour piano, la sublime D 960 en si bémol majeur. Une belle soirée dans l’ensemble, ponctuée d’intenses séquences émotionnelles.

La difficulté du Schwanengesang réside pour le chanteur, au-delà de l’effort de virtuosité, à donner une unité à un cycle qui n’en est pas vraiment un ; en effet, le Chant du cygne fait figure de pot-pourri constitué par l’éditeur de Schubert, après la mort de celui-ci, réunissant des merveilles qu’il laissait éparses. Il regroupe ainsi des lieder composés à partir de poèmes de Rellstab et de Heine, contrairement à La belle meunière ou au Voyage d’hiver, conçus dès l’origine comme cycles par le poète Wilhelm Müller.

réussit à unifier ces quatorze bijoux de la maturité, notamment en intégrant entre Aufenthalt et In der Ferne un autre lied d’après Rellstab : Herbst (Automne). Il écarte en revanche Die Taubenpost (Le pigeon voyageur), à l’alacrité plutôt malvenue après le crépusculaire Doppelgänger (Le double). Ce choix, particulièrement judicieux, colore le cycle d’une douleur plus diffuse et lui confère un caractère doucement nostalgique. Si Matthias Goerne se montre inspiré, il semble parfois s’oublier, s’égarer dans sa propre émotion : le rythme général manque un peu d’allant et de tonus. En quelques occasions cependant, Goerne touche au sublime : dans Herbst, il nous berce d’une mélancolie tendre et lancinante ; Der Atlas le voit au sommet de la violence et du déchaînement lyrique ; enfin, il donne dans Der Doppelgänger, qui constitue le point d’orgue en même temps que le point final du testament vocal de Schubert, toute la mesure de sa puissance expressive. Bien secondé par un discret et efficace, il revient pour réintégrer au concert Die Taubenpost, un faux bis dans lequel il charme encore par son timbre chaud et familier.

Désormais seul sur scène, Eschenbach propose une interprétation calme et recueillie de la Sonate pour piano n°23 en si bémol majeur D 960. Après un tendre Molto moderato dans lequel il s’égaie comme en pleine nature, soignant la rondeur des traits, il aborde l’extraordinaire Andante sostenuto avec un tempo d’une lenteur assumée, faisant naître une méditation plaintive, ne versant pas dans le macabre, mais assez déchirante toutefois pour que la modulation centrale, d’une noble gravité, apparaisse presque comme joyeuse. À la fin du mouvement, Eschenbach est parvenu à restituer, avec le passage en majeur, une impression d’assoupissement et d’entrée dans l’éternité.

Choisissant de marier les troisième et quatrième mouvements, il convainc moins dans la seconde partie de la sonate. Certes, il conserve une grâce naturelle et exécute un aimable Scherzo. Mais l’Allegro ma non troppo manque d’idées. Alors que la réexposition répétitive du thème devrait faire l’objet d’une variation nouvelle, Eschenbach a tendance à choisir la facilité : il déroule sans encombre mais sans invention le fil de ce long finale, marquant à peine la coda. On l’aura plus apprécié accompagnateur que soliste.

Crédit photographique : Matthias Goerne © Marco Borggreve for harmonia mundi

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