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Clairemarie Osta, exquise esquisse

Artistes, Danse , Danseurs, Portraits

La jeune femme vient d’effectuer ses adieux officiels sur la scène du Palais Garnier, ResMusica lui consacre un portrait et un entretien.

Tous nos entretiens et portraits de danseurs et chorégraphes : Art de la Danse

Notre dossier : Les adieux de Osta

 

« Quelquefois je me demande ce que j’aurais fait si je n’avais pas été danseuse… Je crois que j’aurais fait de la danse », énonce dans un grand éclat de rire , danseuse étoile de l’Opéra de Paris.

13 mai 2012. La jeune femme vient d’effectuer ses adieux officiels sur la scène du Palais Garnier. Elle est âgée de 42 ans, âge de la retraite officielle pour les danseurs de l’institution. Pour son dernier spectacle, elle a choisi d’interpréter Manon. Longuement ovationnée par le public parisien, la danseuse n’a pu cacher son émotion lors de la cérémonie au cours de laquelle elle fut décorée de la Légion d’honneur : « Ce fut un honneur de servir la danse dans cette grande maison d’art qu’est l’Opéra de Paris ».

La gracile danseuse aux boucles brunes, archétype parfait de la ballerine romantique, ne se résume pas qu’à ce stéréotype. A la fois puissante et vulnérable, fragile et déterminée, est une étoile aux multiples facettes qui fait toujours preuve d’une remarquable justesse interprétative. Sans doute parce qu’elle manifeste sur scène une disponibilité émotionnelle hors norme qu’elle appelle « sacré ».

Retour en arrière. La jeune femme vit ses premières années d’enfance à Nice. Elle y débute la danse à l’âge de 5 ans. C’est tout de suite la passion : « J’ai toujours eu envie de danser. J’ai immédiatement adoré l’énergie physique que requiert la danse, ainsi que le travail imaginatif que l’on développe en scène ». Parallèlement, la petite fille suit des cours de claquettes (elle renouera avec cette activité lorsqu’elle interprètera le rôle de Cendrillon dans la chorégraphie de Noureev) et deviendra même championne de France dans cette discipline. A 12 ans, elle intègre le conservatoire de Nice. Trois ans plus tard, elle y obtient la médaille d’or. Ce premier prix lui ouvre les portes du CNSM de Paris. Elle y suit l’enseignement de Christiane Vaussard. Là encore, elle décroche un premier prix. L’impensable arrive alors pour la petite niçoise : elle intègre, en seconde division, l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris : (« Jamais je n’aurais imaginé entrer un jour à l’Opéra »), et choisit Elisabeth Platel comme petite mère. En 1988, à l’âge de 18 ans, la jeune fille est engagée dans le corps de ballet et décroche au passage son baccalauréat avec d’excellents résultats. « La manière dont j’allais réaliser ma vocation a toujours été ouverte. Cette souplesse d’esprit m’a protégée de la pression hiérarchique qui pèse au sein de l’Opéra. La quête du dépassement de soi-même et la recherche d’un épanouissement personnel m’ont construite bien plus que l’ambition ».

Travailler corps et âme et se dévouer à son art, deux engagements qui font partie de la personnalité entière de la danseuse : « Durant mon enfance, j’ai eu une période mystique au cours de laquelle j’ai voulu entrer au couvent. Non pas pour me renfermer, mais au contraire pour vivre quelque chose de très fort. L’image que je me faisais des sœurs était de vivre quelque chose tellement à fond que la vie quotidienne en deviendrait moins importante ». Ce travail et cette ténacité s’avèrent payants. La danseuse gravit les échelons un à un sans faillir (« Je ne veux pas tout, mais je ne veux renoncer à rien ») : elle est nommée Coryphée en 1989 et Sujet en 1990. Elle rafle la médaille de bronze au concours de Varna en 1994 et est lauréate du Prix AROP en 1997. Elle reste demi-soliste pendant neuf ans, avant d’être promue Première danseuse en 1999 : « Quand je suis « montée » Première danseuse, c’était pour moi un miracle d’avoir la majorité des votes. J’avais toujours choisi mes variations en fonction d’une recherche intime, et non d’une « rentabilité » face à un jury ». En 2002, elle est nommée Etoile à l’issue d’une représentation de Paquita « Quand j’ai été nommée Etoile, j’étais prête. J’avais acquis une meilleure compréhension de ce que j’avais à proposer. J’avais compris que ce titre n’équivalait pas à renoncer à ma personnalité mais, au contraire, à être d’autant plus moi-même. Ce mot-là, danseuse étoile, c’est un rêve. Etoile, ne serait-ce que ce mot-là, ça brille ».

Danseuse polyvalente, Clairemarie a tout dansé (ou presque) et apporte sa profondeur d’artiste à chaque rôle qu’elle endosse : « La danse est un art qui me fascine car il est entièrement porté par des êtres vivants ». Et si le répertoire néo-classique sied particulièrement bien à ses qualités interprétatives (elle fut une poignante Marguerite dans La Dame aux camélias et une émouvante Tatiana dans Onéguine), la jeune femme se distingue également dans le répertoire contemporain. On se rappelle de sa saisissante interprétation de la sœur bossue dans La Maison de Bernarda, de Mats Ek : « Les chorégraphes d’aujourd’hui révèlent des facettes insoupçonnées de nous-mêmes ». Son interprétation de la Lune, dans Caligula, fut également une expérience forte. souhaitait une « danseuse romantique capable d’une grande douceur, mais ayant aussi une brèche en son for intérieur ». Là encore, la dualité de la danseuse convainc le public. L’étoile revendique pleinement cette « sensibilité exacerbée dont on a besoin en tant qu’artiste ». Pour le chorégraphe Pierre Lacotte, « Clairemarie Osta se met à la disposition du chorégraphe avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Elle sait travailler avec son cœur. C’est très agréable car on échange quelque chose d’authentique ».
Quant à Brigitte Lefèvre, Directrice de la danse de l’Opéra de Paris, elle considère Clairemarie comme « une femme adorable, entière, secrète, reliée à des choses mystiques. Elle aime l’harmonie. C’est une danseuse particulière : elle ne va pas s’imposer, elle va nous attirer. Lorsque le spectateur la regarde, il ressent une émotion très particulière ».

Cette travailleuse acharnée n’a jamais vécu sa passion pour la danse comme un sacrifice : « Dans le mot travail, il n’y a que du plaisir. Les efforts que l’on fait au quotidien comportent déjà en eux-mêmes la notion de bonheur et nous sont rendus au centuple ». Celle qui recherche avant tout « l’harmonie et l’épanouissement », considère la scène comme une véritable bouffée d’adrénaline : « Une fois maquillée et costumée, je me sens plus libre, et non pas enfermée dans un carcan. L’entrée en scène est pour moi synonyme de liberté, c’est un moment magique ».

Bien dans son corps, mais aussi bien dans sa tête. L’étoile est une adepte de l’hatha-yoga, une discipline d’origine indienne qui agit en profondeur sur les organes, le système nerveux et la respiration. « Dans cette pratique, qui est le contraire de la rigidité et de la contrainte, les émotions, les limites, sont les bienvenues. Au fil des années, je me suis rendu compte que ce n’est pas contrôler qui est important : c’est être juste. J’aime bien ce proverbe : « Mets les choses à leur place, à la tienne elles te placent ».

Clairemarie a toujours souhaité « s’épanouir en tant que femme pour redonner en tant qu’artiste ». Epouse du danseur étoile à la ville, Clairemarie est la maman comblée de deux petites filles.

Enseigner constitue une évidence pour celle qui se considère avant tout comme une « élève-héritière ». « C’est tellement beau d’avoir des rêves », ne cesse de rappeler la jeune femme, pressentie pour prendre la tête du CNSMDP à la rentrée prochaine.

Bibliographie

Revue

Vocation intime, propos recueillis par Agnès Izrine, EN SCENE! Le journal de l’Opéra national de Paris, Novembre 2011- Janvier 2012, N°10.

Site web 

www.psychologies.com, témoignage de Clairemarie Osta, propos recueillis par Christilla Pellé Douel.

Films

Tout près des étoiles, Les Danseurs de l’Opéra de Paris, un film de Nils Tavernier, 2011, MK2 éditions.

Danseurs Etoiles de l’Opéra de Paris : Clairemarie Osta, une Etoile dans l’âme, un
documentaire de Jean-Marie David, 2006, CasaDei Productions.

Crédits photographiques :
Photo 1 © Anne Deniau / Opéra national de Paris
Photo 2, dans Onéguine, avec Manuel Legris © Anne Deniau / Opéra national de Paris
Photo 3, dans Onéguine © Christian Leiber / Opéra national de Paris

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