Espagne fantasmée par Les Siècles à Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel, 9-II-2013. Jules Massenet (1842-1912) : Le Cid, suite de ballet ; Maurice Ravel (1875-1937) : Alborada del gracioso pour orchestre ; Edouard Lalo (1823-1892) : Symphonie espagnole ; Emmanuel Chabrier (1841-1892) : España ; Claude Debussy (1862-1918) : Iberia ; Maurice Ravel (1875-1937) : Boléro. Tedi Papavrami, violon. Orchestre Les Siècles, direction : François-Xavier Roth

Si la programmation mettait clairement l’Espagne à l’honneur, il s’agissait avant tout d’une Espagne fantasmée. En cette seconde moitié du XIXè siècle où elle fut une inépuisable source d’inspiration, de nombreux compositeurs cédèrent à ses charmes – qu’on songe par exemple au célèbre opéra de Bizet. C’est cette Espagne certes colorée, mais créée de toutes pièces, qui nous fut révélée lors de ce concert.

La diversité des danses et de leurs rythmes constituant l’intérêt principal du Cid, cet aspect fut habilement mis en valeur par une direction aussi précise que rigoureuse. On comprend très vite que sait parfaitement manier l’art de la surprise et du contraste ; España de Chabrier nous l’a confirmé par la suite.

Dans l’Alborada del gracioso où Ravel sut si bien recréer le timbre tantôt chantant, tantôt rauque de la guitare, on n’a pu s’empêcher néanmoins de déplorer quelques attaques incertaines au pupitre des cuivres, bien que la direction demeure d’une clarté irréprochable.

En revanche, l’interprétation d’Iberia  a atteint une rare perfection. Dans cette œuvre, Debussy explore de nouvelles couleurs orchestrales d’une richesse inouïe, et incontestablement celles-ci furent sublimées par la direction tout en finesse de . Son admirable conscience de la ligne offre en effet une conduite des phrases et une vision polyphonique particulièrement intéressantes. Il convient par ailleurs d’adresser une mention spéciale à l’excellent pupitre de bois mis à l’honneur dans cette œuvre : on sent combien la question du timbre, cher au compositeur, a été soigneusement mûrie par le chef.

L’autre attrait majeur de ce programme tenait en la présence de , violoniste atypique qui promettait une Symphonie Espagnole aussi brillante que sensuelle, et assurément, l’on peut dire que nos espoirs furent comblés. Du premier mouvement magistralement interprété au final brillantissime, on n’a pu qu’être captivé. À noter qu’en guise de bis, Tedi  Papavrami nous a offert l’Allegro de la première suite de Bach où il fut tout simplement époustouflant.

Une direction musicale sobre et efficace, un soliste talentueux : il n’en fallait pas plus pour vivre un beau concert. Même si l’on regrette un peu d’avoir entendu le sempiternel Boléro de Ravel au détriment de sa sublime Rhapsodie espagnole, l’ensemble fut toutefois une jolie réussite.

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