Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Savall, Il Giardino Armonico, La Venexiana, Lezhnieva et autres à Cracovie

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La 10e édition du festival Misteria Paschalia de Cracovie, qui se tient durant la Semaine sainte, s’est déroulée du 25 au 31 mars, dans ses lieux habituels : la Philharmonie Karol Szymanowski, l’église Sainte-Catherine et la mine de sel de Wieliczka. Cet anniversaire à chiffre rond était une bonne opportunité pour inviter les artistes qui avaient donné les meilleures interprétations au cours des éditions précédentes.

Les trois premiers jours de présence au festival ont permis de constater un changement de formule et la prise de quelques rides : contrairement au modèle antérieur, aucun concert n’a pris pour sujet le « mystère pascal », celui de la résurrection du Christ. Une nouvelle direction a donc été établie, et ce pour des raisons commerciales. Un peu dommage, car, du point de vue des chrétiens, si nombreux en Pologne, la participation à cet événement aurait pu être l’occasion non seulement d’une belle expérience à la fois artistique mais aussi spirituelle en relation directe avec la fête religieuse qui donne son nom au festival.

Lundi saint. Haendel : « Le Triomphe du Temps et de la Désillusion »

D’un esprit et d’une facture profondément marqués par le style italien, cet oratorio a été composé en 1707 par un génie âgé de 22 ans, venu en Italie tout juste l’année précédente. En résumé, le livret du cardinal Benedetto Pamphili, mécène qui avait à l’époque une grande réputation, met en scène quatre personnages allégoriques : la Beauté (la soprano ), le Plaisir (la soprano ), la Vérité (la contralto ) et le Temps (le ténor Krystian Adam Krzeszowiak). Les solistes étaient accompagnés par l’ensemble dirigé par Giovanni Antonini.

Le message de l’œuvre peut être schématisé comme suit : le bien (Dieu) et le mal (le diable) se confrontent pour dominer l’âme humaine. Au fil du temps, le bien obtient la victoire ; l’être humain a alors la possibilité de se repentir et de se retrouver en relation avec Dieu.

D’un excellent niveau, les voix des solistes étaient riches en contrastes. Celle de se distinguait par son expressivité chargée d’émotion (moitié naturelle, moitié théâtrale) sans oublier une nette différenciation de la dynamique et du timbre, celui-ci étant d’une beauté remarquable dans le registre médium. , quant à elle, dominait par sa voix d’une technique impeccable, forte, agile et parfaitement égale dans tous les registres. D’une légèreté et d’une puissance hors du commun (comme l’est le piccolo), son organe vocal manquait cependant de maturité affective, probablement en raison du jeune âge de cette artiste. Pour ce qui est de , elle nous permettait d’apprécier sa voix modeste et contrôlée, imprégnée de couleurs douloureuses, de sérénité et de paix. Krystian Adam Krzeszowiak malgré une voix profonde, mélodieuse, et une diction exemplaire, manquait toutefois de souplesse dans l’expression.

La distribution des rôles présentait malheureusement un certain déséquilibre ; il faut reconnaître que le volume et la dynamique des voix étaient plus adaptés aux petites salles, surtout en ce qui concerne Sara Mingardo et Roberta Invernizzi, qui n’arrivaient pas à s’élever au niveau de Julia Lezhneva dont l’amplitude était nettement plus rayonnante.

L’ensemble n’était pas au mieux de sa forme : le premier violon avait quelques problèmes d’intonation, et le violoncelle solo jouait sans conviction, sans parler de l’orchestre qui présentait des faiblesses sur le plan rythmique.

Mardi saint. Savall et le projet « Copernicus »

et ses ensembles (chanteurs) et (instrumentistes) sont venus dans la belle église gothique de Sainte-Catherine pour créer leur nouveau projet dédié à la mémoire de Nicolas Copernic (ex-étudiant de l’Académie de Cracovie, l’actuelle Université Jagellonne), qui rappelons-le, est ce Polonais qui avait été le premier à démontrer que la Terre et les autres planètes tournent autour du Soleil.

En relation avec ces évènements passés, a mis l’accent, comme lors de ses projets précédents, sur les faits historiques qu’il considérait les plus importants à l’époque de l’astronome. Malgré la présence de plusieurs compositions polonaises dans le programme, assez bien préparées même si elles n’étaient pas parmi les meilleurs choix disponibles, les propositions du gambiste catalan manquaient de cohérence. Pourquoi, par exemple, invoquer l’invasion des Turcs en Syrie, Palestine et Égypte en 1516 ? Un petit bémol également pour les chanteurs dont la prononciation du polonais était défaillante, à l’exception de Magdalena Podkościelna.

Mercredi saint. Monteverdi : « Orphée, fable en musique »

Créé en 1607, c’est-à-dire cent ans avant la composition du Triomphe du Temps et de la Désillusion, l’Orphée est l’un des premiers opéras de l’histoire et le premier chef-d’œuvre du genre. Bien que donnée en version de concert, l’exécution se rapprochait d’une représentation théâtrale : elle débutait avec les cuivres jouant la fameuse toccata depuis le balcon, à l’opposé de la scène ; d’autre part, tout au long du spectacle, les solistes et le chœur (celui de la Capella Cracoviensis) ont évolué entre la scène et les coulisses.

On retiendra surtout le jeu des instrumentistes de l’ensemble La Venexiana, dirigé par Claudio Cavina, dont la baguette animait un drame sensible et plein de tension, avec des teintes variées et un espace sonore convaincant grâce à une mise en valeur de plans bien différenciés. Du côté des voix, Anicio Zorzi Giustiniani dans le rôle-titre ne dégageait pas d’émotion, et les choristes manquaient de relief, de transparence, de luminosité et de palette de couleurs. En revanche, (interprétant les rôles de la Musique et d’Euridice) et (la Messagère et l’Espérance) se détachaient nettement du reste de la distribution. , dotée d’un soprano brillant et doux comme du velours, a su transmettre des émotions fortes par une gradation d’intensité dynamique. L’expression émouvante de sa voix était en mesure de passer successivement par des climats tantôt timide, puis de bravoure et jusqu’au pathétique. L’alto de moins immédiatement séduisant se distinguait par une déclamation très rhétorique.

Crédit photographique : FotoHuta

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La 10e édition du festival Misteria Paschalia de Cracovie, qui se tient durant la Semaine sainte, s’est déroulée du 25 au 31 mars, dans ses lieux habituels : la Philharmonie Karol Szymanowski, l’église Sainte-Catherine et la mine de sel de Wieliczka. Cet anniversaire à chiffre rond était une bonne opportunité pour inviter les artistes qui avaient donné les meilleures interprétations au cours des éditions précédentes.

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