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Pelléas revu et corrigé à Dijon

La Scène, Opéra, Opéras

Dijon. Grand Théâtre. 13-X-2012. Claude Debussy, Pelléas & Mélisande, drame lyrique en cinq actes sur un livret de Maurice Maeterlinck, adapté par Wouter Van Looy. Arrangement musical pour ensemble de chambre : Annelies Van Parys. Mise en scène : Wouter Van Looy. Vidéo : Vivian Cruz, Hectór Cruz, Wouter Van Looy. Décors : Wouter Van Looy. Lumières : Thomas Verachtert. Costumes : Johanna Trudzinski, assistée de Tina Schott. Coproduction du Concertgebouw de Bruges, du Nouvel Opéra de Bergen et de l’Ensemble Oxalys. Avec : Florian Just, Pelléas ; Mijke Sekhuis, Mélisande ; Andreas Jankowitsch, Golaud ; Knut Stiklestad, Arkel ; Marie-Noële Vidal, Geneviève ; Matthis Perreaux, Yniold. Ensemble instrumental Oxalys. Direction musicale : Marit Strindlund

Le sacrilège a eu lieu ! L’opéra de Debussy débute avec un flash back et continue avec des coupures ! Cette démarche, qui fera frémir les Debussystes purs et durs, présente finalement des avantages et ne rompt pas le charme nordique de cet ouvrage si particulier, et si souvent décrié à cause de son manque de lyrisme vocal.

choisit d’emblée de revoir Pelléas et Mélisande pour en faire un opéra de chambre, et le cadre du théâtre de Dijon se prête assez bien au jeu. La réduction de la partition pour ensemble instrumental apporte cependant le trouble aux oreilles habituées à la patte sonore enveloppante de l’orchestre du compositeur français : l’arrangement joue peut-être un peu trop sur les oppositions de timbres entre cordes et vents, qui sont d’ailleurs disposés de chaque côté de la scène ; la présence d’un harmonium est souvent déroutante, elle accentue l’impression de « musique de foire » et surprend dans ce contexte. Les instants réussis sont ceux durant lesquels l’orchestre joue au complet pour souligner les sommets dramatiques de l’action, comme la scène où Golaud traîne Mélisande par les cheveux.

Parler de mise en scène apparaît tout d’abord comme erroné : si l’on considère uniquement le jeu des chanteurs, il n’y en a pratiquement aucune. En effet, elle consiste en déplacements furtifs entre estrade en fond de scène et petites surélévations en bords de plateau. En fait, le véritable lieu de l’action se situe sur le rideau arrière qui sert de support à une vidéo remarquablement efficace : des images défilent dans un fondu-enchaîné mystérieux, la lumière y est crépusculaire, à la manière de celle utilisée par Murnau, ou Bergman dans Jeux d’été, et parfois l’action est évoquée comme dans un rêve. Le travail des vidéastes, mis ainsi au premier plan, contribue à donner à cette réalisation la part de rêve indispensable à cette œuvre hors normes.

La distribution vocale est un peu inégale : si donne du rôle de Pelléas une vision très satisfaisante, et si Andreas Jankowitsch se sort avec les honneurs de celui de Golaud, Knut Siklestad a parfois du mal à venir à bout de sa tessiture aigüe. En revanche, on peut admirer les soli de , qui possède une belle voix sombre, et féliciter le jeune Matthis Perreaux qui se débrouille bien dans le rôle d’Yniold. Mijke Sekhuis crée une Mélisande assez crédible en s’affirmant de plus en plus au cours de l’ouvrage, tout en conservant le mystère inhérent au personnage.

Cette relecture de Pelléas et Mélisande évite les longueurs que l’on reproche souvent à cet opéra : les coupures n’enlèvent rien au sens, les interludes orchestraux, qui manquent parfois de moelleux, sont intégrés dans l’action, et conduit le plateau avec sensibilité et efficacité.

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