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Le printemps des arts de Monaco édition 2013

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Pour cette édition 2013, le printemps des arts de Monaco met à l’honneur Beethoven, Stravinsky et Bartók. L’affiche de ce week-end de concerts offrait ce qu’il faut de tubes et de découvertes, avec une grande star, des artistes confirmés au service d’œuvres rares, sans oublier la venue de l’orchestre de Kinshasa.

Pour célébrer le Centenaire du Sacre du printemps, et ses troupes de l’ proposaient un pari assez fou : les trois « grands » ballets joués sur une même soirée marathon : l’Oiseau de feu, Petrouchka et le Sacre du Printemps. Pourtant, une partie du défi tomba à l’eau car, contrairement à ce qui était annoncé, Gergiev ne joua pas l’intégrale de l’Oiseau de feu, mais une des suites.  Toujours débordé par son emploi du temps intenable, Gergiev n’a certainement pas eu le temps de répéter la totalité du ballet. D’ailleurs, cette suite de l’Oiseau de feu, commence assez mal, l’orchestre navigue à vue et le chef révise sa partition.  De plus, l’orchestre a du mal à gérer l’acoustique fort aride de l’Auditorium Rainier III. Il faut attendre le milieu de la « Danse infernale du roi Kastchei et de ses sujets » pour voir la phalange russe se reprendre. La berceuse et surtout le finale, très décanté et fauviste, emportèrent l’adhésion. Gergiev a toujours été très à son aise dans les tableaux bigarrés et colorés du ballet Petrouchka. Il se lance, la tête dans le guidon, dans une interprétation enragée, tel un feu d’artifice de couleurs sur un marché russe. Le chef taille au marteau et au burin, une masse orchestrale très russe dans son mélange de brutalité et d’impact dynamique. Les pupitres de l’orchestre, surtout les vents et les cuivres, s’en donnent à cœur joie.  Après une pause nécessaire, l’orchestre et son chef partent à l’assaut de la montagne orchestrale du Sacre du printemps.  Gergiev  puise dans les sources primitives de l’inspiration de Stravinski. Les tempi sont lents et le chef fait voler en éclat une masse orchestrale magmatique et marmoréenne.  Rendu à sa force intrinsèque de la Russie païenne, le Sacre en perd de sa force rythmique et harmonique. Les scansions des cuivres enragés en deviennent même parfois un tantinet fatigantes.  Le chef se plait à trop à «jouer de l’orchestre » et à se permettre des libertés avec la partition, comme dans la « Danse sacrale », aux effets surlignée à coups de marqueurs. On ressort donc, en dépit d’une belle lecture de Petrouchka, un peu perplexe devant les options du chef.

Le samedi aurait dû être consacré à une nuit de danses et de musiques avec la participation des groupes de danses et de l’orchestre symphonique kimbanguiste de Kinshasa en République démocratique du Congo. Tristement, l’intégralité des danseurs et une partie de l’orchestre ne purent recevoir de visa les autorisant à entrer, pour quelques jours, dans la citadelle de l’espace Schengen. Attitude misérable et inquiétante d’un continent à la dérive… , directeur du festival, prit la parole pour présenter des extraits vidéos qu’il avait filmé lors d’un séjour en RDC. On put se rendre compte, amers, de ce que le public avait raté. La soirée, fut heureusement  animée par l’orchestre symphonique de Kinshasa et son directeur musical : . Fondé, en 1994, par un pasteur de l’église congolaise Kimbanguiste afin de fédérer les fidèles, cette formation est l’unique orchestre symphonique d’Afrique centrale. Il compte désormais 200 membres et même une section « junior » destinée aux jeunes archets. A travers un parcours comprenant des valses et marches de Strauss, des danses de Brahms, une symphonique congolaise, un mouvement de « l’inachevée » de Schubert, les valeureux musiciens se sont surpassés pour offrir au public une soirée émouvante, couronnée par de longues acclamations et par l’intervention de la princesse Caroline de Monaco, qui remit une harpa au chef d’orchestre.

En conclusion de ce week-end, l’, offrait un exigeant programme intégralement dédié aux musiques dites dégénérées : , , et .  Ancien directeur musical de l’orchestre, retrouvait ses musiciens. Si le chef ne nous a pas toujours convaincu dans ses explorations du grand répertoire, il est à son affaire dans cette musique dont il fait ressortir la richesse rythmique et la solidité de la construction.  L’orchestre de Monaco est fort à son aise dans ces partitions, il faut surtout saluer son énergie et son enthousiasme à suivre la baguette de leur chef.

Le Concerto pour violon de prend sa source dans la musique romantique allemande, par sa forme très classique et par sa succession de cadences et des traits virtuoses. Bien carrée, comme tout bon Hindemith, les mélodies nécessitent un artiste de premier plan pour lui rendre justice. On est, sur ce point, tranquille avec le violoniste allemand . Toujours étonnant par sa constance au plus haut niveau, l’artiste marque l’auditoire par sa technique infaillible et sa sonorité tranchante. Chef et soliste cisèlent cette musique qui mériterait d’être plus régulièrement programmée. De la belle Symphonie n°2 de , fait ressortir les multiples influences énigmatiques comme si Mackie le surineur de l’Opéra de Quatre sous avait fleureté avec une belle jeune femme dépressive néo-mahlérienne. On croise dans cette partition, à la fois le ton argotique si cher à Weill et la puissance luxuriante d’un grand orchestre symphonique. Le chef trouve le bon ton et impose une magnifique lecture qui permet aux pupitres de l’orchestre de se valoriser, surtout les clarinettes. Pour encadrer ces deux pièces, on retrouvait l’Ouverture fantastique de Schreker et le toujours impressionnant Survivant de Varsovie d’ avec Mervon Mehta et le chœur de l’opéra monégasque.

Crédits photographiques : Alain Hanel

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Pour cette édition 2013, le printemps des arts de Monaco met à l’honneur Beethoven, Stravinsky et Bartók. L’affiche de ce week-end de concerts offrait ce qu’il faut de tubes et de découvertes, avec une grande star, des artistes confirmés au service d’œuvres rares, sans oublier la venue de l’orchestre de Kinshasa.

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