La Scène, Spectacles divers

L’âme de Mme de Staël illumine son château

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Coppet. Cours du Château. 19-VI-2012. Festival Autour de Madame de Staël. Correspondance entre Mme. Récamier et François-René Chateaubriand avec Brigitte Fossey (Mme Récamier) et Alain Carré (Chateaubriand). Musiques de Franz Schubert (1797-1828) : Ständchen. Reynaldo Hahn (1874-1947) : L’Heure Exquise, Si mes vers avaient des ailes, A Chloris. Erik Satie (1866-1925) : Daphénéo. André Caplet (1878-1925) : Quand reverrai-je, hélas. Gabriel Fauré (1845-1924) : Après un rêve, Adieu. Avec Véronique Mercier (soprano), Céline Gay des Combes (harpe).

Pour la deuxième année, le Château de Coppet ouvre ses portes à un festival tirant son inspiration auprès de l’image de Germaine de Staël, personnage emblématique du 18e siècle et de l’après-révolution française. Fille unique de Jacques Necker, l’argentier de Louis XVI, grande protectrice des lettres, elle tenait salon dans ce beau château à l’ombre de son grand amour, Benjamin Constant. L’occasion pour ce lieu habité par l’intelligence de présenter des spectacles d’une très grande qualité.

Ainsi, l’esprit de Madame de Staël suggère un spectacle imaginé et mis en scène par le comédien . Le dialogue imaginé tire sa substance des mémoires des deux personnages et de l’échange de correspondance que Châteaubriand entretient presque exclusivement avec son égérie depuis toutes les villes où le mènent son aventure humaine. La belle Juliette et l’écrivain se rencontrèrent brièvement chez Germaine de Staël en 1801, où la jeune femme, bannie de Paris, s’était réfugiée. Ils ne se reverront plus pendant seize ans, jusqu’à ce soir de juillet 1817, au chevet de Mme de Staël mourante. Dès cet instant va naître entre eux, une relation amoureuse qui perdurera jusqu’à la mort de Chateaubriand en 1848.

Cette lecture théâtrale permet au spectateur d’entendre des textes d’une teneur littéraire exceptionnelle. Habitée par l’immense passion que Mme Récamier voue à Chateaubriand, (Madame Récamier) joue cet amour avec une authenticité troublante à laquelle la magnifique voix d’ (François-René de Chateaubriand) répond avec beaucoup d’émotion. Entre ces deux acteurs s’installe une superbe intimité, une complicité de chaque instant qui transporte l’auditoire dans l’esprit de ce siècle naissant.

Ponctuant les espaces que le temps opère entre les lettres de Châteaubriand et les hypothétiques réponses de Mme Récamier, la harpiste offre un accompagnement empreint d’une belle musicalité aux mélodies que la jeune mezzo-soprano chante de sa voix superbement timbrée. Chargée d’une subtile discrétion dans sa robe écarlate, envoûtée par l’esprit du lieu, la mezzo lausannoise va charmer l’auditoire avec un choix de mélodies en totale osmose avec les mots des comédiens quand bien même plus d’un siècle sépare les protagonistes historiques des compositeurs choisis. Mais comment mieux exprimer l’amour profond de Juliette Récamier qu’avec le superbe Si mes vers avaient des ailes de Reynaldo Hahn ? Dans l’exercice périlleux du récital, celui de chanter ses mélodies en portant la voix dans un air qui se rafraîchit à l’ondée qui s’annonce, comme encore celui de balancer dans la continuité le volume des voix des comédiens, se joue de ces obstacles avec une musicalité parfaite. Elle s’investit crânement, étonnant un public attentif par l’aplomb de son chant, la parfaite articulation des mélodies, la diction claire des poèmes. Alors que son instrument vocal jouit d’une belle maîtrise du souffle, d’une palette de couleurs étendue, les aigus ne semblent pourtant pas encore totalement intégrés à la ligne de chant. Immaturité inévitable de la jeunesse d’une artiste prometteuse.

Une prestation de haut niveau, en rien envieuse aux deux exceptionnelles plaidoiries de Me Marc Bonnant, orateur admirable, la première sur Voltaire qu’il adore et la seconde sur Rousseau qu’il excècre.

Crédit photographique : Brigitte Fosset (Mme Récamier), Alain Carré (Chateaubriand), , © Jean-Luc Ray

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Coppet. Cours du Château. 19-VI-2012. Festival Autour de Madame de Staël. Correspondance entre Mme. Récamier et François-René Chateaubriand avec Brigitte Fossey (Mme Récamier) et Alain Carré (Chateaubriand). Musiques de Franz Schubert (1797-1828) : Ständchen. Reynaldo Hahn (1874-1947) : L’Heure Exquise, Si mes vers avaient des ailes, A Chloris. Erik Satie (1866-1925) : Daphénéo. André Caplet (1878-1925) : Quand reverrai-je, hélas. Gabriel Fauré (1845-1924) : Après un rêve, Adieu. Avec Véronique Mercier (soprano), Céline Gay des Combes (harpe).

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