La Scène, Opéra, Opéras

Metz enivrée par L’Elisir de Donizetti

Plus de détails

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 27-XI-2012. Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’elisir d’amore, opera comica en deux actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène : Joël Lauwers. Scénographie : Poppi Ranchetti. Costumes : Dominique Burté. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Florian Laconi, Nemorino ; Chiara Skerath : Adina ; Luciano Garay : Belcore ; Carlos Esquivel : Dulcamara ; Aurore Weiss : Giannetta. Choeur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef des chœurs : Jean-Pierre Aniorte). Orchestre national de Lorraine, direction : Benjamin Pionnier

Le village pourrait être celui d’Astérix. Celui des schtroumpfs, même. Car de la masse chorale ressortent autant d’individualités et de types psychologiques qui contribuent à donner vie au spectacle et à multiplier pour le public le regard et le point de vue que l’on peut porter sur une action qui, pour une fois, ne brille pas par sa complexité. L’oncle de Nemorino devient ainsi un personnage à part entière, que l’on voit déambuler sur la scène avant que le malheureux ne finisse, suite à une overdose d’élixir (ou de viagra ?), dans son cercueil. Il y sera d’ailleurs vite rejoint par Madame Dulcamara, redoutable matrone clope au bec, supplantée au deuxième acte par l’accorte Gianetta. Belcore est affublé de redoutables compagnons armés de mitraillettes et prêts à tirer sur tout ce qui bouge. Le bellâtre se voit d’ailleurs mettre le grappin dessus à la fin de l’ouvrage par une forte villageoise qui saura, on n’en doute pas un instant, dompter définitivement le beau sergent.

Curieusement, on se prend à déguster en toute naïveté cette accumulation de gags dont la lourdeur finir par devenir comique, sans doute grâce à leur anachronisme assumé : Belcore, arrivé sur la scène en parachute, ne cesse de répondre au téléphone ; Dulcamara est le psy attitré de nos jeunes tourtereaux ; Adina est l’institutrice du village, etc. Mais si l’on est finalement touché par toutes ces déambulations, c’est aussi parce que la mise en scène ne badine pas avec les sentiments, et que les personnages restent finalement crédibles et sincères dans leur (petite) folie et dans leurs (grands) débordements. Adina et Nemorino sont à croquer, elle dans son aveuglement et lui dans ses bouderies, et l’on finit par prendre en pitié les malheurs de Belcore et la frustration de Dulcamara. La direction d’acteurs, particulièrement fluide et soignée, ne laisse aucun moment de répit pour l’œil et pour l’esprit. On pardonnera donc au metteur en scène d’avoir tiré l’opéra comique de Donizetti vers l’opérette, voire vers la comédie musicale. Car de très beaux tableaux, comme par exemple l’arrêt sur image au moment du premier air de Némorino (« questa o quella »), ou encore la scène jouée au ralenti lors du finale concertant du premier acte, permettent de suggérer les non-dits de l’action et d’accéder à la vérité intérieure des personnages. On comprend mal, en revanche, pourquoi la déclaration d’Adina à Nemorino, un des moments les plus touchants de l’ouvrage, est gâchée par la présence intempestive de Belcore…

Dans un contexte aussi festif, il n’est pas étonnant que le chœur et les solistes se soient investis pleinement dans l’entreprise. Que chacun soit remercié pour son engagement et pour la sincérité de son jeu. On eût aimé évidemment que la fête soit également vocale, ce qui n’a hélas pas été véritablement le cas en raison notamment de la faiblesse des deux voix graves. Ainsi, manque singulièrement de panache en Dulcamara, et le Belcore de Luciano Garay est déficient sur le plan du style. Opérette ou pas, il s’agit tout de même d’un ouvrage de bel canto. Le couple d’amoureux est plus convaincant, avec tout d’abord l’Adina fraîche et pimpante de , au soprano fruité et joliment timbré. Une chanteuse à suivre. Le rôle de Nemorino convient bien aux moyens actuels de , qui parvient du coup à faire oublier ses désastreuses prestations dans des emplois plus lourds (Faust, Don José…). Mais si le vibrato est presque entièrement contrôlé, il reste encore beaucoup de progrès à faire dans l’utilisation de la mezza voce et dans la gestion des nuances.

Le chef d’orchestre n’est pas toujours parvenu à éviter les décalages qu’on pouvait craindre dans une mise en scène aussi mobile, mais dans l’ensemble sa direction, alerte et vive, est en totale adéquation avec les options de la mise en scène.

Un élixir rond et pétillant donc, qui aura plutôt été un bain de jouvence en ces tristes soirées de novembre.

Crédit photographique : Luciano Garay, et (photo n°1) ; solistes et chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (photo n°2) © Philippe Gisselbrecht – Metz Métropole

Plus de détails

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 27-XI-2012. Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’elisir d’amore, opera comica en deux actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène : Joël Lauwers. Scénographie : Poppi Ranchetti. Costumes : Dominique Burté. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Florian Laconi, Nemorino ; Chiara Skerath : Adina ; Luciano Garay : Belcore ; Carlos Esquivel : Dulcamara ; Aurore Weiss : Giannetta. Choeur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef des chœurs : Jean-Pierre Aniorte). Orchestre national de Lorraine, direction : Benjamin Pionnier

Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.