Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Sacchini triomphe à l’Arsenal

Plus de détails

Metz. Arsenal. 21-X-2012. Antonio Sacchini (1730-1786) : Renaud, ou La Suite d’Armide. Avec : Marie Kalinine, Armide ; Julien Dran, Renaud ; Jean-Sébastien Bou, Hidraot ; Pierrick Boisseau, Adraste / Mégère / Arcas / Tissapherne ; Julie Fuchs, Mélisse / Une coryphée ; Katia Velletaz, Doris ; Chantal Santon, Antiope ; Cyrille Dubois, Tisiphone / Un Chevalier ; Pascal Bourgeois, Alecton ; Jennifer Borghi, Iphise. Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles (chef de chœur : Olivier Schneebeli). Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset

Si avait été initialement approché par l’Académie royale de musique pour faire un peu d’ombre à Gluck, à l’époque où ce dernier était sans rival à Paris, c’est bel et bien dans l’obédience du compositeur allemand que se situe l’opéra Renaud, ou La Suite d’Armide. Il s’agissait avec cet opus du premier des ouvrages français présentés dans la capitale par Sacchini, tout juste rentré de Londres, et force est de constater que nous sommes bien loin du lyrisme à l’italienne que Piccinni allait également proposer, à son tour, au public français. Les règles du théâtre et de la tragédie lyriques semblent parfaitement maîtrisées, autant dans le traitement du spectaculaire et du visuel (décors, machineries, scènes de foule) que dans l’utilisation de la musique : grands chœurs, grands récitatifs accompagnés, ballets, ensembles, etc. Seul l’air final de la partition semble apporter à l’ouvrage une touche lyrique plus légère, qui ne déparerait pas un de ces opéras-comiques de Grétry et autres, également fort prisés en France en ces années-là.

L’ouvrage met en scène les premières étapes des amours de Renaud et d’Armide, avant l’abandon de cette dernière par le guerrier des armées de Godefroi de Bouillon. Le traditionnel conflit entre la luxure et l’appel de la guerre se voit donc remplacé ici par celui que traverse la belle Armide, déchirée entre l’allégeance due à son père et à sa patrie, et les tendres sentiments qu’elle éprouve pour son ennemi. C’est dire que l’ouvrage repose entièrement sur la figure écrasante de la redoutable magicienne, dont la mezzo-soprano retrace avec beaucoup de talent et de vérité les troubles et les émois amoureux. Si l’instrument manque singulièrement de couleurs, la voix est solide et sûre, et l’expression souveraine et juste, dans le grand style français que l’on commence à redécouvrir. Sans doute une belle Cassandre en perspective ! L’air « Barbare amour ! Tyran des cœurs », au milieu du deuxième acte, aura en tout cas été le clou de la représentation. Mais la vedette a presque été soufflée par l’adorable , radieuse dans l’air final « Que l’éclat de la victoire », morceau en total décrochage avec le style déclamé du reste de l’ouvrage. , en Renaud, fait valoir lui aussi une voix richement timbrée et une diction châtiée, ainsi qu’une parfaite aisance dans une tessiture relativement élevée du rôle. , en revanche, a quelques problèmes avec les notes les plus basses de sa partition. Parmi les nombreux comparses de l’ouvrage, aucun interprète n’aura démérité, même si personne non plus n’a particulièrement brillé. La partition, il est vrai, ne se prête pas véritablement à la beauté du chant, l’essentiel du discours privilégiant de toute évidence la force de l’expression et de la déclamation.

L’écriture chorale est également pour beaucoup dans la réussite de cet opéra, et se sont montrés tout à fait excellents dans l’entreprise. À la tête de ses Talens Lyriques, dont l’effectif habituel a été renforcé pour la circonstance, est manifestement l’homme de la situation. Loin des outrances d’un Minkowski, il dirige cette partition résolument hybride avec ferveur, souplesse et fermeté. La découverte de Sacchini permettra, une fois que ses œuvres majeures auront été rejouées, de mieux comprendre le passionnant faisceau des évolutions génériques et esthétiques qui auront traversé le siècle des Lumières.

Crédit photographique : © Jacques Verrees

Plus de détails

Metz. Arsenal. 21-X-2012. Antonio Sacchini (1730-1786) : Renaud, ou La Suite d’Armide. Avec : Marie Kalinine, Armide ; Julien Dran, Renaud ; Jean-Sébastien Bou, Hidraot ; Pierrick Boisseau, Adraste / Mégère / Arcas / Tissapherne ; Julie Fuchs, Mélisse / Une coryphée ; Katia Velletaz, Doris ; Chantal Santon, Antiope ; Cyrille Dubois, Tisiphone / Un Chevalier ; Pascal Bourgeois, Alecton ; Jennifer Borghi, Iphise. Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles (chef de chœur : Olivier Schneebeli). Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.