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Hommage à Christophe Le Gall, fondateur de ResMusica

Christophe Le Gall nous a quittés le 20 juillet 2012 à l’âge de 45 ans. Quatorze ans plus tôt, en 1998, il partait à la conquête de l’internet pour ce qui deviendrait le projet de sa vie. Qu’était l’internet à cette époque ? Nous étions tous avec des modems 56k qui convertissaient en numérique les données analogiques transmises par le téléphone. Un bruit blanc, quelques bips, et nous voilà connectés, avec des pages mettant plusieurs minutes à se charger, l’impossibilité de téléphoner et des factures astronomiques de communication à la fin du mois.

Quelque part à Nantes un internaute, navré de ne trouver aucune information en français sur la musique classique, lance alors son « site perso » (les blogs et les réseaux sociaux n’existaient pas encore). Son ambition : favoriser l’accès au savoir musical avec un double impératif lié à la musique classique et à l’internet. Et pour incarner ce rêve, un mot qui réunirait l’ancien et le présent et qui fédèrerait les mélomanes francophones du monde entier : « ResMusica ». Un mot en clin d’œil, espiègle et sérieux, à « Respublica », la « chose publique » de la Rome antique, c’est-à-dire la république. Tout faire pour que la « chose musicale », celle qui est toujours actuelle quelle que soit son époque,  devienne le bien commun des amoureux de la musique.

L’internaute derrière cette ambition généreuse, c’est Christophe Le Gall, informaticien au sein du Ministère de la Défense. Il y parle de sa passion, de Schubert en particulier, des autres musiciens aussi. Il fait connaître son travail par les listes de diffusion dont classique-fr, la référence dans le domaine. C’est sur cette dernière qu’il poste les deux tous premiers messages, le samedi 14 novembre 1998 à 19H30 :

Objet : Présentation et première requête
« Bonjour
je m’appelle Christophe, j’habite NANTES (44)
je viens de publier un site consacré à mon compositeur favoris (F SCHUBERT)
Je recherche activement toute information concernant les concerts et autres manifestations orchestrales te chorales de ses oeuvres en FRANCE et dans le monde
MERCI
CORDIALEMENT »

Notez le soin pris à préciser le code départemental, une information administrative à vrai dire sans intérêt, mais chiffrée et par là probablement rassurante pour l’informaticien-mélomane. Plus de cent-vingt mille messages se succèderont sur cette liste.

A l’été 1999, c’est le lancement du site ResMusica.com, dont il assurera seul la conception et le développement informatique pendant dix ans. Une prouesse technique au regard de la complexité du site et des milliers d’articles publiés, alors qu’il n’existait à l’époque aucun éditeur de gestion de contenus permettant la réalisation facile d’un site internet. Christophe développait lui-même tous les scripts, écrivant et manipulant des milliers de lignes de codes pour constamment faire évoluer le site.

Tout commence par la publication de notices biographiques, la première sur Anton Bruckner le 2 juillet 1999, et c’est curieusement à Gaetano Donizetti et non à Schubert que Christophe consacrera son premier article, publié le 8 juillet. L’idée d’une encyclopédie gratuite sur internet allait connaître le succès que l’on sait. Elle s’appellera Wikipedia… mais seulement à partir de 2001. Un appel à contribution est lancé via classique-fr, et sur ResMusica tout un chacun, musicologue, professeur de musique, journaliste culturel ou simple passionné y va de son article.

Progressivement, l’équipe se structure et s’étoffe, et nouvelle étape en 2004, ce qui n’était qu’un simple site internet s’appuie désormais sur une association, dont Christophe devient logiquement le Président. Cinq ans plus tard et au bout de dix ans d’un travail quotidien acharné à assurer seul le développement informatique du site internet, Christophe éprouve le besoin de prendre du recul, de passer la main. Comme il l’écrit lui-même dans sa présentation, « Accordant une confiance totale à ses associés, il décide de s’éloigner, gardant un œil bienveillant sur les actions et les développements menés par l’association. ».

Mais qui était Christophe Le Gall ? Homme de l’ombre au caractère imprévisible et à l’humour mordant, il fuyait les mondanités. Pionnier de la presse musicale sur internet, il laissait ses équipiers partir aux conférences de presse, présentations et négociations diverses, recueillait les idées et les transformait par informatique. Christophe était un véritable self made man : issu d’un milieu pour qui la musique ne faisait pas partie du quotidien, le choc musical lui est venu plus tard. Pas seulement par Schubert, pas seulement par la musique classique, mais aussi par le jazz, la pop et le rock. Que ce soit le Lamento della ninfa ou une chanteuse pop anglaise, Don Giovanni ou Herbie Hancock, Iannis Xenakis ou Georges Brassens, l’important était la musique. Avec par-dessus tout . Il rejoint Gonzaï vers 2008 où il trouve « musique et chroniques à foison, dans un esprit super sympa », et qui lui offre de nouveaux défis personnels à relever pour écrire « quelque chose de valable ». Perfectionniste, il admettait pouvoir passer jusqu’à dix heures sur un article. Frustré de ne tout connaître ou de ne tout percevoir, il ne cessait de questionner ses interlocuteurs pour savoir pourquoi telle ou telle œuvre, qui ne lui provoquait aucune sensation, pouvait émouvoir son voisin jusqu’aux larmes.

Au printemps 2011, déjà marqué par la maladie, il n’en perd pas moins son goût de vivre : « je suis au sans sel et au sans sucre ajouté. Mais ce n’est pas si triste que ça quand la vie est remplie de pleins d’autres épices ! »

En mars 2012, alors qu’il était à l’hôpital depuis plusieurs mois et que la vie lui filait entre les doigts, il s’acharnait à partager ses amours musicales : « Faut que je continue à écrire pour res parce que c’est mon bébé mais aussi que c’est un exercice de style tout à fait différent de Gonzaï, c’est important. »

Aux côtés de Classique-fr (Décès de Christophe Le Gall, par Simon Corley, 22 juillet 2012) et de Gonzaï (Le Poulpe 1967-2012, par Bester, 23 juillet 2012), c’est à notre tour de lui adresser quelques derniers mots d’hommage. Ils sont un peu trop solennels et il leur manque une bonne dose de son humour sarcastique, mais vu les circonstances, il nous pardonnera sûrement…

Christophe,

Ta passion et ta générosité pour faire découvrir et partager la musique étaient exceptionnels.
L’équipe et les rédacteurs de ResMusica te doivent beaucoup de bonheur musical.
Immense merci à toi, l’aventure ResMusica continuera et poursuivra la mission ambitieuse et exigeante que tu lui as donnée.

L’équipe et les rédacteurs de ResMusica

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