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Noah Lee, un gamin remporte le Concours Tchaïkovski

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Montreux. Auditorium Stravinsky. 15-IX-2012. Finale du 7e Concours Tchaïkovsky. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon en ré majeur op. 77. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour violoncelle n° 1 en la mineur op. 33. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano n°2 en sol mineur op. 16. Veriko Tchumburidze (violon), Noah Lee (violoncelle), Alexandr Kutuzov (piano). Orchestre symphonique d’Etat « Novaya Rossiya », direction : Yuri Trachenko

Il est né en février 2000. Douze ans, et ne joue du violoncelle que depuis quatre ans. Et avec une audace incroyable, une audace inhabituelle à cet âge, ce gamin s’offre le luxe de gagner le prix de violoncelle du Prix Tchaïkovski, ouvert aux musiciens de moins de 17 ans. Non seulement de remporter le prix mais de le faire avec un aplomb, une décontraction, presque jusqu’à une arrogance naturelle.

Le monde de la musique a souvent accouché d’enfants prodiges. Montrés comme des bêtes de scène par des parents fiers (ils ont de quoi), ces enfants montrent d’indéniables qualités techniques qui étonnent le chaland. Mais avec , le phénomène est ailleurs. Bien sûr, la technique instrumentale est présente. La sonorité aussi. Mais d’emblée ce qui frappe, c’est son autorité. Immédiatement perceptible dès son entrée en scène. Tenant son violoncelle à bout de bras tendu pour ne pas l’abîmer, il monte crânement sur la petite estrade réservée aux solistes, comme on prendrait le tram. Il s’assied, règle la hauteur de son violoncelle, en vérifie la justesse et alors, alors seulement, d’un signe de la tête il donne au chef d’orchestre l’indication qu’il est prêt.

Jusque-là, on sourit à l’assurance scénique du gamin. Puis, dès les premières notes du concerto, dès que son archet court sur son violoncelle, on reste confondu par sa présence, son évidence et son autorité naturelle. Habité par la musique, fermant les yeux pour s’emplir des sons de l’orchestre, balançant au rythme de la mélodie, continuellement en mouvement, il fait immédiatement corps avec l’œuvre. Son violoncelle magnifiquement dosé, les doigts courent sur le manche sans aucun à-coup, l’archet se promène sur les cordes. La musique que le gamin offre est tout simplement exceptionnelle. On oublie tout. Son âge, sa taille. Il est. De plus, c’est lui le patron. D’un signe de tête, d’un sourire entendu, d’un balancement du corps sur sa chaise, il envoie les intonations au chef, le rythme à l’orchestre. Et sa musique est belle. Simple, sans artifice, avec ce qu’il faut de legato pour ne pas oublier que nous sommes chez dans le registre de la musique française et ce qu’il faut encore d’autorité sur l’archet pour intimer un sentiment de virilité.

Une vingtaine de minutes plus tard, c’est le triomphe d’un public à la fois conquis et médusé devant tant de maturité, tant de musicalité. On n’est plus amusé par le petit bonhomme qui salue. On est simplement conquis par l’authenticité de l’émotion et le plaisir que ce gamin a transmis.

Si la prestation de a impressionné, les deux autres lauréats n’ont pas démérité. A commencer par la violoniste (16 ans) qui a montré, elle aussi, une belle autorité dans le concerto de Brahms mais, au-delà de cette particularité, on note chez elle un formidable sens de la phrase musicale donnant à son interprétation une fluidité expressive magnifique.

Autre moment d’exception de cette soirée des lauréats, l’interprétation stupéfiante du Deuxième concerto pour piano de par le jeune pianiste russe (16 ans). Alliant puissance, dextérité, technique et musicalité, le jeune homme domine son sujet avec une verve peu commune. Il démontre, lui aussi, une maturité interprétative rare. Alors que sa musique révèle une virilité débordante, on pense avoir affaire avec un mâle affirmé. On est alors décontenancé de le voir tout gêné au baiser qu’une hôtesse lui donne avec le bouquet traditionnel. Comme quoi la musique reste un langage à part quand bien même on le dit universel.

A noter, l’accompagnement tout en finesse et écoute des solistes de l’Orchestre symphonique d’Etat « Novaya Rossiya » sous la direction de .

Crédit photographique : Noah Lee © Yunus Durukan

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Montreux. Auditorium Stravinsky. 15-IX-2012. Finale du 7e Concours Tchaïkovsky. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon en ré majeur op. 77. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour violoncelle n° 1 en la mineur op. 33. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano n°2 en sol mineur op. 16. Veriko Tchumburidze (violon), Noah Lee (violoncelle), Alexandr Kutuzov (piano). Orchestre symphonique d’Etat « Novaya Rossiya », direction : Yuri Trachenko

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