Concerts, La Scène, Musique symphonique

Vienne : Hélène Grimaud et Andris Nelsons à l’unisson

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Vienne, Konzerthaus. 25-XI-2012. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur op. 83 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°5 en ut mineur, op. 67 ; Hélène Grimaud, piano ; Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Andris Nelsons

Au Konzerthaus de Vienne se tissent des liens musicaux intenses entre solistes et chefs illustres depuis une décennie. Nul doute que ce concert s’inscrit dans cette lignée. La pianiste et le chef letton accompagnés du Philharmonique ont en effet achevé à Vienne une série de concerts au succès retentissant, dans laquelle le 2e concerto pour piano de Brahms était à l’honneur. La semaine précédente, ils étaient en session d’enregistrement avec cette même œuvre dans la salle du Musikverein, autre lieu mythique de la capitale autrichienne.

Portés par la même ferveur pour cette partition, la soliste et le jeune chef parlent sur scène le même langage. Leur prestation est un grand moment musical malgré une acoustique qui avantage l’orchestre et limite la projection du piano dans le registre médium. Nous sommes d’emblée happés par une pâte sonore orchestrale d’une puissance quasi épique, parcourue d’un souffle aux couleurs vibrantes et contrastées. Le charisme de Nelsons est tel qu’on ne voit presque que lui sur le podium. Bouleversante d’intensité dans chaque tableau harmonique, s’approprie ce monument pianistique avec une plénitude de jeu qui force l’admiration, laissant parler sa propre voix dans le sillage des très grands. Dans l’Allegro initial, la profondeur soutenue du clavier est captivante, notamment dans la fameuse avancée centrale, épuisante pour le pianiste, ici parfaitement conduite.

Incandescent, le piano relance sans cesse le discours dans ce corps à corps avec l’orchestre comme à la fin du Scherzo d’une élégance passionnée. Les cordes font valoir une transparence constante dans le registre forte et creusent de manière sensible la part de mystère du texte. Si l’Andante est d’une douceur épidermique, le dialogue entre le violoncelle et le piano est envisagé sans aucun sentimentalisme tiède. Pourtant, l’introduction de ce mouvement manque d’intériorité. Le volume d’ensemble est un peu trop fort pour apprécier les différents plans sonores, surtout avec un tempo plutôt rapide. En revanche, dans un raffinement plus viennois que hongrois, le final est enthousiasmant par sa fraîcheur et son brio.

En deuxième partie, la quasi- totalité du public est restée pour entendre « la Cinquième » de Beethoven. Ce fut une démonstration de talent de la part du Philharmonique, guidé par un chef instinctif qui vit la musique au point de transcender l’instant. Bondissant dès les premières notes, il ne se ménage pas une seconde au cours d’une version magnifiée, alliant héroïsme et allégresse jubilatoire. Si cette direction se fait à l’énergie, elle n’omet pas une finesse expressive, notamment dans l’Andante con Moto, ni une cohérence dans les enchaînements. Une exécution de haut vol à l’esprit pleinement beethovénien.

Crédit photographique : Hélène Grimaud © Mark Hennek/DG

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Vienne, Konzerthaus. 25-XI-2012. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur op. 83 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°5 en ut mineur, op. 67 ; Hélène Grimaud, piano ; Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Andris Nelsons

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