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Musikfestuttgart ou la foi dans la musique

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Stuttgart. Schlosskapelle Solitude. 08-IX-2012. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Petit labyrinthe harmonique BWV 591, Toccata et fugue en ré mineur BWV 538, Concerto en ré mineur BWV 974 (d’après Marcello), Fugue en si mineur BWV 951a (sur un thème d’Albinoni), Concerto en ut majeur BWV 594 (d’après Vivaldi), « Ricercare a6» tiré de l’Offrande musicale BWV 1079. Léon Berben, orgue.

Stuttgart. Liederhalle. 08-IX-2012. Friedrich Schlegel (1772-1829) : Abendröte ; Franz Schubert (1797-1828) : Abendröte, Sonate en la majeur n°13 (D 664). Claudia Barainsky, soprane ; Julian Prégardien, ténor ; Urs Liska, pianiste ; Julia Stemberger, récitante.

Placée sous le signe de « la Foi », la Musikfestuttgart de cette fin d’été recelait quelques idées intéressantes, comme on en a pu en juger par deux concerts bien différents.

Dans la Chapelle « Solitude », sur les hauteurs de Stuttgart, se donnait un concert Bach en compagnie de l’organiste , virtuose d’un art sacré où l’intériorité musicale le dispute à la solennité. Après un Petit labyrinthe harmonique (BWV 591) souverainement conduit, Berben donne la Toccata et fugue en ré mineur BWV 538, faisant succéder l’implacable Fugue à la pompe joyeuse d’une Toccata euphorisante. Les traits sont bien accusés, une réelle dynamique est en place : c’est du meilleur Bach. Soucieux de rappeler quel arrangeur fut aussi le Kappellmeister de Leipzig, Berben poursuit avec le Concerto en ré mineur BWV 974 d’après Marcello, dont il propose notamment un Adagio bouleversant de fragilité ; puis vient la Fugue en si mineur BWV 951 sur un thème d’Albinoni, dans laquelle il déploie un contrepoint d’une netteté exemplaire ; enfin, le Concerto en ut majeur BWV 594 d’après Vivaldi le voit libérer un souffle extraordinaire, prendre des risques toujours récompensés, et oser s’avancer dans la musique comme jamais. Berben conclut par le Ricercare tiré de L’Offrande musicale (BWV 1079), chant d’espoir d’une piété sans nom. On salue l’engagement intense de l’artiste, qui bénéficiait par ailleurs d’une acoustique remarquable.

Une soirée Schubert en demi-teinte nous ramène dans le centre de Stuttagart, à la Liederhalle, pour y entendre la soprane et le ténor , accompagnés au piano par et secondés par une récitante. L’idée de départ ne manque pas d’intérêt : donner intégralement le texte du poète Friedrich Schlegel, dont Schubert ne tira que l’embryon d’un cycle, Abendröte (« Crépuscule »), œuvre toujours reprise au cours de sa courte vie mais jamais achevée. Aussi sommes-nous gratifiés des éclats théâtraux de la récitante disant les poèmes non mis en musique par Schubert. Mais la partie chantée laisse surtout à désirer : si son timbre est pur et beau, il reste à Prégardien « junior » beaucoup de progrès à accomplir pour étoffer sa voix et lui donner un véritable contenu lyrique. démérite elle aussi, faute de maîtriser ses aigus trop perçants. En outre, par une volonté louable de mise en scène, les trois mouvements de la Sonate en la majeur n°13 (D 664) se trouvent curieusement intercalés entre les lieder. Ce choix, qui aurait pu s’avérer heureux, est malheureusement grandement desservi par la prestation de qui, malgré ses qualités d’accompagnateur, n’est pas au niveau comme soliste. En dépit d’un Andante presque émouvant, son jeu déçoit par sa platitude. On retient toutefois quelques beaux lieder sortis indemnes de ce concert, à l’image de Der Fluss (D 693), Die Sterne (D 684) ou encore Im Walde (D 708), choisi comme épilogue, dans lequel Prégardien parvient à un chant plus abouti, gagnant en assurance et en puissance. Une belle façon de dire adieu.

Ce bref aperçu de la Musikfestuttgart nous dispose à lui souhaiter vivement une suite. La « foi » en la musique est assurément le plus sûr moyen de prendre son envol.

Crédit photographique : © Lutz Voigtlaender

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