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Un Festival Messiaen résolument contemporain

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble, Musique de chambre et récital

Festival Messiaen au Pays de la Meije du 14 au 22 juillet.

Toute aussi riche et aventurière, cette quinzième édition du Festival Messiaen au Pays de la Meije célébrant cette année les vingt ans de la disparition du Maître, était résolument tournée vers la musique d’aujourd’hui – de Boulez à Benjamin – puisque Gaetan Puaud avait donné carte blanche aux élèves d’, deux générations de compositeurs ayant bénéficié de l’enseignement de cet « extraordinaire éveilleur de talents » durant les 37 ans de sa présence au Conservatoire de Paris. Sept d’entre eux, tous à l’affiche des concerts, avaient fait le voyage au Pays de la Meije pour venir témoigner de leurs années d’étude dans la classe du Maître lors de la traditionnelle journée d’étude organisée par Claude Samuel.

Cet hommage appuyé à Messiaen le pédagogue impliquait cette année les forces vives du Conservatoire National Supérieur de Paris et notamment les jeunes talents, la plupart déjà confirmés, qui ont intégré depuis septembre 2011 un troisième cycle « répertoire contemporain et création » ; initié par , cette nouvelle classe est menée de main de maître par la violoniste hors norme , soliste de l’EIC rompue à la pratique virtuose de l’écriture d’aujourd’hui.

C’est , présent sur tous les fronts et ce soir la baguette en main, qui dirigeait l’Orchestre des Lauréats du Conservatoire lors d’une soirée d’ouverture chaleureuse autant que multiple dans la salle du Dôme de Monêtier-les-bains. Elle débutait par une des partitions les plus audacieuses d’ en matière de « polyphonies oiseaux », les Oiseaux exotiques, une commande de Pierre Boulez pour le Domaine musical ; elle invitait en soliste , jeune pianiste très plébiscitée dont la solidité du jeu et la plénitude du son conféraient à l’écriture de Messiaen tout son flamboiement et son envergure résonnante. L’orchestre donnait ensuite en création mondiale Orbitas, une pièce du Chilien Francisco Alvarado qui poursuit son cursus de composition dans la classe de . C’est la finesse de l’instrumentation et la fluidité d’une écriture relayant l’ensemble à vent et les percussions qui séduisent dans une composition s’inspirant de la cinétique des corps célestes. Après Octandre d’, une partition radicale mettant en valeur les sonorités galvanisantes des vents solistes, Bruno Mantovani entouré de et Hae-Sun Kang, remarquables toutes deux, se lançait dans le Kammerkonzert d’, une aventure exaltante autant que risquée qu’il mène à bout de bras avec l’enthousiasme et la fulgurance de son talent.

La petite église romane de La Grave, à flanc de glacier, ou celle des Terrasses, quelques 300 mètres plus haut, accueillaient les concerts des élèves du 3ème cycle « répertoire contemporain et création » révélant autant de personnalités qui défendaient avec maestria la musique d’aujourd’hui. La jeune pianiste Violaine Debever, vedette d’un premier concert qui réunissait le Maître et ses élèves, se distingue par l’engagement de son geste et la clarté de son jeu : des qualités que l’on retrouve dans le superbe duo pour violoncelle – – et piano de Bruno Mantovani – élève d’élève ! – intitulé Cinq pièces pour qui joue sur l’interaction sensible voire la fusion des timbres à travers une variété de gestes instrumentaux souvent très éruptifs. On retrouvait les deux musiciens dans une création mondiale de Râgamalika engageant un long processus durant lequel s’éploient les deux lignes instrumentales dans une complexité rythmique très étrange. Avec , percussionniste aguerri dont on appréciait l’envergure du geste et la qualité de la frappe dans le flamboyant Phénix du même compositeur, Violaine Debever servait avec beaucoup d’intensité l’univers de dans deux extraits d’Espace etnéens : amoureux des volcans, Ducol traduit ici en termes sonores, avec sa sensibilité singulière et une recherche très fine des alliages de timbres – la présence des log-drums entre marimba et vibraphone en témoignent – ces manifestations éruptives qui l’inspirent. C’est la musique de Messiaen (Première communion de la Vierge), sous les doigts de la pianiste et dans une atmosphère presque recueillie, qui concluait.

Tout aussi enthousiasmant, le second concert dédié aux élèves du Maître de la Grave sollicitait davantage les cordes : , violoniste à l’archet impérieux, Noémie Bialobroda et Marie Ythier, altiste et violoncelliste tirant de leurs instruments une sonorité sensible autant que maîtrisée. Ils nous surprenaient dans les Dix Musiques-minutes pour trio à cordes de dont l’écriture exigeante autant que contrastée renouvelle à mesure les textures, les climats et les allures négociés par les interprètes avec une virtuosité fulgurante. On découvrait ensuite le très rare Trio à cordes de , compositeur disparu à l’âge de 37 ans dont l’esthétique se rapproche de Webern avec une écriture souvent atomisée, au bord du silence ou en brusques éclats. Après les deux pièces solo de , Quasi Scherzando pour violoncelle – Marie Ythier très concentrée – et La Stravinskienne pour marimba solo – magistral Remi Durupt – Carl-Emmanuel Fisbach, saxophoniste rayonnant, investissait la scène avec Périples de Paul Méfano, une pièce assez exubérante et pleine de trouvailles qui met en valeur la plénitude du son de l’instrumentiste et l’extrême souplesse de son jeu tout en relief. La jeune et très séduisante soprano donnait enfin, avec un charme indicible et un talent fou, Les voix de la mémoire d’Allain Gaussin, une partition très étonnante écrite sur un de ses poèmes que la chanteuse se contente de susurrer avant d’amorcer, à voix nue, une ample vocalise profilant son arabesque dans un espace qui se construit à mesure.

Autre pianiste, autre vedette en la personne d’ dans le dernier concert des jeunes talents qui complétait la liste déjà longue des compositeurs invités: très sollicité lui-aussi, notre jeune pianiste donnait une très belle version des Trois Etudes de Michaël Levinas, une musique de gestes, très inventive, dont jaillissent des effets de résonance inouïe. Avec au violon, il interprétait en création mondiale Ogive d’Allain Gaussin dont il souligne avec autorité le cerne de la trajectoire formelle, le violon, dans un temps très étiré, venant s’inscrire sur la partie conductrice du piano au deuxième tiers de l’oeuvre. Il était ensuite à l’écoute de dans deux mélodies extraites d’Harawi de Messiaen et en étroite symbiose avec Carl-Emmanuel Fisbach dans les Cinq Ephémères d’. était aussi au programme avec les Rebonds a et b dont la force tellurique qu’ils exigent n’ébranle jamais l’étonnante maîtrise de . C’est Paul Méfano, irrésistible, qui avait le dernier mot en mobilisant tous les interprètes avec ses Instantanés (alias photomatons), sorte de cartes postales reçues de tous les horizons stylistiques qu’il distribue sans autre lien logique que celui de l’humour et de la fantaisie.

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