Metz enchantée par la Flûte de Daniel Mesguich

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 28-IX-2012. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, Singspiel en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Textes adaptés en français par Daniel Mesguich. Mise en scène : Daniel Mesguich. Décors et costumes : Frédéric Pineau. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Sébastien Droy, Tamino ; Valérie Condoluci, Pamina ; Guillaume Andrieux, Papageno ; Eugénie Warnier, Papagena ; Aline Kutan, Königin der Nacht ; Philippe Kahn, Sarastro ; Valentin Jar, Monostatos ; Florina Ilie, Marion Lebègue et Marie Gautrot, Drei Damen ; Alain Herriau, Sprecher ; Alain Gabriel, Priester ; Léonie Renaud, Catherine Trottman et Sylvie Bedouyelle : Drei Knaben. Choeur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte). Orchestre national de Lorraine, direction : Jacques Mercier.

C’est sous le signe de la dualité que conçoit sa mise en scène du chef d’œuvre de Mozart. Dès la première scène, le double négatif de Tamino combat ses basses pulsions, symbolisées par le fameux dragon qui lui-même est incarné par le double des trois dames de la nuit. C’est jusqu’à la pure Pamina qui est accompagnée de son double maléfique, vision malsaine et presque dérangeante que parachève le choquant coït auxquels se livrent les doubles des deux amants au moment de la scène des épreuves. Au cours de l’ouverture, la séparation du lit conjugal représente cette déchirure fondamentale qui suggère non seulement la rupture entre Sarastro et la Reine de la nuit ou la division fatale du masculin et du féminin, mais également la coupure interne que subit tout être, partagé entre sa soif d’absolu et ses pulsions de vie terrestres. Que nous dit l’opéra de Mozart sinon cette tension fondamentale, que la mise en scène de Mesguich ne fait qu’expliciter de manière sans doute trop appuyée. La traduction du dialogue vers le français aura en tout cas permis au public d’apprécier le poids et la pertinence du livret de Schikaneder, tant décrié ces dernières années dans de savantes publications.

Et si le spectacle finit par séduire et remporter l’adhésion, cela est dû surtout à la magnificence de la scénographie de , fondée en partie sur la présence de trois cubes mobiles, dont le positionnement en perpétuel mouvement permet de représenter tour à tour les cages de l’inconscient, la stabilité du temple ou, à la fin de l’opéra, le vaisseau dans lequel s’embarquent les deux jeunes amants sans doute en partance, du moins on le leur souhaite, vers un monde meilleur. Dans tous les cas, la configuration des trois modules évoque avec adresse les modalités du « théâtre dans le théâtre », faisant du chef d’œuvre de Mozart non seulement un ouvrage initiatique – vision que la conception de Mesguish est loin de récuser – mais également un bijou d’intelligence dans son traitement de la métaphore du théâtre et de tous les jeux de la théâtralité.

Le plateau vocal, de très belle tenue, est largement dominé par le couple Tamino/Pamina, particulièrement radieux. Dans le rôle du jeune prince, fait valoir un timbre chaud, clair et viril, ainsi qu’une diction en tous points exemplaire. est tout simplement idéale en Pamina, déployant un instrument souple et fort joliment timbré au service d’une ligne vocale de toute beauté ; la voix a par ailleurs pris un léger grain de vaillance qui sied parfaitement à cet emploi, et qui devrait augurer de belles prises de rôle dans l’avenir, et tout particulièrement dans les emplois mozartiens. Du couple Sarastro/Reine de la nuit, on retiendra surtout la valeureuse , au suraigu parfaitement assuré et à la vocalise toujours aussi tranchante ; en revanche, le chevrotement de Philippe Kahn est à la limite du supportable. Et du couple Papageno/Papagena, on préfèrera sans doute la merveilleuse , mieux chantante que son partenaire, très à l’aise quant à lui dans le dialogue parlé. On mentionnera également un luxueux trio de dames ainsi qu’un Monostatos convaincant vocalement et scéniquement, quoique fâché avec le français dans les passages parlés.

Passées les fâcheries avec l’acoustique ingrate du lieu, tire de son orchestre les couleurs qui conviennent, même si nos oreilles de plus en plus baroqueuses se sont habituées aujourd’hui, dans un tel répertoire, à des volumes sonores plus feutrés. Le chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole était lui aussi tout à fait à la hauteur de la situation.

Crédit photographique : (photo n°1) ;, Valentin Jar, Sylvie Bedouelle, , Léonie Renaud, Philippe Kahn, Sébastien Droy, (photo n°2) © Philippe Gisselbrecht – Metz Métropole

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