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Munich remonte et réussit la Jenůfa par Barbara Frey

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Munich. Nationaltheater. 6-III-2013. Leoš Janáček (1854-1928) : Jenůfa, opéra en trois actes tiré de la vie populaire morave sur un livret du compositeur d’après une pièce de Gabriela Preissová. Mise en scène : Barbara Frey ; décors : Bettina Meyer ; costumes : Bettina Walter. Avec : Renate Behle (Grand-mère Buryja) ; Stefan Margita (Laca Klemen) ; Aleš Briscein (Števa Buryja) ; Gabriele Schnaut (La sacristine) ; Karita Mattila (Jenůfa) ; Christian Rieger (Le contremaître) ; Angela Brower (La bergère) ; Iulia Maria Dan (Jano)… Chœur de l’Opéra National de Bavière (chef de chœur : Sören Eckhoff) ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Tomáš Hanus

La modeste production de Jenůfa mise en scène par au printemps 2009 ne s’attendait sans doute pas à tant d’honneur : pourtant, après une première reprise où brillait , cette production trouve ici sa meilleure réalisation musicale. Une star, à nouveau, est au centre des attentions – c’est cette fois –, mais le triomphe est avant tout celui d’une équipe.

Tous investissent consciencieusement les quelques indications que leur laisse la mise en scène sagement illustrative de , actualisée par petites touches (la sacristine a l’électricité et même la télévision) mais sans grand profit. Surtout, il est regrettable que les éléments d’interprétation personnelle qu’elle tente d’apporter soient en quelque sorte réduits à occuper le fond de scène sans toucher les personnages. Les éoliennes du premier acte sont sans doute un habile équivalent du moulin, puisqu’elles aussi sont une manière de tirer profit des forces d’une nature qui, dans ce monde rural, n’est jamais esthétisée ; il n’est pas intéressant que la puissance locale des Buryja soit rappelée au deuxième acte par l’immense mât d’éolienne qui la domine et l’écrase. Mais on n’en apprendra pas plus sur les émotions des personnages, sur les relations sociales, sur le poids des traditions.

Le cliché est affreux, tant il semble faire fi de la complémentarité congénitale entre le théâtre et la musique qui est le génie même de l’opéra, mais il est des cas où il faut l’employer : oui, cette production a du moins l’ambigu mérite de ne pas gêner le plaisir musical. Et ce plaisir est grand, d’abord grâce à un orchestre qui, sous la baguette du même chef, nous avait moins convaincu dans les séries précédentes, mais trouve cette fois les clefs du discours musical et dramatique de Janáček. La perspective choisie favorise l’héritage post-romantique au détriment de la modernité de son premier chef-d’œuvre lyrique, grâce à un orchestre qui n’est pas avare en couleurs ; Hanus prend soin de souligner au cours de chaque acte la cohérence de sa trajectoire dramatique en prenant le contrepied de perspectives aujourd’hui plus communes, qui mettent au contraire en avant l’extrême concision et la fragmentation de l’écriture de Janáček.

Cette perspective à certains égards symphonique reste pourtant très attentive à ne pas nuire aux chanteurs. Il est difficile de nier le passage du temps sur la voix de , qui s’est élargie au détriment de son impact immédiat, y perdant de la souplesse et mettant en péril la clarté de sa diction ; pourtant, il lui reste cette lumière unique et ce charisme qui, ajouté à un engagement dramatique toujours intact, lui permettent de dresser un des plus beaux portraits lyriques qui soient. La clarté de la diction n’est pas non plus à l’honneur avec , qui après avoir chanté à l’Opéra de Bavière tant de Brünnhilde et d’Elektra fait ici un retour remarqué. Ceux qui n’aimaient déjà pas dans ces deux rôles les stridences de sa voix et les incertitudes d’intonation ou de rythme ne seront pas réconciliés par cette nouvelle incarnation ; les autres seront au contraire sensibles à la force de la tragédienne, qui atteint ici des sommets dans son rude monologue du 2e acte. Il n’est pas interdit de rêver à des Sacristines mieux chantantes, mais elles n’auront pas la tâche facile si elles veulent s’élever à la puissance dramatique illustrée ce soir par .

Aucun problème de diction, en revanche, chez les deux demi-frères : Stefan Margita retrouve ici un rôle qu’il a chanté sur toutes les scènes du monde, et sa voix toujours aussi percutante lui assure un triomphe mérité. Son rival est lui aussi parfaitement en voix, et si son portrait du beau gosse sans cervelle convainc un peu moins, c’est sans doute que, remplaçant à l’improviste Pavel Cernoch, le temps lui a manqué pour revoir son rôle en profondeur. À côté de seconds rôles convaincants (très belle bergère d’), le cinquième protagoniste qui recueille tous les suffrages est comme toujours à Munich le chœur, qui a décidément retrouvé sous le très haut niveau qui était le sien sous Udo Mehrpohl il y a quelques années.

Crédits photographiques :  Wilfried Hösl/Bayerische Staatsoper

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Munich. Nationaltheater. 6-III-2013. Leoš Janáček (1854-1928) : Jenůfa, opéra en trois actes tiré de la vie populaire morave sur un livret du compositeur d’après une pièce de Gabriela Preissová. Mise en scène : Barbara Frey ; décors : Bettina Meyer ; costumes : Bettina Walter. Avec : Renate Behle (Grand-mère Buryja) ; Stefan Margita (Laca Klemen) ; Aleš Briscein (Števa Buryja) ; Gabriele Schnaut (La sacristine) ; Karita Mattila (Jenůfa) ; Christian Rieger (Le contremaître) ; Angela Brower (La bergère) ; Iulia Maria Dan (Jano)… Chœur de l’Opéra National de Bavière (chef de chœur : Sören Eckhoff) ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Tomáš Hanus

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