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Début de Mikko Franck à l’Orchestre de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 19-XII-2012. Maurice Ravel (1875-1937) : Une barque sur l’océan, pour orchestre ; Alborada del gracioso, pour orchestre ; Shéhérazade, trois mélodies pour soprano et orchestre ; Daphnis et Chloé, ballet intégral en trois parties. Nora Gubisch, mezzo-soprano. Orchestre de Paris, direction : Mikko Franck.

Les ennuis ophtalmologiques de Pierre Boulez l’ayant de nouveau conduit à renoncer à diriger ces concerts, c’est le chef finlandais , faisant à cette occasion ses débuts avec l’, qui prit la relève pour un programme Ravel inchangé. Comme l’an dernier à la même époque, le concert du mercredi salle Pleyel faisait suite à un concert gratuit donné la veille sous la pyramide du Louvre, avec comme seule différence, la Shéhérazade absente du programme d’hier.

Les deux premières pièces du concert auraient pu être enchaînées car toutes deux extraites de Miroirs, mais elles furent jouées séparées, avec entrée des instrumentistes supplémentaires pour Alborada. Le début d’Une barque sur l’océan nous apparut assez mécanique avec les flûtes répétant dix fois le même motif sans l’once d’une nuance, nous laissant craindre une lecture quelque peu littérale, et il faut reconnaître que nous eûmes quand même parfois cette sensation dans cette première partie de soirée. Car le tempo choisi par le chef, assez modéré sinon retenu, favorisant les phrasés plus que l’élan, et l’absence totale d’hédonisme sonore, toute idée de séduction par le son semblant hors de propos ce soir, risquaient d’assécher le discours. De fait il fallait bien se rendre à l’évidence, n’allait pas faciliter la tâche de l’auditeur en lui offrant un Ravel chatoyant et premier degré, mais lui réclamer d’élever son niveau d’exigence et de concentration afin de profiter pleinement de sa vision rigoureuse, sans fioriture, noble et dramatique, sans théâtralité incongrue, au prix de paraître un peu raide par moment, comme ce début déjà cité d’Une barque sur l’océan pourtant indiqué très souple de rythme. Ce style sans concession réclamait peut-être un temps d’accoutumance, autant qu’un parfait équilibre acoustique faute de faire prendre la rigueur pour de la rudesse et d’assécher pour de bon l’expressivité. On put en faire l’expérience ce soir en passant du cœur de l’orchestre en bergerie du premier balcon pour Daphnis, le changement de perspective sonore amenant le surcroît de présence qui nous avait frustré légèrement avant l’entracte.

Il est fort probable que la délicate Shéhérazade dont la dynamique va du pianissimo au mezzo forte avec quelques ppp et une incursion fortissimo en souffrit plus que nécessaire, ce qui n’aida point la mezzo-soprano à faire passer les subtilités de cette partition. L’interprétation de la chanteuse française nous parut quelque peu forcée, avec peut-être un excès d’intention dans la phrase, de bonne augure pour l’animation, mais poussée jusqu’à une théâtralité qui retira simplicité et finalement évidence à cette œuvre, et qui lui fit sans douté rater le fameux ff sur « Je voudrais voir mourir d’amour ou bien de haine ».

Souvent donné sous forme de suite, dont la justement fameuse Suite n°2 contient les meilleurs passages, Daphnis et Chloé nous était proposé ce soir en version intégrale. Enfin « presque » intégrale car, si toutes les sections étaient bien là, une partie de l’instrumentation manquait à l’appel puisque le chœur qui, rappelons-le, n’a pas de texte à dire mais produit uniquement un son comme n’importe quel autre instrument, était absent ce soir. Même si son absence a été prévu dans la partition, on le regrette car ce chœur aurait sans doute donné un léger contrepoint poétique à une interprétation un poil sévère mais néanmoins remarquable. Mikko Franck n’ayant pas changé de style pendant l’entracte, on retrouvait une constance dans les choix de tempos, sans doute plus retenus que la moyenne, aussi bien dans les passages lents que vifs, avec un scrupuleux respect des proportions entre les tempos. Pour autant il ne jeta pas sur chaque nuance de motricité indiquée, et pourtant elles sont fort nombreuses, évitant ainsi de les surligner, les exécutant toujours avec une grande pudeur, que l’on pouvait ressentir ici où là, mais surtout dans le Premier tableau, comme de la réserve. Cette pudeur, toute d’élégance vêtue, se sentit également dans le ton qu’il ne força jamais, que ce soit dans la sensualité, le comique (Danse grotesque de Dorcon), le sauvage (Danse guerrière) etc. Progressant admirablement tout au long de l’œuvre, Mikko Franck atteignit les sommets d’intensité dans un exemplaire Troisième tableau, conduit de main de maître, suivi comme un seul homme par un une fois encore au rendez-vous.

La soirée se termina sur une séquence émotion d’une pudique simplicité à l’image du concert, lorsque le chef prit la parole, en anglais, pour saluer le départ à la retraite de Bernard Cazauran, un des membres fondateurs de l’orchestre puisque présent depuis 1967, et qui occupait jusqu’aux dernières notes de la Bacchanale finale de Daphnis et Chloé le poste de 1er contrebasse solo.

Crédit photographique : Mikko Franck © Heikki Tuuli.jpg

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