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Pyrrhus à Versailles : une résurrection primordiale

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Versailles. Salle des Croisades. 16-IX-2012. Joseph-Nicolas-Pancrace Royer (1703-1755) : Pyrrhus, tragédie en un prologue et cinq actes. Version de concert. Avec : Alain Buet, Pyrrhus; Jeffrey Thompson: Acamas; Emmanuelle de Negri: Polyxène; Guillemette Laurens: Eriphile; Virgile Ancely: Mars ; Edwige Parat, Minerve ; Christophe Gautier : Jupiter. Les Enfants d’Apollon, direction : Michael Greenberg. Responsable artistique : Lisa Goode Crawford

Pyrrhus, œuvre de Joseph-Nicolas-, un compositeur plus connu pour ses pièces de clavecin que pour ses ouvrages lyriques, a été composé en 1730 sur un livret de Fermelhuis. N’ayant connu que sept représentations à cette époque, c’est avec la recréation intégrale de cette tragédie que Versailles ouvre sa saison, pratiquement trois siècles après. Force est de constater l’intérêt de cette composition dont la qualité orchestrale est assez fouillée, sans évidemment atteindre la richesse harmonique que Rameau développe dans Hippolyte et Aricie seulement trois ans après. La principale déconvenue est une versification parfois trop élaborée, qui nuit à la compréhension totale de l’action, quand bien même parfois elle est le support d’un langage galant. En revanche, la dramaturgie, centrée sur les amours de Pyrrhus (qui aime Polyxène, mais n’en est pas aimé) et ceux d’Acamas, confident de Pyrrhus, s’élabore autour d’un découpage probant, duquel on retiendra des moments de musique absolument admirables. L’acte infernal, où les imprécations diaboliques d’Eriphile (trahie par Pyrrhus) se mêlent aux menaces démoniaques des Euménides, est d’une urgence implacable dans laquelle se mélangent les sentiments les plus effroyables. On retiendra le rôle si marquant de la plaintive Polyxène, victime de l’ire magique de sa rivale, un chœur de nymphes entourant la déesse Thétis saturant l’atmosphère d’harmoniques chatoyantes, le suicide de Polyxène d’une concision théâtrale rare. Une œuvre qui signe un tournant dans la tragédie lyrique, annonçant les révolutions du genre dans la décennie suivante.

L’exécution a été rendue ce dimanche dans l’intimiste salle des Croisades dans le Château de Versailles, où le faible nombre de spectateurs autorisait une attention vigilante et l’impression d’assister à un évènement important et exceptionnel. La distribution fut relativement homogène, rendant un service non négligeable à l’opéra. , sanguinaire et vengeresse, n’a plus à démontrer son talent de tragédienne et la puissance du rôle lui offre une grande capacité d’expression. en est le contrepoint parfait dans la pureté de l’héroïne sacrifiée: la voix haute, claire et bien conduite (l’air introduisant le premier acte lui permet d’asseoir une riche palette de couleurs dolentes) s’accommode d’une prononciation dont on saisit le soin de la compréhension. Dans la même veine, mais toutefois plus chargé en noirceur, , incarnant Pyrrhus, au travail professionnel et sur, a maintenu une présence constante sur la globalité de l’œuvre, même si on en retient moins un moment particulier que le décalage avec la bien plus jeune Polyxène dont Pyrrhus s’est épris. était, dans le rôle d’Acamas, par trop maniériste: en multipliant les effets de style, en surexploitant la richesse du chant syllabique, et en exposant de manière excessive les effets dynamiques, il a malheureusement rompu la continuité d’un rôle fort intéressant et s’est vocalement fourvoyé, malgré des moyens certainement intéressants, ici quelque peu malmenés. Enfin, la direction de , utile pour resserrer quelques moments plus faibles de la tragédie, défendait vaillamment cette recréation, malgré quelques cordes parfois un peu acides, mais aidé par un chœur aux effets adéquats et une grande présence de la claveciniste .

On ne peut donc que se féliciter de ces jalons musicaux remontés, tant dans un intérêt musicologique que dramatique, et ce, d’autant plus que ce concert enregistré fera l’objet d’une sortie commerciale en CD, qui permettra une visibilité d’autant plus grande.

Crédit photographique : © Bdallah Lasri

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Versailles. Salle des Croisades. 16-IX-2012. Joseph-Nicolas-Pancrace Royer (1703-1755) : Pyrrhus, tragédie en un prologue et cinq actes. Version de concert. Avec : Alain Buet, Pyrrhus; Jeffrey Thompson: Acamas; Emmanuelle de Negri: Polyxène; Guillemette Laurens: Eriphile; Virgile Ancely: Mars ; Edwige Parat, Minerve ; Christophe Gautier : Jupiter. Les Enfants d’Apollon, direction : Michael Greenberg. Responsable artistique : Lisa Goode Crawford

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