Christophers libère Saul à Versailles

La Scène, Opéra, Opéras

Versailles. Château de Versailles. Chapelle Royale. 24-VI-2012. Georg Friedrich Haendel (1685-1750) : Saul, oratorio en trois parties HWV 53 sur un livret de Charles Jennens. Avec : Jonathan Best, Saul ; Joelle Harvey, Michal ; Elizabeth Atherton, Merab ; Anne-Marie Gibbons, David ; Joshua Ellicott, Jonathan ; Jeremy Budd, Sorcier d’Endor ; Abner Tom Raskin, Amalekite ; Ben Davies, Doeg ; Stuart Young, Fantôme de Samuel. Orchestre et Chœur The Sixteen, direction: Harry Christophers

Dans le cadre du festival “Le Triomphe de Haendel” de Versailles, l’oratorio Saul se devait d’être à l’affiche car l’œuvre, d’une séduction instrumentale particulièrement développée, fait appel à des solos de harpe, à des chœurs accompagnés de triomphales trompettes ou encore à un chatoyant carillon annonçant l’arrivée de David. Le chef anglais a su très bien tirer partie de ces beautés musicales en évitant de brider son interprétation mais au contraire en permettant à son ensemble orchestral et instrumental de s’exprimer pleinement, avec des interludes musicaux enlevés et des interventions chorales très chantantes. Pourtant, au regard de ses nombreux enregistrements haendéliens (à l’exception de Samson), on aurait pu s’attendre à une interprétation peu engagée, au drame tiède et des solistes insipides, il a au contraire favoriser une interprétation libérée voire même théâtrale et constitué une distribution d’une redoutable efficacité, aux voix amples, mais pas forcément aux timbres très flatteurs.

C’est le cas du David d’, tendre et guerrier tout à la fois et éminemment crédible. De même le ténor qui interprète son ami Jonathan, offre une robustesse et une virilité peu commune dans le rôle, lui conférant ainsi une stature et une consistance plus grande. Même dépourvue de couleurs, Joelle Harvey n’a pas démérité dans le rôle de l’innocente Michal. Quant à sa soeur et rivale, incarne une Merab indignée et véhémente puis blessée et déchirée, le tout avec une grande expressivité théâtrale. Enfin le baryton-basse a su montrer combien son personnage était faux, cruel et jaloux ; on lui pardonnera quelques vocalises savonnées dans un air comme « A serpent in my bosom ». A noter aussi que toutes les interventions solo des choristes étaient de qualité.

Ainsi, on aurait pu rêver d’un orchestre plus brillant encore et des solistes aux timbres plus séducteurs mais la force d’, c’est d’avoir pu constituer un cast fort et homogène (sans aucun soliste de renom) et émanciper ses Sixteen (dix-huit choristes en fait) au point de nous passionner pour ce drame biblique haendélien, et nous mener jusqu’au frisson de la fameuse scène finale du deuil « In sweetest harmony…O fatal day ! », joyau baroque unique qu’il faut avoir entendu au moins une fois dans sa vie, en live, tant il bouleverse.

On pourra bientôt entendre cette œuvre au disque puisque l’ensemble vient de l’enregistrer avec de grands solistes comme . A noter aussi que le festival de Versailles n’est pas terminé pour et leur chef, puisqu’il y donneront un autre chef d’œuvre du caro sassone : Israel in Egypt.

Crédit photographique : © Sussie Ahlburg

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