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Rencontres musicales de Vézelay

L’édition 2012 des Rencontres musicales de Vézelay, d’un programme très varié, met l’accent sur l’architecture de sons : « Musique et architecture nouent une relation intime et fondamentale, parce que la première prend forme dans un espace qu’organise la seconde », précise Pierre Cao, son directeur artistique.

Le 23 août à 16 heures au collégial Saint-Lazare d’Avallon, Le voyage d’hiver de Schubert par le baryton allemand avec sur un piano-forte de l’époque, annonce cette richesse architecturale. Dès les premières notes, quelque appréhension que nous avions d’entendre ce cycle si sombre et grave en ouverture des Rencontres s’envole. D’abord à travers le son du piano-forte qui modifie totalement notre écoute. Trop habitués par le piano moderne, nous attendons inconsciemment une confrontation entre le chant et le clavier dont la palette expressive est très large. Or, le piano-forte qu’a choisi ne permet pas encore toutes ces exploitations sonores de l’instrument actuel, ce qui fait par conséquent ressortir davantage les nuances de la voix, en faisant comprendre que l’intention de Schubert était particulièrement concentrée sur celle-ci. a justement une voix riche en nuances pour extérioriser ce qui est fondamentalement intérieur, grâce à ses expressions absolument poignantes, en parfaite adéquation entre les timbres et les paroles – l’un des aspects majeurs de l’architecture musicale. Un voyage bouleversant qui invite l’auditeur à une réflexion philosophique sur la vie elle-même.

Le soir, à la Basilique Sainte-Marie-Madelaine, changement spectaculaire d’ambiance : Arsys Bourgogne, Ensemble La Fenice et le chef nous emmènent au faste de Venise à travers des œuvres de dont on célèbre cette année 400 ans de son décès. La fête commence même dans la rue : en guise de préambule, une fanfare déambulatoire mène joyeusement le spectateur à la basilique. Les chœurs et l’ensemble instrumental, tantôt unis tantôt brisés (placé sur les deux côtés de la nef en plus de la scène central) offrent une idée d’architecture sonore qui représenterait la splendeur de la Cité des Doges. Les pièces vocales et instrumentales s’alternent, rappelant que « fut aussi un compositeur instrumental et que la pratique des musiques religieuses s’accompagnait de morceaux destinés à introduire, conclure, ou enchaîner les moments importants des cérémonies », comme l’écrit Nicolas Dufetel dans le programme. A l’image de la Venise glorieuse entre la renaissance et le baroque, l’exécution était somptueuse.

Le vendredi 24 à 16 h, à l’Eglise Notre-Dame de Saint-Père, l’ensemble vocal Die Singphoniker insère, dans Missa pro fidelibus defunctis de (1460 ?-1518), des pièces contemporaines de John Tavener (1954-), de Kurt Weil (1900-1950), d’ (1928-), d’Ian Moody (1964-), de Hans Schanderle (1960-) et de Knut Nystedt (1915-). Malgré la multiplication de langues (latine, anglaise, allemande et française) et de styles, les enchaînements se font très naturellement, la voix céleste des chanteurs réussit à faire tomber des barrières psychologiques que beaucoup de mélomanes ont toujours entre les œuvres anciennes et classique et la musique contemporaine. De même que le prestigieux chœur d’enfants de Tapiola, dirigé par , au concert du soir à la basilique. Le programme de la soirée est constitué de morceaux de la fin du 20e siècle et du tout début du 21e, excepté deux Ave Maria de Poulenc (extrait des Dialogues des Carmélites, 1957) et de Kodály (1935). Le clou du concert est Marijetta matala neiti de , mystère en un acte relatant le récit de l’Immaculée conception dans une version populaire, d’après le cinquième et dernier chant du Kalevala. Les voix pures d’enfants de 8 ans à 16 ans ont conquis le cœur des auditeurs qui, les visages radieux, ont quitté la salle, très satisfaits.

Crédits photographiques : Thomas Bauer & ; chœur d’enfants de Tapiola © François Zuidberg

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