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Marc Mauillon, Orfeo contemporain

À emporter, CD

Giulio Caccini (1551-1618) : extraits des Nuove musiche, Nuove musiche e nuova maniera di scriverle. Jacopo Peri (1561-1663) : extraits des Varie musiche. Avec : Marc Mauillon, baryton ; Angélique Mauillon, harpe. 1 CD Arcana. Enregistré à Varsovie, au Polish Radio Witold Lutoslawski Concert Studio, du 20 au 23 février 2015. Notice bilingue (anglais/français) et livret trilingue (italien/anglais/français). Durée : 57’12.

 

Li-due-Orfei-Marc-Mauillon-Angélique-MauillonDans un disque plus original qu’il n’y paraît de prime abord, devient Orphée contemporain pour évoquer les deux Orphée de leur temps que furent Caccini et Peri.

Que la simple lecture de l’intitulé de ce disque ne nous y trompe pas : il ne s’agit pas ici d’une compilation des interventions du personnage d’Orphée dans les partitions respectives des opéras fondateurs de Caccini et Peri. La démarche de , puisant des monodies accompagnées dans Le Nuove Musiche et Le Varie Musiche (recueils de madrigaux et d’airs strophiques que les deux compositeurs ont publiés entre 1602 et 1609) est tout autre. Plus ambitieuse, propulsant l’entreprise à des années-lumières de la frustration inhérente au cross-over, elle aboutit à un troublant jeu de miroirs.

Tout d’abord, elle a le mérite du face à face avec l’immédiateté de l’émotion distillée par cette voix de baryton clair qu’on aime à retrouver dans les nombreuses apparitions du beau chanteur-caméléon  : désopilant dans le classique qu’est devenu le King Arthur de l’équipe Niquet/Shirley et Dino, émouvant Adonis chez , gonflé dans le Cachafaz de Strasnoy, ou tout simplement en visite dans les concerts de Christie et les enregistrements de Savall, quand il n’est pas de toutes les nouvelles productions du moment… On retrouve toutes les qualités d’une voix franche, immédiatement identifiable (ce n’est pas si courant en cette époque bénie de foisonnement de jeunes chanteurs tous abonnés à l’excellence vocale), idéale compagne issue du silence, au cœur de la beauté, aussi à l’aise dans la plainte que dans une vocalisation de type monteverdien, quasi-orientalisante.

L’intérêt d’être en si bonne compagnie vocale se double ici d’un voyage pénétrant aux sources de l’opéra. L’on sait que l’Euridice de Peri (1600) constitue le point de départ d’un nouveau style, le stile rappresentativo ou recitativo qui, en opposition à la polyphonie de la Renaissance, via une nouvelle forme de vocalité, et en privilégiant la parole soliste, donna naissance au genre de l’opéra. L’excellente introduction de Denis Morrier nous apprend même combien accru était le pouvoir des chanteurs s’ils accompagnaient eux-même leur chant à la lyre, au luth ou à la viole, ainsi que le pratiqua Marsile Ficin, adoubé par Laurent de Médicis comme le nouvel Orphée « de retour sur terre ». Caccini et Peri, compositeurs rivaux mais aussi chanteurs reconnus, prolongèrent le genre.

Ce que fait également Marc Mauillon aujourd’hui. Il ne s’accompagne pas lui-même à la lyre, mais c’est tout comme, puisque c’est sa propre sœur, Angelique Mauillon, harpiste d’une grâce absolue (s’exprimant en solo dans trois numéros du disque) qui offre la parfaite osmose à ce programme magnétique.

Ce disque pourrait bien évidemment s’intituler Li tre Orfei.

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