L’histoire du concerto résumée à Munich

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Munich. Philharmonie. 28-X-2012. György Kurtág (né en 1926) : … quasi una fantasia… pour piano et groupes d’instruments, op. 27 n° 1. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n° 1 op. 15. Antonín Dvořák (1841-1904): Symphonie n°6 op. 60. Leif Ove Andsnes, piano; Orchestre philharmonique de Munich ; direction : Thomas Dausgaard.

Après le départ pour Dresde de Christian Thielemann, qui avait choqué une partie importante des abonnés de l’orchestre, c’est entre les mains de Lorin Maazel qu’est placé, en guise de transition, l’, dans une ville qui, à défaut de posséder une vraie salle de concerts, compte pas moins de trois orchestres internationaux. Si Lorin Maazel, pour son propre compte, a l’intention d’interpréter un répertoire bien plus large que son prédécesseur, le concert de et témoigne d’une ouverture qui n’est pas nouvelle, les chefs invités ayant toujours permis de maintenir une certaine diversité.

La présence de l’œuvre de Kurtág, du reste, est certainement due au pianiste, qui en tient la partie soliste en guise de prélude au concerto de Beethoven. Andsnes est un des rares solistes internationaux à posséder, selon le compositeur, l’humilité et l’exigence suffisante pour aborder ses pièces avec la précision requise, et il en livre là une éblouissante démonstration, avec un contrôle de la dynamique et du toucher qui sont à la hauteur des exigences du compositeur. Autour de lui, les groupes d’instruments sont répartis dans la partie inférieure de la vaste Philharmonie, sans tout à fait ouvrir la perspective sonore autant qu’il le faudrait ; leur interprétation et la direction précise de assurent pourtant l’essentiel, si ce n’est que les « tourbillons de rêve » du second mouvement manquent quelque peu de force hallucinatoire.

Après avoir écouté en un silence assez remarquable cette pièce dense qui ne lui était pas familière, le public munichois est récompensé par un premier concerto de Beethoven qui, pour autant qu’une acoustique rétive au répertoire antérieur au plein romantisme le permette, emporte presque sans réserve les convictions. On ne saurait être surpris que donne de ce concerto une interprétation toute en retenue, faite de précision plus que de grands emportements ; pourtant, son jeu frappe aussi par l’importance de l’élément ludique, de la spontanéité, au sein même d’une interprétation très réfléchie et très construite. L’accompagnement orchestral répond à ce dessein : sans doute, on aurait pu souhaiter des couleurs un peu plus chaudes des cordes comme des solistes des vents, mais l’ensemble a une légèreté qui préserve l’essentiel, à mille lieues de toute emphase postromantique.

D’une certaine façon, l’orchestre conserve ces qualités – et ce manque de chaleur, dont l’acoustique n’est évidemment pas innocente – dans l’œuvre de Dvořák. Le modèle brahmsien a beau être tout proche (trop proche, pourrait-on parfois dire), Dausgaard cherche ici tout autre chose qu’une puissance et une noirceur à la Thielemann. Sans doute, une telle approche plus sombre pourrait avoir pour effet de masquer les faiblesses d’une partition qu’on regrette de ne pouvoir placer à la même hauteur que la Symphonie n°7 composée quelques années plus tard et tout aussi brahmsienne. Elle produit pourtant une image sonore sans doute plus authentique, pour un compositeur encore et toujours marquée par les musiques de son pays : Dvořák fonde son scherzo sur un Furiant, danse slave enlevée, mais l’éclaire par des jeux de miroir qui évite les facilités d’une virtuosité rythmique sans nuances, comme s’il voulait donner raison d’avance aux visions lumineuses de Thomas Dausgaard.

Crédit photographique : © Özgür Albayrak

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