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Luxembourg : Vénus et Adonis ou le triomphe de John Blow

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Luxembourg, Grand-Théâtre. 9-XI-2012. John Blow (1649-1708) : Venus and Adonis (précédé de l’Ode à Sainte Cécile), masque pour le divertissement du roi en trois acte avec prologue, créé vers 1683. Mise en scène : Louise Moaty. Chorégraphie : Françoise Denieau. Scénographie : Adeline Caron. Costumes : Alain Blanchot. Lumières : Christophe Naillet. Avec : Céline Scheen, Vénus ; Marc Mauillon, Adonis ; Romain Delalande, Cupidon. Maîtrise de Caen (chef de chœur : Olivier Opdebeeck). Les Musiciens du Paradis (direction artistique : Alain Buet), direction musicale : Bertrand Cuiller

Le grand triomphateur de cette production sera sans aucun doute le compositeur anglais , maître et ami de Purcell, et dont l’œuvre vocale est restée injustement méconnue en France. La mise en scène de , créée à Caen en octobre dernier, présentée ensuite à Lille et appelée encore à être montrée à l’Opéra-Comique, à Angers et à Nantes, aura au moins servi à réparer une telle injustice dans notre pays. L’ouvrage consacré aux amours de Vénus et d’Adonis, entièrement chanté, structuré en trois courtes parties à la manière de Didon et Énée, annonce en effet le chef d’œuvre purcéllien et peut donc raisonnablement compter, à ce titre, comme le premier véritable opéra anglais du XVIIe siècle. Rien que pour cela, cette production s’imposait sur la scène française.

Pourtant, si les beautés musicales de la partition nécessitaient manifestement une telle résurrection, il n’est pas sûr que le potentiel dramatique de l’œuvre, conçue initialement pour être représentée à la Cour du roi Charles II, puisse réellement justifier le recours à la scène. L’ouvrage est résolument statique et le parti pris choisi par de privilégier la beauté plastique de l’image sur la vraisemblance d’une action quasi inexistante crée d’inévitables longueurs, que ne parvient pas à résorber la magie des éclairages à la bougie, pas plus que la belle plasticité des mouvements chorégraphiques ou des scènes d’ensemble. Du temps de Charles II, l’implication du spectateur tenait essentiellement à sa propre participation au spectacle, en tant que chanteur, danseur ou simple figurant. Ici, il s’agirait davantage d’un concert mis en images – mais certes, quelles images ! – que d’une véritable action dramatique.

Certains tableaux resteront sans doute dans les mémoires, même s’il peut paraître difficile d’accepter l’idée, sans doute courante pour cette esthétique baroque à l’anglaise, que le drame et le théâtre se réduisent à ce qui ne reste finalement qu’une série de poses dictées par la convention, quand bien même ces dernières impliqueraient des éléments aussi divertissants que des scènes de chasse ou des vols de colombes.
L’accès au drame est d’autant plus entravé que les maîtres d’œuvre de cette réalisation ont décidé de recourir, pour la restitution du texte, à un anglais supposé d’époque. Laissons les spécialistes décider de l’authenticité de la restitution phonétique du texte. À l’oreille, le résultat produit est d’une rare laideur, et il est fort peu probable que l’anglais d’un Shakespeare ou d’un Milton ait été à ce point dénué de rythme, de musicalité ou encombré de tels agrégats consonantiques. On dira pour se consoler que ce parti pris linguistique aura permis de faire mieux comprendre la pertinence du débat de l’époque sur l’adéquation de l’anglais pour le chant, et sur la supposée supériorité de l’italien pour l’opéra.

Le problème lié à la compréhension du texte est d’autant plus aigu que la prononciation des solistes est dans l’ensemble insuffisante. Passons sur un Cupidon catastrophique, le fait que le rôle ait été vraisemblablement aussi mal chanté à la Cour de Charles II ne pouvant pas tout excuser ; aux maîtres d’œuvre de la production d’assumer leur choix de confier un rôle de premier à plan à un jeune garçon ! Crédible scéniquement, l’Adonis de est gâché lui aussi par une diction sèche et totalement dénuée de rythme, laquelle invalide malheureusement sa prestation vocale. La belle s’en sort mieux en Vénus, dont elle a la beauté physique, mais également une voix claire et fruitée qui lui permet de laisser transparaître quelques bribes du texte.

On n’aura en revanche que des compliments pour le chœur et les solistes du chœur, parfaitement préparés et à tout moment à la hauteur de la situation. L’ode à Sainte Cécile donnée en préambule aura ainsi compté parmi les temps forts de la soirée. On saluera enfin le travail tout à fait remarquable de à la tête des Musiciens du Paradis dont le jeu précis, énergique et toujours éminemment musical aura permis de faire oublier certaines des violences infligées au texte verbal.

Crédit photographique : (photo 1) Céline et (photo 2) © Philippe Delval

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Luxembourg, Grand-Théâtre. 9-XI-2012. John Blow (1649-1708) : Venus and Adonis (précédé de l’Ode à Sainte Cécile), masque pour le divertissement du roi en trois acte avec prologue, créé vers 1683. Mise en scène : Louise Moaty. Chorégraphie : Françoise Denieau. Scénographie : Adeline Caron. Costumes : Alain Blanchot. Lumières : Christophe Naillet. Avec : Céline Scheen, Vénus ; Marc Mauillon, Adonis ; Romain Delalande, Cupidon. Maîtrise de Caen (chef de chœur : Olivier Opdebeeck). Les Musiciens du Paradis (direction artistique : Alain Buet), direction musicale : Bertrand Cuiller

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