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Voyage en violoncelle majeur avec Marc Coppey

La Scène, Musique de chambre et récital

Seihl (31) Orangerie du château de Rochemontès. 13 I 2013. « Suites et sonates en miroir ». Jean-Sebastien Bach (1685-1750) : Suite pour violoncelle seul N° 1 en sol majeur BWV 1007 ; Gaspar Cassadó (1897-1966) : Suite pour violoncelle seul ; Zoltan Kodály (1882-1967) : Sonate pour violoncelle seul en si mineur op. 8. Marc Coppey, violoncelle.

Cinquième concert à l’Orangerie de Rochemontès et déjà un premier anniversaire pour cette saison péri toulousaine imaginée par Catherine Kauffmann Saint-Martin. Et pour marquer l’événement, notre « Folle de musique » préférée avait élargi le cadre des musiciens régionaux en invitant le violoncelliste .

Est-il nécessaire de présenter encore ce grand musicien, dont la carrière s’étale sur un quart de siècle ? Le monde musical l’avait découvert en 1988 lorsqu’il remporta les deux titres du concours Bach de Leipzig, puis sa carrière de soliste démarra sous l’aile de Mstislav Rostropovitch qui l’invita au festival d’Évian avant qu’on ne l’entende dans le monde entier sous la direction des plus fines baguettes. Au-delà d’un soliste de grande classe, est avant tout un musicien complet et passionné. Chambriste hors pair en duo comme en quatuor (Takacs, Prazak, Ebène, Talich, Ysaÿe), son répertoire démontre une grande curiosité, de Bach à la création contemporaine, sans oublier l’enseignement au Conservatoire National Supérieur de Paris et en master classes, ni la direction artistique du festival « Les Musicales » de Colmar. Il troque également l’archet contre la baguette en tant que directeur musical de l’orchestre Les Solistes de Zagreb.

Dès son entrée en scène, par sa simplicité et son charisme, avant même que ne résonne la première note, on sait que l’on va vivre un moment exceptionnel.

Ce récital en miroir illustre d’ailleurs l’étendue de sa palette expressive avec trois œuvres qui sont autant de monuments de la littérature pour violoncelle autour de l’alpha et l’oméga du genre qu’est la première Suite pour violoncelle seul BWV 1007 de Jean Sebastien Bach.

Marc Coppey aborde ce sommet de la musique naissante pour violoncelle de la façon la plus naturelle qui soit. Selon un tempo ni retenu, ni vif, il suit parfaitement la rythmique de ces mouvements de danse avec une allemande bien marquée et une sarabande méditative, des menuets terriens et une gigue enjouée, n’oubliant de nous rappeler par certains instants de swing que Bach est aussi le père du jazz. Ces airs sont dans toutes les têtes depuis que Pablo Casals les a sorti de leur rôle d’exercice pour les offrir au public et en faire le passage obligé de tout violoncelliste. Sous l’archet inspiré de son interprète, le superbe Matteo Goffriller de 1711 restitue ces danses avec une sonorité à la fois chaleureuse, ronde, qui souligne les nuances, tandis que le jeu très articulé est tout de grâce.

À cette pièce fondatrice, répond comme une mise en abîme, la Suite pour violoncelle seul de , un virtuose catalan du début du XXe siècle, élève de Pablo Casals au Violoncelle et de Ravel puis de Manuel de Falla pour la composition. « C’est un peu l’Albeniz du violoncelle », dira Marc Coppey dans sa présentation d’un compositeur méconnu en France, qui fut pourtant une gloire de la musique espagnole. Rare et virtuose, cette pièce est issue de la plume d’un violoncelliste connaissant parfaitement toutes les possibilités de son instrument, qu’il utilise dans une variété de multiples climats changeants, à l’image du bouillant caractère ibérique. C’est un hymne à la Catalogne par la sardane centrale composée en hommage au maître Casals. On y entend des références à Bach comme à la Sonate en si mineur de Kodály qui suit.

C’était d’ailleurs l’œuvre maîtresse de ce récital original. Écrite en scordatura, cette sonate nécessite un réaccord de l’instrument pour baisser d’un demi ton les deux cordes graves. Composé en 1914, cet autre monument du violoncelle, présente une difficulté d’exécution égale à sa musicalité. Elle se situe pleinement dans la veine de la musique nouvelle de l’époque par laquelle le compositeur tentait de renouveler le langage musical, juste avant la seconde École de Vienne. D’une difficulté incroyable, cette sonate élargit le champ sonore du violoncelle qui se transforme en divers instruments traditionnels hongrois comme le cymbalum, la cithare ou la cornemuse par de redoutables trilles, trémolos, accords arpégés, cordes doubles et pizzicati des deux mains. L’archet vole sur les cordes, les frappant autant que les frottant.

Kodály a élaboré une véritable dramaturgie comme un conte inquiétant se poursuivant par une rapsodie rêveuse pour finir sur une danse paysanne. Avec un naturel confondant, Marc Coppey se joue de tous les pièges d’écriture en donnant la pleine mesure de son Goffriler. Découvrant cette œuvre majeure dans sa grande majorité, le public est subjugué par une telle virtuosité qui sait se faire oublier au profit de l’expression. Zoltan Kodály a quelque peu précédé son compatriote Béla Bartok avec un 2e mouvement adagio composé d’après des notations de chants populaires. Cette sonate presque centenaire présente une grande modernité et elle sonne à nos oreilles comme si elle venait d’être composée.
Devant l’enthousiasme étonné du public, les deux rappels semblent faire partie intégrante du programme. Le violoncelliste reste dans la péninsule ibérique avec un émouvant Chant des oiseaux de Casals, qui est considéré comme l’hymne catalan. Histoire de boucler la boucle, il conclut par un ultime clin d’œil au maître de Prades avec la sarabande de la Sixième Suite de Bach.

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