Les Deux Veuves, superbe ouverture à Angers

La Scène, Opéra, Opéras

Angers. Le Quai. 30-IX-2012. Bedřich Smetana (1824-1884) : Les Deux Veuves, opéra en 2 actes sur un livret de Emmanuel Züngel d’après la pièce éponyme de Jean Félicien Mallefille. Mise en scène : Jo Davies. Décors & Costumes : Joanna Parker. Lumières : Simon Corder. Avec : Lenka Macikova, Karolina ; Sophie Angebault, Anezka ; Ales Briscein, Ladislav ; Ante Jerkunica, Mumlal ; Robin Tritschler, Tonik ; Khatouna Gadelia, Lidunka. Chœur d’Angers Nantes Opéra (direction : Sandrine Abello), Orchestre National des Pays de la Loire, direction : Marc Shanahan

En ouverture de la saison, Angers Nantes Opéra propose la création scénique française du cinquième opéra de , Les Deux Veuves, créé à Prague en 1874 et inspiré d’une comédie de salon française. Il est inexplicable qu’un tel joyau soit resté aussi longtemps ignoré car la partition est un régal d’invention mélodique, de science du coloris orchestral et de vivacité rythmique, avec un juste équilibre entre le rire et la mélancolie. Nous y suivons les aventures de deux cousines qui vivent leur veuvage de façon radicalement opposée : à l’insouciance de Karolina répond l’austérité d’Anezka… qui pourtant sera celle qui se fiancera au final.

La mise en scène de n’appelle que des éloges. Elle s’appuie sur des costumes d’un goût incontestable et un dispositif scénique très séduisant : l’intérieur d’une maison bourgeoise orné d’un immense escalier. La réalisatrice a choisi de situer l’action en France au lendemain de la première guerre mondiale, dans une grande propriété rurale. La représentation débute d’ailleurs par une video évoquant le conflit. impose une direction d’acteurs aussi minutieuse qu’inspirée, mais également d’un grand naturel ; le travail sur les chœurs est lui aussi remarquable. Cette mise en scène, d’une grande lisibilité, est émaillée d’heureuses trouvailles qui mettent en joie le public.

La jolie slovaque Lenka Macikova mène le jeu avec un charme fou. Sa voix fraiche et séduisante s’épanouit dans un registre aigu absolument irrésistible. ne lui cède rien, même si elle peine parfois à exister dans les ensembles, tant elle parvient à traduire les déchirements d’Anezka culminant dans son monologue du second acte d’une juste émotion. De plus, leurs deux voix s’harmonisent parfaitement. Pensionnaire de la troupe du Deutsche Oper de Berlin, entame une carrière internationale et c’est justice : l’acteur est désopilant, mais surtout le chanteur dispose d’une voix homogène, projetée avec autorité, en pleine maturité. Ales Briscein peine à séduire, question d’un timbre plus proche des rôles de caractère que de celui des jeunes premiers mais aussi d’un choix de claironner de façon assez uniforme avec à l’arrivée davantage de décibels que de charme.

fait rutiler la partition sans réel souci de subtilité mais en s’appuyant sur la qualité des pupitres d’un orchestre en grande forme, tout comme les chœurs. L’accueil final du public, très chaleureux, ne gomme pas un regret : la salle n’était pas pleine ce dimanche, ce qui est profondément injuste au regard de la qualité du spectacle et de l’investissement de tous les protagonistes.

Crédit photographique : Lenka Macikova (Karolina) © Jef Rabillon pour Angers Nantes Opéra

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